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    Hebdo

    L’économie n’est pas «une science, mais une idéologie»

    media L'économiste ougandais Yash Tandon était à Paris début décembre. Sabine Cessou/RFI

    L'économiste ougandais de renom Yash Tandon se trouvait à Paris les 3 et 4 décembre pour un hommage rendu à l’ambassade du Burkina Faso à son ami historien, Joseph Ki-Zerbo. Il a saisi l’occasion pour critiquer les Accords de partenariat économique (APE) proposés par l’Union européenne (UE) à l’Afrique. Son dernier ouvrage Trade is war («Le commerce, c’est la guerre») est publié en 2015.

    Yash Tandon, 77 ans, affiche un optimisme rayonnant et une combativité héritée de toutes ses luttes de jeunesse. Economiste, mais aussi militant de gauche, partisan de la non violence, il est issu d’une famille d’origine indienne installée en Ouganda. Remarqué pour ses prises de position hétérodoxes, cet ancien élève de la prestigieuse London School of Economics (LSE) estime que l’économie n’est pas « une science, mais une idéologie ». Une analyse qui rejoint celle qui est aujourd’hui formulée par d’autres universitaires africains plus jeunes, comme l’économiste Felwine Sarr au Sénégal.

    Celui qui a été directeur du think tank genevois South Centre, de 2005 à 2009, dispose d’une influence certaine dans les Grands lacs et au-delà, en Afrique anglophone. Fondateur en 1997 de l’Institut pour l’information et les négociations sur le commerce du Sud et de l’Est (Seatini), il œuvre au renforcement des capacités des négociateurs ougandais, et travaille à la défense des droits de propriété intellectuelle. Entre autres, il est professeur « extraordinaire » au sein du Thabo Mbeki African Leadership Institute (TMALI), lancé par l'ancien président sud-africain, chantre de la « renaissance africaine ». Cet institut, qui opère au sein de l'Université d'Afrique du Sud (Unisa) à Pretoria, est destiné à former des cadres africains.

    « Le libre-échange est un mythe, affirme cet ancien député. Le commerce, certes, n’a pas toujours été une guerre. L’Afrique et l’Asie ont échangé pendant des siècles sans éprouver le besoin de se coloniser l’une l’autre. Les comptoirs coloniaux puis l’esclavage, il y a 400 ans, ont introduit un élément de violence dans le capitalisme moderne, en faisant de l’être humain une matière première. Ses effets, minimisés dans la pensée comme dans l’enseignement de l’histoire en Occident, ne sont pas assez explorés. »

    Effets néfastes des APE, y compris pour l’Europe

    A l’instar de l’économiste zambienne Dambisa Moyo, il pense que l’aide peut être « fatale » à l’Afrique, un continent qui attend les solutions à ses problèmes de l’extérieur et qui connaît, à son avis, une « grave crise de leadership », parce que ses dirigeants sont « toujours colonisés », avec des économies qui sont restées, depuis les indépendances, fortement marquées par leur extraversion, centrées sur l’exportation de matières premières non transformées. « Si l’on nous dit de privatiser, nous privatisons, même si cela va à l’encontre de nos intérêts les plus élémentaires, ajoute-t-il. Nos gouvernements devraient demander aux groupes chinois qui viennent construire des infrastructures contre du pétrole de ne pas importer leur main d’œuvre, mais de recruter, former localement, en opérant des transferts de technologie ».

    Son dernier cheval de bataille porte sur les accords de partenariat économique (APE) avec l’Europe. Il fait partie des nombreuses voix africaines qui estiment que « ces accords menacent de tuer l’industrialisation naissante du continent ainsi que l’agriculture, qui ne pourra pas concurrencer celle des pays européen, abondamment subventionnée ». Il prédit des conséquences incalculables à long terme, y compris pour l’Europe, qui doit se « préparer à voir déferler les vagues de jeunes Africains sans emplois ». D’ici 2035, selon les données du FMI, la moitié des nouveaux arrivants sur le marché du travail mondial sera en effet issue de l’Afrique subsaharienne.

    « Révolution africaine »

    Les APE suscitent la polémique partout où ils sont signés, au Sénégal, au Kenya et en Afrique du Sud, notamment. D’abord refusés depuis 2007 par nombre de pays africains, les APE régionaux ont été ratifiés en juillet 2014 par la Cédéao, de même que par l’Afrique australe, en raison de l’ultimatum lancé par Bruxelles : faute d’une ratification au 1er octobre 2014, les exportations africaines en provenance des pays à revenus intermédiaires (Côte d’Ivoire, Ghana, Cap-Vert et Nigeria pour l’Afrique de l’Ouest) auraient de nouveau été taxées à leur entrée sur le marché européen, contrairement à celles des pays les moins avancés (PMA).

    D’autres pays les refusent toujours fermement, comme la Tanzanie. « Le Rwanda a signé les APE en septembre en même temps que le Kenya, ce qui m’a surpris car le président Paul Kagamé avait signalé en 2015 une intention contraire », note Yash Tandon. Pour lui, la bataille est loin d’être terminée, y compris sur le plan juridique. Les accords de Cotonou stipulent en effet que les APE doivent être signés de façon régionale. « Si l’un des pays de l’Afrique de l’Est ne signe pas, les APE ne peuvent pas être valides dans la région. Nous nous battons dans ce sens. Mon ONG fournit des arguments techniques aux négociateurs ougandais, mais le pouvoir est toujours politique. Il est contraint au compromis, sous la pression exercée par l’UE, qui dispense aussi des aides budgétaires à travers l’Afrique. »

    Yash Tandon estime comme Thabo Mbeki que « le temps de l’Afrique est venu ». Il appelle ouvertement de ses vœux à la « révolution africaine » qu’il voit venir, en raison du manque de perspectives d’une jeunesse africaine de plus en plus nombreuse. Il inscrit ces mouvements de révolte dans le droit fil de l’héritage laissé par le capitaine Thomas Sankara et du soulèvement populaire qui s’est produit en octobre 2014 au Burkina Faso.

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