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    Etats-Unis: pour la première fois, une personne est reconnue comme «intersexe»

    media Les personnes intersexes sont ni exclusivement mâles ni exclusivement femelles, mais typiques «des deux à la fois ou non clairement définis comme l'un ou l'autre». D. Alpoge/RFI

    C’est une première aux Etats-Unis : un acte de naissance avec la mention « intersexe » pour le sexe. Le Département de santé et d’hygiène mentale de la ville de New York a publié cet acte de naissance pour Sara Kelly Keenan, née à New York il y a 55 ans. Ne se reconnaissant ni comme femme ni comme homme, Sara Kelly Keenan se félicite de ce changement, qui commence doucement à être reconnu dans certains pays.

    « C’était magnifique. C’était la première fois que je voyais le mot intersexe à côté de mon nom sur papier », se réjouit Sara Kelly Keenan, citée par CNN.

    Une personne intersexe (ou intersexuée) possède « une conformation biologique (caractéristiques génétiques, hormonales et physiques) qui n’est ni exclusivement mâle ni exclusivement femelle, mais est typique des deux à la fois ou non clairement définie comme l’un ou l’autre », comme le définit un rapport de la Commission européenne.

    « Les personnes intersexes ne sont pas reconnues ou ne se reconnaissent pas dans les catégories de sexe de l’état civil, explique Eric Fassin, professeur au département de sciences politiques et dans celui d’études de genre à l’Université Paris VIII. Car pour l’état civil, la catégorie de sexe est fondée sur l’idée qu’il y a deux sexes. Or pour la biologie, c’est plus compliqué. Les travaux d’Anne Fausto-Sterling insistent sur le fait que la binarité [homme-femme] n’est pas le reflet d’une réalité biologique, mais une représentation partagée par les biologistes. Le problème n’est donc pas les personnes intersexes, si je peux dire, mais bien l’imposition de cette catégorie qui ne rend pas compte de la réalité biologique de tout le monde. »

    Il n’y a pas d’« échantillons de populations représentatifs » qui permettent de déterminer le nombre de personnes intersexes, selon le sociologue Eric Fassin, auteur (avec Clarisse Fabre) de Liberté, égalité, sexualités : actualité politique des questions sexuelles. « Le pourcentage est certes faible, mais les chiffres sur une population entière ne sont pas négligeables », déclare-t-il. Selon l’association Intersex Society of North America (qui n’est pas un organisme officiel), une naissance sur 2 000 aux Etats-Unis est un bébé intersexe.

    Née avec des gènes masculins et des organes génitaux féminins

    Sara Kelly Keenan se définit comme une personne intersexe car elle est née avec le syndrome de Swyer, c’est-à-dire des gènes masculins, des organes génitaux féminins et des organes reproductifs mixtes. Une première personne aux Etats-Unis, Jamie Shupe, avait réussi à être reconnue ni comme femme ni comme homme, mais comme « non-binaire ». Jamie Shupe se définit ainsi : « Je suis un mélange des deux sexes. »

    Sara Kelly Keenan a été abandonnée à sa naissance, puis recueillie dans un orphelinat au bout de trois semaines, et enfin adoptée par un couple. Elle ne sait toujours pas aujourd’hui si, lors des trois premières semaines de sa vie, à l’hôpital, elle a subi une opération de chirurgie génitale, comme cela était courant à l’époque.

    « Nos corps n’ont pas forcément besoin d’être modifiés »

    Mais très tôt dans sa vie, Keenan se pose des questions sur son genre : elle était considérée comme une fille, mais « [voulait] être un garçon ». « Je me sentais bien dans les groupes de garçons, mais je savais que j’étais différente », se souvient-elle. « Une erreur était arrivée », dit-elle car elle ne se sentait « à sa place nulle part ».

    Autour de ses quinze ans, son corps ne montrait pas de signes de puberté, ce qui la rendait différente des autres. C’est devenu « un vrai problème au lycée » : « je détestais vraiment mon corps. Je détestais ma vie. » Elle subit alors une opération : les chirurgiens lui retirent des « ovaires qui ne se développeront jamais ». Mais selon Keenan, ils lui ont en fait retiré du tissu testiculaire qui s’est développé là où sont situés des ovaires dans le corps féminin. Elle a commencé alors à prendre un traitement hormonal féminin, les médecins lui ayant assuré qu’elle était une femme mais qu’elle n’arrivait pas à produire des hormones. Elle raconte avoir mis du temps à se débarrasser de ces deux « mensonges ».

    Elle veut aujourd’hui que l’intersexuation ne soit pas considérée comme une anomalie, mais comme une différence : « L’idée, c’est que nos corps n’ont pas forcément besoin d’être modifiés. Les troubles exigent un traitement, alors que les différences peuvent exister. »

    « Des opérations de chirurgie génitale continuent d’exister aux Etats-Unis »

    Sara Kelly Keenan, coach en addiction qui vit depuis trente ans avec son compagnon David, dit : « Nous sommes très heureux » aujourd’hui. Elle regrette toutefois : « Mais je ne suis pas satisfaite, car des opérations de chirurgie génitale continuent d’exister aux Etats-Unis », au mépris, dit-elle, du désir de la personne.

    En mai 2016, un collectif a signé une tribune dans le quotidien Libération allant dans ce sens. Il demande la fin des « mutilations des personnes intersexuées ». Car souvent, sont imposés à ces personnes des « traitements d’assignation sexuée » pour que leur corps correspondent « aux catégories de sexes homme et femme ». Des traitements qui sont en réalité des « violences » et qui « sont le plus souvent un échec », selon ce collectif.

    Se définir autrement qu’« homme » ou « femme »

    D’autres pays commencent également à autoriser les personnes intersexes à se définir autrement qu’« homme » ou « femme ». Le premier pays en Europe à reconnaître cette différence est l’Allemagne, mais la loi autorise simplement à ne pas faire mention du sexe de l’enfant sur les registres de naissance (et non à ajouter une autre mention).

    C’est le cas en Australie où, à côté des cases F (femme) et M (homme) sur les documents officiels, a été ajoutée la case X. Cette case signifie à la fois « transgenre, indéterminé ou non spécifié », explique le journal Le Parisien. Le procureur général australien, Mark Dreyfus, a expliqué : « Nous admettons que les individus puissent être reconnus ou identifiés au sein de la communauté par un genre autre que celui qui leur a été assigné à la naissance, ou par un genre non déterminé. »

    « Sexe neutre » ou ne plus mentionner le sexe ?

    En France, en octobre 2015, une personne intersexe avait réussi à être enregistrée sur l’état civil comme étant de « sexe neutre », après une décision en sa faveur du Tribunal de grande instance (TGI) de Tours. Mila Petkova, son avocate, s’était exprimée auprès du pure-player Slate : « Toutes les études montrent qu’il n’y a pas de binarité des sexes, on ne correspond parfois ni à l’un ni à l’autre. »

    Comme le relève Eric Fassin, il y a aujourd’hui deux possibilités : « Soit on conserve les deux sexes dans l’état civil et on crée une troisième catégorie pour les personnes intersexes. Soit on se demande dans quelle mesure l’Etat a vraiment besoin d’inscrire le sexe dans l’état civil. Car au XIXe siècle, si l’Etat se mêlait de cette question, c’était pour s’assurer que ce soient bien des gens de sexe opposé qui se marient ensemble. Aujourd’hui, ce n’est plus la règle. Donc à quoi sert le sexe du point de vue de l’Etat ? Pourquoi y a-t-il sur nos papiers notre sexe et pas notre profession, par exemple ? On pourrait décider d’y renoncer, puisque c’est une question secondaire pour la plupart des gens, et que cela rend la vie difficile pour une minorité. Pourquoi continuer à inscrire le sexe dans l’état civil ? »

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