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    [Chronique] Nigeria: cette Gambie qui inquiète et fascine

    media A Lagos, la crise post-électorale en Gambie a beaucoup fait parler d'elle. Patrick ROBERT/Corbis via Getty Images

    Au Nigeria, à l'exception de Donald Trump, qui a droit à autant d'attention que Yahya Jammeh en exil depuis le 21 janvier ? Pourtant, en temps ordinaire, les médias nigérians parlent très peu des autres pays du continent. Ainsi, la chaîne d'informations en continu Channels qui se veut un CNN nigérian consacre la presque totalité de son temps d'antenne à des informations locales.

    « Nous les Nigérians, nous nous considérons comme les Etats-Unis d'Afrique. Nous sommes très autocentrés. D'autant plus que chez nous la géographie n'est pas vraiment enseignée à l'école », explique Tunde, étudiant de Lagos.

    Au plus fort de la crise à Bangui, la Centrafrique a été à peine évoquée par les médias nigérians. « C'est quoi, c'est où la Centrafrique ? C'est un pays ? » demandent un certain nombre de Nigérians éduqués. La grande majorité d'entre eux seraient bien incapables de situer la Centrafrique sur une carte. De même le Nigeria, ce pays de 188 millions d'habitants est peu susceptible de se pencher sur le sort de la Gambie et de ses deux millions d'âmes.

    Si vous essayez d'expliquer à un Nigérian que le Sénégal s'intéresse aussi à cette crise parce que la Gambie de Yahya Jammeh a tenté de déstabiliser la Casamance, vous plongez votre interlocuteur dans un océan de perplexité. C'est quoi la Casamance ? L'Afrique anglophone et la francophone sont loin d'avoir les mêmes priorités : encore aujourd'hui, les centres d'intérêt sont diamétralement opposés.

    Certes le Nigeria est déjà intervenu militairement en Afrique de l'Ouest, notamment au Liberia et en Sierra Leone dans les années quatre-vingt-dix. Et cette fois-ci encore, le Nigeria a bandé les muscles pour montrer à Jammeh qu'il était grand temps de respecter le verdict des urnes et de quitter le pouvoir. Mais au final, comme le souligne le quotidien This Day, « une intervention militaire dans ce pays aurait été très peu souhaitable. Elle risquait d'avoir un important coût financier et humain ».

    « Au Liberia et en Sierra Leone, l'armée nigériane avait pu se payer sur la bête en se livrant à de juteux trafics d'armes et de diamants. La Gambie ne possédant pas les mêmes ressources naturelles, l'armée aurait sans doute du mal à trouver son compte », souligne le quotidien The Punch.

    Pourquoi devrions-nous aller faire la guerre en Gambie ?

    Par ailleurs, l'armée nigériane est fort occupée sur d'autres fronts intérieurs. Boko Haram continue à sévir dans le Nord-est. Parallèlement, le delta du Niger connaît toujours des troubles réguliers. L'opinion publique s'étonnerait de voir son armée nationale intervenir en Gambie alors que le Nigeria lui même est loin d'être pacifié.
    « Nous sommes en pleine récession. Notre PIB a diminué de 1,6% en 2016. Pourquoi devrions-nous aller faire la guerre en Gambie ? » se demande Okey Agu, un homme d'affaires de Port-Harcout.

    Même s'il est médiateur dans la crise, le président Muhammadu Buhari a lui-même d'autres préoccupations. Sa santé décline et ses séjours médicaux en Grande-Bretagne gagnent en fréquence et en longueur.

    Dans ce contexte, le Nigeria n'est que trop heureux de laisser le Sénégal et la Cédéao (Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest) jouer un rôle leader dans la résolution de cette crise. L'époque où le Nigeria voyait d'un mauvais œil l'influence de la France et de ses alliés dans la région – notamment pendant la guerre du Biafra – semble révolue.

    « La France nous aide à combattre Boko Haram et nous permet d'améliorer nos relations avec nos voisins, qui sont également impliqués dans cette crise, notamment le Cameroun », souligne un militaire nigérian.

    Jammeh donne une terrible image de l'Afrique

    Même s'ils ne voulaient pas agir directement dans ce conflit en puissance, les Nigérians étaient loin d'être indifférents. Ils voient avec un grand soulagement Jammeh quitter la scène politique.

    « Il donne une terrible image de l'Afrique », note le Guardian de Lagos qui souligne que son départ précipité en emportant le fruit de ses pillages rappelle celui de Mobutu qui avait fui Kinshasa en mai 1997. Pour la presse nigériane, son profil rappelle celui des pires dictateurs du continent, les ubuesques Amin Dada, Mobutu ou Sani Abacha.« Sauf que là, il fait pire que ses devanciers. Il reconnaît d'abord sa défaite avant de se raviser », ironise James Okafor, un universitaire de Lagos.

    Le fait que Jammeh n'ait pas hésité à menacer de plonger son pays dans la guerre civile pour s'accrocher au pouvoir inquiète au plus haut point les Nigérians pour qui le souvenir de la guerre du Biafra (1967-1970) demeure vif . D'autant que Jammeh a joué la carte religieuse en affirmant que s'il restait au pouvoir c'était « par la volonté d'Allah ».

    Le spectre de la dictature toujours vivace

    En tuant des opposants et en pillant les caisses de l'Etat, il rappelle aussi aux Nigérians les pires heures de la dictature militaire de Sani Abacha (au pouvoir de 1993 à 1998), le président kleptomane qui avait fait le bonheur des banques suisses.
    Au Nigeria, le retour de la démocratie est relativement récent. Moins de vingt ans. Les militaires jouent toujours un rôle crucial dans les arcanes politiques. Le spectre de la dictature est toujours vivace, notamment chez tous les Nigérians ayant connu le règne du dictateur Sani Abacha.

    « Tout comme Jammeh, Abacha était un adepte des pouvoirs mystiques. Il s'entourait de marabouts qui lui assuraient qu'il allait régner pour toujours dès lors qu'il respecterait certains préceptes. Comme celui qui consistait à tuer tous ceux qui lui faisaient de l'ombre. L'un de ses conseillers occultes lui avait dit que s'il n'éliminait pas physiquement l'écrivain Wolé Soyinka, celui-ci allait devenir président à sa place. D'où ses tentatives répétées d'assassinat du prix Nobel de littérature », rappelle un enseignant de Lagos.

    Jammeh s'est un temps vu proposer l'exil au Nigeria. Mais il a décliné l'offre. Charles Taylor, l'ex-président du Liberia avait accepté cette proposition. Mais cela n'avait pas empêché le président Olusegun Obasanjo de le livrer à la justice internationale.
    Au Nigeria, la tolérance vis-à-vis des dictateurs est des plus faibles. Dans ce pays, Yahya Jammeh inquiète plus qu'il ne fait rire. Son nom et ses vingt-deux ans de règne sans partage sonnent comme un cauchemar, qui rappelle douloureusement un passé pas si lointain. Un mauvais rêve que les Nigérians veulent enterrer à jamais.

    ►(Re) lire les autres Histoires nigérianes

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