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    Paraguay: face aux persécutions, la détermination d’un village de pacifistes

    media José Domingo Franco, le président de l’association des producteurs bio du village de Luz Bella, au Paraguay. Tony Robin/RFI

    Pour échapper aux attaques systématiques contre la classe paysanne, des familles victimes de la dictature partirent se réfugier il y a quarante ans dans la jungle profonde du Paraguay. A la force du poignet, ils établirent un réseau de chemins, amenèrent l’eau potable, bâtirent une école. Vingt-sept ans après la chute du régime totalitaire, le village de Luz Bella est officiellement reconnu par l’Etat paraguayen. Mais ses terres, devenues fertiles, sont aujourd’hui convoitées par les grands propriétaires terriens. Menacés d’expulsion, harcelés par les forces de l’ordre, les habitants ne continuent à répondre que par la résistance pacifique et le développement durable.

    De notre corespondant au Paraguay,

    En ce mercredi caniculaire, le chant des perroquets sauvages accompagne le déjeuner des paysans du village de Luz Bella. De gigantesques papillons multicolores virevoltent autour du groupe réuni chez José Domingo Franco. Les mangues tombées par centaines forment un épais tapis rouge et jaune dont se délectent toutes sortes d’insectes et d’animaux. Alors qu’au Paraguay le mercure dépasse souvent les 40 degrés, la densité de la végétation offre ici une fraîcheur salvatrice. Dans ce décor idyllique, le temps semble suspendu.

    José Domingo Franco s’éloigne un instant vers le grand potager qui jouxte sa bicoque et revient avec un gros ananas pour chaque personne. Le président de l’association des producteurs bio de Luz Bella sort de sa poche un épais canif, puis tranche sèchement un des fruits, d’où coule instantanément une quantité de jus abondante. « Cette nature généreuse et omniprésente symbolise les valeurs pour lesquelles on lutte depuis des décennies, lance le paysan sexagénaire. La vie, l’harmonie, l’écologie, le développement durable, la paix ».

    Un rêve loin de la dictature

    C’est cette recherche d’idéaux qui a poussé des familles paysannes à venir s’isoler dans la jungle du nord-est du Paraguay en 1973. Déjà au pouvoir depuis vingt ans, le dictateur Stroessner intensifie dans les années 1970 la répression contre toute forme d’organisation collective. La classe paysanne est alors victime de persécutions systématiques. Pour y échapper, un groupe de pionniers se lancent dans une expédition digne des récits de Gabriel Garcia Marquez dans Cent ans de solitude. « Nous avons navigué sur le fleuve Curuguaty’i puis sur la rivière Limpia sur des barques en bois pendant des semaines, raconte Juan Bautista Lugo, membre du voyage originel, puis nous avons accosté et commencé à défricher la végétation à la machette depuis la berge ».

    « Nous avancions à l’aveugle, sans chaussure, les pieds pleins de puces-chiques, poursuit José Domingo Franco. Nous marchions plusieurs kilomètres par jour avec ma femme et nos deux enfants en bas âge ». « Pendant longtemps, je n’ai presque pas dormi la nuit, complète Doña Emeteria, la femme de José Domingo, car à l’époque on s’abritait dans des cabanes précaires sans porte, et j’avais peur que des jaguars viennent dévorer mes enfants dans leur sommeil ».

    Leur rêve est alors d’édifier un nouveau village, avec tous les services nécessaires pour une vie en autarcie. Une vie de paix : les membres de l’expédition, qui prônent encore la résistance armée contre le régime totalitaire, sont sommés de déposer définitivement les armes. Six ans seront nécessaires pour défricher afin d’établir un réseau de chemins. Vingt-neuf ans pour faire amener l’eau potable jusqu’à chaque habitation. Trente-trois ans pour faire fonctionner une école d’éducation agricole. « Avec ces réussites, on peut dire aujourd’hui que notre rêve commence à prendre forme, confie Julio Franco Gauto, jeune fondateur de la radio communautaire Luz Bella Communicaciones. Mais les persécutions, en revanche, n’ont jamais cessé ».

    Menaces et intimidations

    En effet, même en ce mercredi où la sérénité générale semble de mise au village, la tranquillité ne durera pas. Ainsi, alors que la réunion hebdomadaire des producteurs bio de Luz Bella touche à sa fin, un énorme 4x4 passe sur la piste en contrebas. Les sourires des paysans se figent instantanément. Au volant, ils reconnaissent le propriétaire de dizaines de milliers d’hectares autour du village. Quand déboulent quelques secondes plus tard sur le chemin en terre battue des dizaines de pick-up de police, les expressions deviennent graves. « Le Brésilien veut nos terres pour amplifier son empire du soja transgénique, déplore Don José Domingo. Les policiers paraguayens, pourtant censés assurer la sécurité de leurs compatriotes, nous agressent constamment ».

    Quelques minutes plus tard, les forces de l’ordre sont en effet déployées. Les contrôles au faciès et les interrogatoires aux méthodes peu scrupuleuses débutent à la vue et aux oreilles de tous. Pour tenter de déstabiliser les personnes contrôlées, les policiers vont même parfois jusqu’à leur lancer qu’ils ont des informations prouvant leurs liens avec les FARC colombiens ou l’EPP, un groupe responsable d’attentats contre des militaires et d’enlèvements dans le nord du Paraguay. Mais les paysans interrogés restent de marbre, présentent leur carte d’identité et ne répondent jamais à la provocation. Les harcèlements policiers n’iront pas plus loin ce jour-là. Quand le bolide du grand propriétaire terrien passe dans le sens inverse, les forces de l’ordre quittent aussitôt les lieux derrière lui.

    Soja transgénique et élevage de bétail

    Depuis la fin de la dictature en 1989, déjà un million de paysans, soit 15% de la population totale du Paraguay ont été expulsés des campagnes pour faire la place à la monoculture intensive du soja transgénique et à l’élevage de bétail, deux business majoritairement aux mains de producteurs étrangers. Pays d’à peine six millions et demi d’habitants, le Paraguay est le quatrième exportateur mondial de soja et le huitième producteur de viande. Mais faute d’une politique de redistribution des richesses, un tiers des habitants des zones rurales du pays vit dans l’extrême pauvreté.

    A Luz Bella, les familles paysannes sont parvenues à faire certifier 7 000 hectares de terres à leur nom depuis le retour à la démocratie. Mais le village est encerclé par 89 000 hectares de soja appartenant à une seule personne.

    La dernière vague de répressions graves à Luz Bella remonte à 2014. Nery Benitez avait alors été abattu de douze balles par un sicario [tueur à gages, assassin ; Ndlr]. La veille de l’assassinat, le leader paysan était entré avec ses compagnons de lutte dans un champ de soja appartenant « au Brésilien » pour protester contre l’épandage de pesticides. Un produit qui, selon les paysans de Luz Bella, a des répercussions dramatiques sur la santé des familles et des animaux.

    « Nous luttions hier contre la dictature, aujourd’hui contre les grands propriétaires terriens, déclare Jose Domingo Franco. Nous ne sommes pas contre ceux qui cultivent le soja, mais contre leurs méthodes qui sèment destruction et mort. Si une communauté paysanne si bien soudée, si bien instruite que la notre cède, alors tout est perdu ». 

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