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    Crise des prisons au Brésil: un système au bord de l’implosion

    media Des proches des détenus se pressent devant la prison après le massacre du 8 janvier 2017, à Manaus. REUTERS/Michael Dantas

    Le début de l’année a été marqué par la violence au Brésil, avec une série de mutineries qui ont fait plus d’une centaine de morts dans plusieurs prisons du pays. Au-delà de la surpopulation des centres de détention, ces épisodes ont mis en évidence un système pénitentiaire au bord de faillite, corrompu par une guerre de gangs, nourrie par le trafic de drogues.

    La spirale de violence a commencé la nuit du 1er janvier, quand une mutinerie a éclaté dans les prisons de Manaus, au nord du pays. Pendant dix-sept heures, des dizaines de détenus et de surveillants ont été pris en otage au milieu d’un feu croisé qui a fait 56 morts.

    Cinq jours plus tard, 31 détenus ont été brutalement assassinés dans l´Etat de Roraima, également dans le nord, suivi de quatre autres meurtres dans une autre prison de Manaus. Cette semaine c’était le tour de la prison d'Alcaçuz, près de Natal, dans le nord-est du Brésil, devenir le théâtre une bataille, d’abord entre les détenus, ensuite entre les prisonniers et la police, qui essayait de s’introduire dans l’établissement. Bilan : au moins 26 morts.

    Prisonniers décapités et corps carbonisés

    Ces mutineries ont été marquées par la violence inouïe de la police, mais surtout des prisonniers, qui ont pris les codétenus en otage. Selon les experts de la police scientifique locale, la moitié des victimes du premier massacre à Manaus ont été décapités, certains corps ont été carbonisés et des détenus ont même eu le cœur arraché. Des décapitations ont été signalées aussi dans d’autres centres pénitentiaires lors des affrontements.

    Ces tueries, les plus importantes dans les prisons brésiliennes depuis aux moins deux décennies, ne sont pas sans rappeler le massacre du Carandiru, du nom de la maison d’arrêt de São Paulo, en 1992. A l’époque, la police a envahi le bâtiment lors d’une mutinerie qui a fini par la mort de 111 prisonniers, la plupart abattus par les forces de l’ordre alors qu’ils s'étaient déjà rendus. L’épisode, qui a choqué l’opinion publique, est même devenu un film, réalisé en 2003 para Hector Babenco.

    Néanmoins, selon le sociologue Sérgio Adorno, qui dirige un centre d’études sur la violence au Brésil, le fait d’avoir des morts dans les mutineries brésiliennes n’est pas nouveau, même après le massacre du Carandiru, « sauf que le niveau de cruauté n’a jamais été aussi élevé, et la décapitation est devenue la face la plus cruel de ces épisodes ». Pour le chercheur, auteur d’un ouvrage sur la situation des prisons, « l’objectif de ces actions est de montrer, par la violence de l’acte, que le pouvoir [en occurrence de l’Etat], ne peut pas intervenir. C’est une façon d’introduire la terreur au sein des conflits ».

    Mais cette terreur s'installe aussi à l'extérieur des murs, puisqu'au-delà des morts dans les prisons, à chacune de ces mutineries des dizaines de détenus ont réussi à s’évader, semant la panique dans les villes aux alentours. A Manaus, pendant la semaine qui a succédé le premier massacre, le nombre de meurtres a explosé. En 24 heures, huit personnes ont été tués, et certaines ont également été décapitées.

    Quatrième population carcérale au monde

    Avec 622 000 détenus, le Brésil affiche la quatrième population carcérale au monde, après les Etats-Unis, la Chine et la Russie. Selon les chiffres officiels, le taux d'occupation est de 167% au niveau national, un chiffre qui s´élève à 259% en Amazonie, où a eu lieu le premier massacre. Dans cette région du pays, l’engorgement du système judiciaire fait aussi des dégâts, puisque plus de la moitié des détenus sont en attente d’être jugés.

    Les conditions des prisons au Brésil sont d’ailleurs souvent pointées du doigt par les associations des droits de l'Homme. Dans son rapport annuel diffusé début janvier, quelques jours après les premières mutineries, Human Rights Watch (HRW) a dénoncé la situation du système pénitentiaire du pays. « Entrer dans une prison brésilienne est comme faire un saut en arrière dans le temps et revenir au Moyen Age », affirme l’ONG, qui fait état de cellules sombres, sans ventilation, insalubres, où prolifèrent des maladies comme la tuberculose. Selon les ONG, la prévalence du VIH au sein des prisons serait 60 fois supérieure au reste du pays.

    La même semaine, un groupe d’experts du Sous-comité des Nations unies pour la prévention de la torture (SPT) a diffusé une étude, basée sur un travail de terrain réalisé en 2015. Le document fait le même constat, mais avec une cause aggravante : la difficulté de l’Etat à contrôler ce qui se passe à l’intérieur des prisons.

    Des soldats de la police militaire en faction devant une prison de Manaus au Brésil. REUTERS/Ueslei Marcelino

    Guerre de narcotrafiquants

    La surpopulation carcérale semble être seulement la pointe de l’iceberg de la crise des prisons au Brésil. Dans les coulisses, le pays assiste à une véritable la guerre de gangs pour le contrôle de l'approvisionnement et de la vente de cocaïne dans ces établissements. D’un côté se trouve le puissant PCC (Premier commando de la capitale), de São Paulo, et de l’autre les groupes qui se sont formés dans le nord du pays, proches du Comando Vermelho (CV), organisation criminelle basée à Rio de Janeiro.

    L’enjeu sur les prisons du nord du pays, où la crise a éclaté, est lié à la situation géographique de ces prisons, dans des Etats qui font frontière avec des pays comme le Venezuela, le Pérou ou de la Colombie. Complexe à surveiller, par son extension et aussi la difficulté d’accès lié à la forêt amazonienne, cette région représente un lieu stratégique de l'économie de la drogue. Une sorte de porte d'entrée de la cocaïne au Brésil. Et même si une bonne partie de cette drogue est exportée vers l'Europe, passant parfois par l'Afrique, elle est aussi commercialisée dans les prisons.

    Entente cordiale brisée

    Pendant longtemps, il y avait une sorte d’entente cordiale entre les deux principaux gangs. Jusqu’à l’assassinat en juin dernier de Jorge Rafaat Toumani, un des chefs d’une des organisations criminelles, dans une attaque attribuée au PCC à la frontière paraguayenne. Il était considéré, y compris par les autorités américaines, comme un des barons du trafic international de drogues et d’armes. Sa mort a déclenché une série de règlements de comptes, dont les autorités pénitentiaires ont perdu le contrôle.

    Depuis quelques mois, les spécialistes tiraient la sonnette d'alarme sur le risque d’explosion d’une guerre entre les factions criminelles qui contrôlent les prisons au Brésil. Raison pour laquelle la classe politique est durement contestée, critiquée par son inertie face à cette crise. A commencer par le président brésilien Michel Temer, qui a attendu presque une semaine avant de se prononcer, pour annoncer la construction d'une trentaine de nouvelles prisons. Depuis, plusieurs détenus ont également été transférés vers d’autres établissements et le gouvernement a déployé des centaines d'hommes afin de renforcer la sécurité dans les zones sensibles du nord du pays.

    Par ailleurs, une réorganisation du système pénitentiaire est aussi évoquée et le gouvernement a annoncé la formation d'une centaine d'agents pénitentiaires. Mais le ministre de la Justice brésilien, Alexandre de Moraes, a déclaré cette semaine à la presse locale qu’il ne servira à rien d’appliquer une réforme si le système reste pourri par la corruption, oubliant juste de préciser si cette corruption était à l’intérieur ou à l’extérieur des prisons.

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