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    Hebdo

    Pétrole: «la guerre à trois» entre Arabie saoudite, Russie et Etats-Unis

    media Le ministre russe de l'Energie Alexander Novak et son homologue saoudien Khalid al-Falih, le 10 décembre 2016 à Vienne, au siège de l'Opep, s'entendent pour diminuer leur production. REUTERS/Heinz-Peter Bader

    Le 10 décembre, des pays non membres de l’Opep se sont entendus avec l’Organisation des pays exportateurs de pétrole pour réduire à leur tour leur production d’or noir. Les principaux artisans de cet accord « historique » : l’Arabie saoudite, chef de file de l’Opep, et la Russie, qui ont su trouver des intérêts communs face aux Etats-Unis.

    Cela faisait quinze ans que ce n’était pas arrivé : l’Opep a réussi à infléchir la politique d’une dizaine d’autres pays producteurs de pétrole pour diminuer leur production, en vue de faire remonter les prix du baril.

    Le 10 décembre, à Vienne, une dizaine de pays non membres de l’Opep consentent à ralentir leur production. Ils s’engagent à une diminution de 558 000 mb/j, pour moitié endossée par la Russie (- 300 000 mb/j).

    Ils suivent ainsi la voie tracée par l’Organisation des pays exportateurs de pétrole. Fin novembre, les 13 pays membres de l’Opep avaient déjà conclu un accord, à Vienne également, pour réduire leur production de 1,2 million de barils par jour (mb/j). A elle seule, l’Arabie saoudite devrait compter pour un tiers dans ce recul.

    Reste à voir si les déclarations seront suivies d’effets. « C’est toujours au niveau de l’application des accords que les problèmes se posent, du côté de l’Opep, mais encore plus du côté des pays qui n’en font pas partie », tempère Philippe Sébille-Lopez, auteur de Géopolitiques du pétrole (éditions Armand Colin). En 2001, la Russie n'avait par exemple pas respecté les engagements pris devant l'Opep.

    Front commun contre les Etats-Unis

    Le directeur du cabinet de conseil et d'analyse en géopolitique Géopolia et expert pétrolier explique les raisons de cette nouvelle entente : « La chute des cours du pétrole a eu raison des intérêts personnels des uns et des autres. L’Arabie saoudite et la Russie sont concurrentes dans la conquête des parts de marché, mais en mettant entre parenthèses la compétition à laquelle elles se livraient, elles ont permis à l’accord d’exister ».

    Avec la hausse de la production de pétrole de schiste aux Etats-Unis et depuis que l’Arabie saoudite a décidé, entraînant l’Opep dans son sillage, d’ouvrir les vannes de la production pétrolière, mi-2014, le prix du brut a été divisé par trois. Au lendemain de l’accord de l’Opep de la fin novembre, les cours bondissaient de près de 10%, et l’accord du 10 décembre a encore fait grimper les prix. Celui du baril de Brent s’établit aujourd’hui un peu au-dessus de 56 dollars américains, encore bien loin des 115 dollars de 2014. « L’idéal pour les pays producteurs serait que le baril oscille entre 55 dollars et 60 dollars, car si les prix augmentent plus, ce sont les Etats-Unis qui en profiteront », précise Philippe Sébille-Lopez.

    Le pétrole de schiste américain est bien plus coûteux à produire que le brut moyen-oriental. Depuis la chute des prix,les Américains ont donc réduit leur production. Mais cette chute des prix a aussi grevé les économies de tous les pays dépendants de l’or noir – en tête desquels la Russie, l’Arabie saoudite ou encore le Venezuela.

    Une vingtaine de pays producteurs, membres ou non de l’Opep, ont donc décidé de réduire leur production, mais veulent éviter une trop forte hausse des prix, qui permettrait à l’Oncle Sam d’inonder à nouveau le marché. Pour Philippe Sébille-Lopez, « on assiste à une guerre à trois, où deux alliés de circonstance, la Russie et l’Arabie saoudite, s’entendent contre les Etats-Unis ».

    Si l'accord est respecté et que les quantités produites diminuent bien à partir du 1er janvier 2017, le spécialiste des questions pétrolières prédit que « ce sont les marchés financiers qui décideront, via l’évolution des cours du baril, du succès ou de l’échec de cette stratégie ».
     

    Plus de la moitié des producteurs mondiaux de pétrole s'entendent pour baisser leur production, mais pas les Etats-Unis. RFI/Fabien Leboucq

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