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    Hebdo

    Taïwan: g0v, les hackers qui veulent changer la démocratie

    media Des hackers de g0v en pleine discussion à l'institut des sciences de l'information de l'Academia Sinica de Taipei, à Taïwan. Baptiste Condominas/RFI

    Dans le cadre de l’Open Gouvernment Partnership Summit (OGP), qui se tient à Paris du 7 au 9 décembre, la France organise des rencontres internationales pour discuter des rapports entre le public et le pouvoir et débattre sur la transparence des gouvernements. Parmi les invités de marque de cet évènement, les hackers du mouvement g0v, qui utilisent la technologie pour faire évoluer la démocratie à Taïwan. RFI a rencontré les membres de cette communauté à Taipei, lors de leurs rassemblements réguliers.

    Les yeux rivés sur leurs ordinateurs, ils sont une cinquantaine éparpillés dans l’amphithéâtre à travailler par petits groupes. Dans cette salle du département de l’institut des sciences de l’information de l’Academia Sinica de Taipei, les méninges chauffent au rythme des touches de clavier. Il s’agit d’un « hackathon » - un rassemblement de hackers - organisé par le mouvement g0v [prononcé gov-zéro, Ndlr].

    Vaste communauté virtuelle, g0v est très active dans la « civic tech », la « technologie civique », dont l’objectif est d’utiliser la technologie pour permettre aux citoyens de participer plus activement à la vie politique et de rendre les gouvernements plus transparents et accessibles. Pour g0v, cela passe notamment par l’invention de nouveaux outils informatiques et la mise en place de projets citoyens dans des domaines aussi divers que la santé, l’éducation, le divertissement, l’urbanisme, l’environnement…

    Accès libre à l’information

    A l’origine, le mouvement a été créé en 2012 en réponse à un spot télévisée du gouvernement. « Ça disait en substance : “laissez-nous gérer la politique économique, c’est trop compliqué pour vous”, explique Kao Chia-Liang, l’un des fondateurs historiques de g0v. Cela nous a beaucoup énervé et, avec des amis, nous avons décidé de mettre au point un site avec une visualisation claire du budget de l’Etat, afin que les gens aient un accès simple et rapide aux informations. »

    Toujours en place, cette plate-forme permet, à travers des infographies dynamiques, de comprendre à quel secteur et à quoi sont précisément attribués les financements de l’Etat. Des projets comme ça, g0v en cultive des centaines, et ils voient généralement le jour lors de leurs hackathons, où chacun peut venir présenter une idée ou exposer un problème, pour que la communauté se penche dessus.

    La mécanique de leurs réunions est bien huilée : le matin, des participants passent à la tribune proposer leur projet, et l’après-midi différents groupes se forment en fonction de leur affinité avec tel ou tel sujet pour travailler dessus. Mais g0v n’est pas uniquement constitué de programmeurs, « nous avons des gens issus d’horizons très divers, tout le monde peut venir », explique Kao Chia-Liang. Ainsi, informaticiens, chercheurs, journalistes, artistes, juristes mettent en commun leurs compétences et leurs savoirs.

    Des écrans et des tournesols

    « C’est une opportunité de partager tes compétences avec n’importe qui et de faire la différence, résume Venev, une hacker de g0v qui travaille sur un dictionnaire collaboratif en ligne. Et de contribuer à ton échelle à faire avancer les questions sociales et politiques ». Comme beaucoup d’autres, elle a rejoint le mouvement parce qu’un projet l’intéressait, et, de fil en aiguille, s’est de plus en plus impliqué dans la communauté. « G0v nous donne un moyen facile de participer aux mouvements sociaux, parce que tu n’as peut-être pas le temps de manifester ! »

    Or, les mouvements sociaux, c’est précisément là où g0v s’est fait connaître, notamment lors du mouvement de tournesols. En 2014, afin de protester contre la tentative du gouvernement de faire passer en force un accord de libre-échange avec la Chine, une centaine d’étudiants taïwanais pénètrent dans le Parlement et décident de l’occuper. G0v s’implique, mais à sa manière.

    Ses militants installent internet et des caméras dans l’hémicycle, afin de retransmettre les débats en direct, et mettent en place une plateforme en ligne où les manifestants peuvent discuter et suivre en temps réel l’évolution du mouvement. « Il s’agissait surtout de libérer la parole », confie Audrey Tang, membre de g0v. Une parole « qui a abouti à un consensus », estime-t-elle. Après un mois d’occupation du Parlement, le gouvernement finit par céder face au dit consensus. Le traité ne sera finalement ni voté, ni signé. Les étudiants sortent victorieux.

    Collaborer avec le gouvernement

    Par la suite, g0v a également collaboré, avec le gouvernement cette fois-ci, à la mise en place d’une plate-forme de consultation publique, vTaïwan, afin que les citoyens taïwanais s’expriment sur les politiques publiques et les sujets de société. Lors des élections législatives et présidentielle de 2016, la communauté a aussi fait en sorte que les informations relatives aux élections et à leur fonctionnement soient claires et lisibles, avec un site où l’on peut consulter les profils de chaque candidat, avec leur programme, leur capitaux financiers, leur CV, etc. Un site qui a atteint les 500 000 visiteurs uniques lors des élections.

    Leur dernière victoire, peut-être la plus significative, est sans doute la nomination au poste de ministre du Numérique de l’une des leurs : la programmeuse Audrey Tang, entrée en fonction le 1er octobre dernier. Sa mission ? Harmoniser les différents ministères sur les questions liées au numérique, renforcer l’implication des citoyens dans les politiques publiques et, toujours, améliorer la transparence du gouvernement. Précisément ce pourquoi sa communauté milite depuis quatre ans : « il y a du changement, un changement lent mais solide », estime Audrey Tang. La Taïwan de demain devra définitivement compter sur les citoyens-hackers de g0v.

    Un hackathon organisé par le mouvement g0v sur le thème d'un dictionnaire collaboratif en ligne, le 1er octobre. Baptiste Condominas/RFI

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