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    Centenaire de la naissance de Jean Rouch: 2017 célébrera le «cinéma nouveau»

    media Jean Rouch avec le cinéaste nigérian Ola Balogun, années 1970. Fondation Jean Rouch

    Le Centenaire Jean Rouch 2017 a été lancé ce 24 janvier à l’Hôtel de Ville de Paris. Ambassadeurs et hauts fonctionnaires des institutions et pays partenaires de cette opération d’envergure, mais aussi artistes et gens de cinéma, du musicien sénégalais Wasis Diop à l’acteur français Charles Berling ou au documentariste Serge Moati, ont répondu présents à ce bel hommage au célèbre cinéaste ethnographe qui a marqué le 20è siècle.

    Cette action se veut « aussi riche que possible, à la fois désordonnée, délicate et attentive, provocante et discrète, intime et citoyenne », a expliqué à la tribune Andrea Paganini, délégué général du Centenaire Jean Rouch. De Paris à Niamey, un nombre impressionnant de manifestations se dérouleront tout au long de l’année 2017, qui permettront aux initiés comme aux non-initiés de mieux connaître l’œuvre foisonnante du célèbre ethno-cinéaste, reconnue aujourd’hui dans le monde entier.

    Jean Rouch est l’auteur d’une centaine de films [Les Maîtres fous (1957), Moi un Noir (1958)...]. Artiste et scientifique, chercheur, inventeur de l’anthropologie visuelle, il a fait de l’Afrique de l’Ouest son terrain de prédilection, inventant, caméra au poing, un cinéma nouveau. Et son nom reste associé au Festival de films ethnographiques (ancêtre du Cinéma du réel) qu’il a créé en 1982 dans l’objectif de montrer la richesse et la diversité des sociétés qui peuplent la planète.

    La patte de Jean Rouch

    « C’est un homme qui a tant fait pour le cinéma, pour le documentaire », affirme Christophe Tardieu, le directeur général délégué du Centre national du cinéma (CNC) et de l’image animée, organisme partenaire d’une dizaine de manifestations, dont une exposition d’archives à la Bibliothèque nationale de France (BNF). Le CNC « ne pouvait pas envisager de ne pas célébrer Jean Rouch, cet homme qui a tant fait pour développer l’ensemble des connaissances humaines », dit-il en soulignant son « regard singulier. (…) Quelques secondes, quelques minutes de visionnage d’un de ses films suffisent pour reconnaître immédiatement sa patte ». Son « influence impressionnante » peut se mesurer à l’aune des « vocations qu’il a pu susciter et développer auprès de toutes ces jeunes générations de scientifiques, de conservateurs, de cinéastes », poursuit-il. Sans oublier les muséographes, notamment ceux du Musée du Quai Branly, « totalement associés à cet hommage ».

    Ambassadeur et délégué permanent du Niger auprès de l’Unesco, Inoussa Ousseini, ami de longue date du cinéaste, fait à son tour l’éloge de cet homme resté gravé à jamais dans sa mémoire. « Jean Rouch a dessiné quelque part le sillon de ma vie », confie-t-il. Saluant ses « anciens maîtres », ses « anciens guides présents dans la salle, au rang desquels Serge Moati et Jean-Michel Arnold », le président de l’Association Centenaire Jean Rouch 2017. Fin novembre à Niamey, des célébrations auront lieu dans le cadre de la 10è édition Forum africain du film documentaire. « L’Afrique doit beaucoup à Jean Rouch, explique-t-il, par son travail de préservation de la mémoire. Les éminentes personnalités, ethnologues, anthropologues et jeunes cinéastes qui sont dans la salle savent qu’on ne peut conter l’histoire de l’Afrique, enseigner la tradition orale, l’anthropologie sans images. Rouch a permis de préserver une mémoire fragile et vivante de l’Afrique. Inversement, il doit aussi beaucoup à l’Afrique, car la terre africaine et l’amitié avec les Africains lui ont permis d’inventer ce que nous célébrons aujourd’hui, le cinéma nouveau, le cinéma de contact, le cinéma de liberté. »

    Safi Faye dans le film Moi un noir. Fondation Jean Rouch

    « Jean était un homme heureux »

    Jean-Michel Arnold a connu Jean Rouch quand il était encore jeune ethnologue. Il découvrait le terrain qui allait être sa vie et toute sa richesse et sa variété, « c’est-à-dire le bonheur. Jean était un homme heureux, raconte-t-il. Il riait quand il racontait son scénario, il riait quand il tournait, il riait quand il montait, il riait quand il mixait, et que ce soit au festival de Cannes ou au Musée de l’Homme, le rire le plus clair était celui de Jean. » Autre anecdote, il ne supportait pas « le regard sans caméra. Il ne pouvait pas exister sans cette prothèse ». Mais il a eu la chance, en créant l’anthropologie visuelle, de la voir devenir « une des grandes disciplines de l’université, attirant à lui énormément d’étudiants enthousiastes ».

    A Turin en Italie, à Shiraz en Iran ou à Niamey au Niger, Jean Rouch aimait faire des blagues avec ses amis forts nombreux, notamment Enrico Fulchignoni. Jean-Michel Arnold se souvient de son armoire au CNRS, remplie de pellicules et de bandes son. Il ne revenait jamais de mission avec une bobine vierge. « Il tournait un film dans la nuit. Et les cinéastes l’adoraient », se souvient-il encore. Evoquant enfin le premier festival culturel panafricain qu’il avait organisé, il ajoute : « Quand Jean Rouch est arrivé, l’ancêtre totémique, que ce soit le premier cinéaste, Paulin Vieira, ou les grands comme Sembene Ousmane, tout le monde l’a porté en triomphe… Le bonheur, toujours le bonheur. Le plaisir, la joie, la découverte. Il a vécu merveilleusement. Alors, embarquez ! »

    Non sans avoir encore rendu hommage au délégué général, Andréa Paganini, cet « Italien d’une lignée d’amateurs, de collectionneurs d’art africain » qui a décidé qu’il fallait célébrer Jean Rouch avec un centenaire équivalant à ceux de Victor Hugo ou de Jules Ferry. Et aux femmes qui l’ont aidé à « réussir que ses rêves deviennent son quotidien ». D’abord Jocelyne, sa veuve qui, avant lui, a brossé à la tribune un portrait touchant de son mari décédé d’un accident de la route au Niger (voir plus bas). Egalement la légendaire Françoise Foucault, du Comité du film ethnographique. Et enfin sa « dernière fée posthume », Catherine Ruelle, ancienne journaliste à RFI, qui copréside avec lui l’Association Centenaire Jean Rouch 2017.

    Jean Rouch à Marcilly-sur-Eure en 1918. Fondation Jean Rouch

    Jean Rouch, vu par sa femme Jocelyne Rouch : « Rêver n’est pas pathologique »

    Avec un brin d’émotion dans la voix, Jocelyne Rouch brosse le portrait de son défunt mari le 24 janvier 2017 lors de la cérémonie de lancement du Centenaire Jean Rouch :

    « Jean Rouch avait quelques formules qu’il répétait souvent et qui permettaient de mieux connaître l’homme dans sa rigueur, son élégance, l’homme poète, rêveur, rigoureux, chaleureux, libre, passeur de savoir et de mémoire. "Rêver n’est pas pathologique", aimait-il à dire. A quatre ans, dans famille unie, généreuse et aimante, il était le roi de Marcilly, ce petit village de Normandie où s’étaient installés ses grands-parents. Il revendiquait d’être l’enfant du "Pourquoi pas", bateau d’exploration du commandant Charcot sur lequel avait embarqué Jules Rouch, son père, Louis Gain, son oncle naturaliste. Cap sur l’Antarctique... "Ma vie est une suite de rencontres", ajoutait-il modestement. Les nombreuses rencontres de son père, Officier de Marine, l’avaient conduit à Rochefort. Leur maison était voisine de celle de Pierre Loti, et cela lui a laissé le souvenir d’avoir vu Pierre Loti en talons hauts.

    A Brest, le commandant Charcot le faisait sauter sur ses genoux et Jean se plaignait de l’odeur de sa pipe. A Casablanca, lors d’un déjeuner avec son père, il rencontra Saint-Exupéry. Tous ces voyages, toutes ces rencontres l’ont ouvert au monde et aux gens et ont aiguisé son goût de l’aventure et de la curiosité. Son oncle Gustave l’avait initié à l’art de la photographie. Elève des Ponts et Chaussées, il s’est lié d’amitié avec Jean Sauvy et Pierre Ponty, amitié qui dura toute leur vie. En 1941, il part en Afrique de l’Ouest pour construire des routes. Affecté au Niger, Jean assiste à un rituel de purification des corps foudroyés sur un chantier.

    Impressionné et profondément ému, il veut comprendre cette cérémonie à laquelle il assiste. Car elle vient de lui ouvrir la porte sur le merveilleux. Sa vocation d’ethnologue vient de naître. Son ami Damouré rencontré au bord du fleuve sera son guide dans la découverte de la culture songhaï. C’en est fini des tracés de route. Il retournera en France pour suivre les cours du professeur Griaule et il reviendra caméra à l’épaule pour filmer les rituels songhaï au Niger et le Sigui au Mali. Décédé en 2004 sur une route du Niger, le pays lui a rendu hommage en lui offrant des funérailles nationales. Il repose au cimetière chrétien de Niamey. »

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