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    Fonds Hazoumé, le visage intime de l’agent

    media Une photographie inédite d'Antoine Hazoumé lors d'une visite à Madrid. DR

    Du 18 au 20 novembre, les archives de France organisent la « Grande Collecte », une opération par laquelle les Français et les personnes résidant en France sont invités à apporter dans cent lieux de collecte des photos, des courriers, des carnets qu’ils détiennent et qui peuvent enrichir la mémoire collective. Le thème retenu cette année est « Afrique France, XIXe-XXe siècle » et à cette occasion RFI vous propose d’évoquer l’histoire d’Antoine Hazoumé, un Dahoméen qui a été conseiller politique de plusieurs chefs d’Etat d’Afrique centrale à la charnière des années 1950 et 1960, mais aussi agent des services français... Ses archives personnelles, en cours de dépôt aux archives nationales, permettent de mieux comprendre le rôle charnière qu’il a joué dans l’ombre.

    Il est au soir de sa vie. Il a décidé de se confier. Maurice Robert est l’un de ces hommes secrets qui ont fait la politique africaine de la France. Il a été chef du secteur Afrique du SDECE (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage, l’ancien service de renseignement extérieur français) de 1958 à 1968. Dans Ministre de l’Afrique, un livre d’entretiens qu’il publie en 2004, il raconte son métier d’espion. Il évoque le Tchad. Le président Tombalbaye. Camille Gourvenec, cet officier français recruté par le pouvoir de Fort-Lamy pour devenir chef des services de renseignement tchadiens. La mort de Gourvenec dans des circonstances non élucidées.

    Maurice Robert se laisse aller à une confidence. Et ouvre tout à coup une nouvelle histoire. « J’ai rapproché sa mort de celle, au Tchad, d’un autre de mes agents, un Béninois, conseiller de Tombalbaye, Antoine Hazoumé. Le médecin avait conclu à un empoisonnement sans pouvoir déterminer toutefois la nature du poison. (…) Il n’avait aucune raison connue ou supposée de se suicider. Je le connaissais bien, ainsi que son épouse, elle aussi béninoise, et ses enfants. Une famille sans problèmes. »

    Antoine Hazoumé. Un nom sorti du secret. Une famille qui apparaît impossible à retrouver. Des silhouettes qui semblent devoir rester à jamais sans visage.
    Antoine Hazoumé, heureusement, a laissé des traces. Dans son livre La fabrique des barbouzes, histoire des réseaux Foccart en Afrique, l’historien Jean-Pierre Bat présente les morceaux du puzzle qu’il a pu retrouver et assembler au fil des années.

    Lutte anti-communiste

    Hazoumé est né à Porto-Novo au début des années 1920. Comme d’autres Dahoméens de l’époque, il a tenté sa chance en AEF, Afrique équatoriale française. Il y a fait son entrée en politique et a gravi les échelons de la branche congolaise du RDA, le Rassemblement démocratique africain, une fédération de partis politiques africains rapidement dominée par le PDCI de l’Ivoirien Houphouët Boigny. En 1957, il devient secrétaire général du PPC-RDA, le Parti progressiste congolais. La France et ses alliés de la famille francophone décident de miser sur un nouveau venu de la scène politique congolaise, l’abbé Fulbert Youlou. En lien avec l’équipe d’Houphouët, Hazoumé participe activement au transfert de l’affiliation RDA du PPC de Jean-Félix Tchicaya à l’UDDIA de l’abbé Youlou.

    Brazzaville, dans ces années de décolonisation, est considérée comme l’une des lignes de front de la lutte anti-communiste en Afrique francophone. Paris veut à tout prix que le futur Congo indépendant ne soit pas tenu par les « rouges », mais par un responsable politique ami. Le pouvoir de l’abbé doit être renforcé. Son parti consolidé. Des Français pilotent une réorganisation de l’UDDIA. Antoine Hazoumé, qui a été remarqué lors d’un séminaire du parti sur la lutte anti-communiste, est choisi pour occuper la double fonction de directeur du cabinet politique de Youlou et de président du comité exécutif de l’UDDIA. C’est dans ces années également qu’il est recruté par le SDECE.

    l'abbé Youlou et Tshombé à Élisabethville, février 1961. Hazoumé apparaît au troisième rang, en clair, une valise à la main. DR

    Son rôle en Afrique centrale ira bien au-delà des seules frontières du Congo. On le retrouve dans les plans de soutien de Paris et d’Abidjan au sécessionniste katangais Moïse Tshombé. Puis après l’échec de Tshombé, à Fort-Lamy au Tchad. Il entretient des liens étroits avec le président tchadien de l’époque, François Tombalbaye, puissant relai du RDA en Afrique centrale. Avec d’autres, il s’attelle à réorganiser le PPT-RDA, le parti au pouvoir à Fort Lamy. Le régime est en effet ébranlé par les émeutes du Mangalmé et l’émergence des rebelles du FROLINAT.

    C’est à Fort-Lamy que l’histoire d’Antoine Hazoumé prend fin, de manière tragique. On retrouve son corps dans la chambre 108 de l’hôtel La Tchadienne. Les responsables des services français sont persuadés qu’il a été empoisonné.

    La vie secrète d'un père

    Voilà l’histoire d’Hazoumé, telle qu’on la connaissait jusqu’à il y a quelques années. « Les traces laissées par cet agent sont très rares. Elles se retrouvent, pour l’essentiel, dans les archives de Philippe Lettéron – et sans doute dans celles de Jean Mauricheau-Beaupré », écrivait encore, en 2013, Jean-Pierre Bat. C’est en 2015 que se produit l’improbable. Un contact inespéré, suite à la diffusion par RFI d’un reportage sur Jacques Foccart et ses réseaux, dans lequel Antoine Hazoumé est cité. Alain Hazoumé se souvient encore de sa stupeur. Il ignorait tout de la vie secrète de son père « J’apprends en fait qu’il a été agent secret lors de l’émission de RFI où on va parler de notre père comme un agent du SDECE qui aurait eu un rôle important dans le cadre de la françafrique. C’est vraiment là qu’on va découvrir une autre dimension de notre père. » Il se rend au plus vite aux Archives Nationales où se tient un colloque sur Foccart et ses réseaux. Il veut savoir. Et parler.

    Les enfants d’Antoine Hazoumé, ceux-là mêmes que Maurice Robert citait dans ses mémoires, apparaissent dans une histoire en train de s’écrire. Avec leur témoignage, ce sont d’autres facettes du personnage d’Hazoumé qui apparaissent tout à coup. Le visage d’un homme amateur de chansons de Luis Mariano. Le sourire d’un père. « C’était un magicien, se souvient Flore Hazoumé, sa fille. J’avais l’impression que notre père apparaissait et disparaissait. Quand il était là, tout était joyeux, tout était gai. C’était la force qu’il avait de compartimenter sa vie, on avait l’impression que quand il était avec nous, il n’y avait rien d’autre qui comptait. C’est assez fabuleux. Pouvoir être dans un univers aussi dur que celui des services secrets et ne pas ramener cette inquiétude dans le milieu familial, il devait avoir un caractère particulier ! »

    Nouveaux morceaux du puzzle

    La famille est à la recherche de réponses sur le parcours de ce père mystérieux. Mais elle vient aussi avec de nouveaux morceaux du puzzle. Ce qu’il reste des archives personnelles d’Hazoumé après le nettoyage effectué par deux mystérieux hommes, immédiatement après la mort de l’agent. « Dans un délai très court, se souvient Alain Hazoumé, deux voire trois personnes de type européen viennent chez nous. Nous ne les connaissons pas. Elles vont parler à notre mère, lui dire que notre père détenait des documents importants et demander s’ils peuvent aller les consulter. Ces gens-là vont fouiller la maison de fond en comble et partir avec deux valises pleines de documents. Mais, par bonheur pour nous, ils oublieront certains documents qu’on trouvera dans une malle, dans une valise au fond du grenier : des notes, des rapports, des lettres montrant son parcours politique que nous allons découvrir, adolescents, en les compulsant. » Ce sont ces documents que la famille a décidé de déposer aux archives nationales, au sein d’un « fonds Hazoumé ».

    Au final, Antoine Hazoumé a-t-il été l’homme de Foccart ou l’agent de ses propres convictions ? A-t-il servi la France… ou profité d’une alliance de circonstance avec Paris pour défendre, aux côtés d’Houphouët Boigny, une vision de la nouvelle Afrique indépendante ? Dans le monde du secret et de la politique, les jeux d’intérêt peuvent être plus complexes qu’ils n’en ont l’air. C’est la conviction d’Alain Hazoumé : « A l’époque, on est en pleine guerre froide, les pays africains cherchent à gagner leur indépendance, et il y a un choix qui doit s’opèrer. Certains font le choix du réalisme et du pragmatisme, celui dans lequel le président Houphouët Boigny de Côte d’Ivoire va s’engager. Ils estiment que de jeunes pays ne peuvent pas se développer et gagner en indépendance en rejetant tout ce que la puissance coloniale a pu leur apporter. C’est du pragmatisme. D’autres au contraire vont être dans la confrontation et se jeter dans la gueule du loup en optant pour l’idéologie communiste. Je crois que la volonté de notre père ça a été d’éviter que les pays africains ne deviennent la proie du communisme, parce que c’était une voie sans issue… »

    A (re)lire également :

    Une note de service et le contrat d'engagement d'Antoine Hazoumé. DR

     

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