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    Hebdo

    Médecins sans frontières: une journée chez les pompiers de l’humanitaire

    media Hôpital de Qayyarah en Irak, en décembre 2016. Brigitte Breuillac/MSF

    Depuis quarante ans, Médecins sans frontières (MSF) apporte à travers le monde une assistance médicale à des populations menacées. Présent sur la plupart des zones d’urgence où la vie et la santé sont en grand danger, suite à des conflits, des catastrophes naturelles ou des épidémies, MSF intervient et délivre ses secours en toute indépendance et impartialité. La petite association médicale humanitaire internationale, créée en 1971 par des médecins et des journalistes, Prix Nobel de la paix en 1999, est aujourd’hui une organisation internationale en capacité de déployer des secours et des soins à des milliers de kilomètres sur des terrains difficiles, sur tous les continents. Mais l’esprit et les valeurs qui animent ces femmes et ces hommes de l’association n’ont pas changé, même si l’organisation s’est beaucoup développée et structurée pour être plus opérationnelle. A quoi peut ressembler une journée chez les pompiers internationaux de l’humanitaire depuis le bureau de MSF Paris ? Reportage.

    A 8h du matin, quand le rideau métallique de la porte du bâtiment de MSF se lève, deux jeunes femmes sont déjà devant l’entrée avec leurs sacs à dos. Elles sont arrivées tôt ce matin à Paris directement de l’aéroport. Toutes deux sont médecins et rentrent de deux mois d’intervention médicale en zone de guerre, sur un poste avancé qu’elles ont ouvert en urgence au sud de Mossoul, en Irak. Dans le hall, les sacs à dos s’empilent, la machine à café est très sollicitée, les ordinateurs en libre-service permettent aux arrivants de donner des nouvelles à leurs proches et les fumeurs se retrouvent sur un patio aménagé pour échanger quelques mots entre collègues. « - Tu as vu Michel au Soudan ? - Oui, on s’est croisés dans l’avion du CICR… ». Pour tous ceux qui rentrent de mission, le passage obligé c’est une journée de débriefing à MSF avec le responsable de la cellule des urgences pour rendre compte de ce qui s’est passé sur place et faire le point sur les problèmes à régler. Un parcours à MSF qui se termine, avant de profiter d’un temps de repos bien mérité par une dernière visite à la « responsable de pool » pour commencer à parler de la prochaine mission.

    MSF intervient dans 69 pays

    Aujourd’hui MSF, qui est une organisation internationale privée et indépendante à but non lucratif, indépendamment du bureau historique de Paris (l’association est née à Paris en 1971) et du Bureau de MSF International basé à Genève, compte vingt bureaux nationaux et onze organisations spécialisées, appelées « satellites », avec des missions spécifiques telles que l’approvisionnement de l’aide humanitaire, la recherche épidémiologique et médicale, et la recherche sur l’engagement social et humanitaire.

    Au fil du temps, l’association s’est internationalisée tant au niveau de ses bureaux que de son personnel (professionnels de la santé, de la logistique et de l’administration) et gère aujourd’hui des programmes dans 69 pays. Soit 29 pays africains, 21 pays d’Asie et du Moyen-Orient, 5 pays du continent américain, 6 pays d’Europe, 2 pays d’Océanie et diverses opérations comme en mer Méditerranée pour les réfugiés. L’Afrique absorbe 59% des dépenses réalisées pour des programmes. A ce jour, 515,9 millions d’euros ont déjà été dépensés par MSF sur le continent. Les trois pays sur lesquels ont été dépensés les plus gros volumes financiers sont la République démocratique du Congo (100,3 millions d’euros), le Soudan du Sud (81,7 millions d’euros) et la République centrafricaine (52,9 millions d’euros). L’ensemble de ses fonds (92%) viennent de 5,7 millions de donateurs privés, le reste provenant d’institutionnels.

    1,5 million de déplacés à Maiduguri

    Cœur névralgique de MSF Paris : le département des opérations. Un service de soixante-dix personnes qui gèrent différentes cellules en charge de pays où MSF intervient. Dès qu’une alerte arrive sur des besoins sanitaires d’urgence (épidémie, conflit, catastrophe naturelle), une première équipe se rend sur place pour faire l’analyse des besoins. « Soit on intervient par exemple dans un hôpital avec le ministère de la Santé, soit dans un camp de déplacés comme au Nigeria dans la problématique Boko Haram à Maiduguri. Une proposition d’intervention est faite auprès du responsable de programme à Paris, discutée avec les opérations, et là on décide. Oui, c’est pertinent, on y va sur cet angle-là, oui il faut ouvrir… quand c’est trop gros, comme à Maiduguri, on fait appel à d’autres centres opérationnels. Il y a cinq centres opérationnels à MSF : les Français, les Suisses, les Belges, les Espagnols, les Néerlandais, et sur la zone de Borno au Nigeria, il y a cinq centres de MSF qui travaillent », explique Isabelle Mouniaman-Nara, directrice adjointe des opérations.

    Au Nigeria, MSF France est présent depuis 2004 sur trois projets, hors urgence : un programme obstétrique au nord, un programme de prise en charge de victimes de violences sexuelles au sud et un programme mobile d’intervention sur différentes épidémie (choléra, rougeole..). En mai 2014, avec l’arrivée des premières vagues de déplacés fuyant Boko Haram, MSF a monté les premiers camps d’urgence à Maiduguri pour prendre en compte les besoins sanitaires et nutritionnels des populations. Petit à petit, la situation a grossi dans un contexte qui s’est dégradé et l’on a aujourd’hui plus d’un million et demi de déplacés dans Maiduguri, la zone de l’Etat du Borno au Nigeria étant, avec le Yémen, la plus grosse intervention d’urgence de MSF actuellement.

    Zones d’urgences

    Quand un nouveau projet d’intervention d’urgence est lancé, une équipe standard est envoyée, composée en général de cinq personnes : un chef de mission, un médecin, un infirmier, un logisticien et un administrateur. Puis en fonction des besoins du projet, l’équipe est élargie dans les spécialités recherchées. En cas de besoin de chirurgie par exemple, on rajoute un chirurgien, un anesthésiste et une infirmière de bloc ou des sages-femmes, des psychologues selon les cas. De la même manière, le matériel déjà en kit (tentes, bloc opératoire, lits, groupes électrogènes…) est stocké pour MSF France à Bordeaux, prêt à être embarqué par avion.

    L’ouverture de nouveaux projets d’urgence, c’est un domaine que connaît bien Delphine Chedorge, coordinatrice d’urgence et chef de projet qui est intervenue en Côte d’ivoire, en Syrie, en Libye, au Tchad, au Kenya, en Haïti et en Centrafrique. Pour ouvrir un site, cela peut prendre quelques jours ou plusieurs mois en fonction du temps pour obtenir les autorisations, et parfois cela n’aboutit pas. Ensuite, il faut prendre en compte les conditions d’interventions, explique Delphine Chedorge : « Les lignes rouges sont toujours mobiles dans tous les domaines, on regarde d’abord si on est ciblés ou pas, en tant que MSF… (si MSF est ciblé) on reprend tous les contacts pour se faire accepter et ça prend du temps. L’autre ligne rouge, c’est quand on a des équipes kidnappées…Tant qu’on n’a pas libéré les personnes, on ne va pas se retirer (du pays), pour continuer les négociations afin de récupérer les kidnappés. Mais par contre, quand on a récupéré tout le monde, si on n’a pas de garantie de sécurité des groupes responsables pour continuer d’intervenir… On va sortir du pays, c’est ce qui s’est passé en Somalie ».

    Pour le Dr Mego Terzian, président de MSF France, « le premier objectif, c’est de rentrer sain et sauf à la maison » et MSF s’engage à tout faire en cas de prise d'otage pour récupérer tout le monde. Mais comme le déplore Mego Terzian, « depuis 2011, on ne passe pas une année sans avoir un problème de sécurité grave, soit kidnapping, soit assassinat….par exemple au Congo, on a depuis plus de trois ans, trois collègues qui sont détenus par le groupe ADF Nalu, un groupe rebelle ougandais dont la base est au Congo… Malheureusement, le kidnapping ou la mort font partie de notre métier, mais si on estime que MSF est ciblé directement ou que les risques sont très élevés, on fait le choix de ne pas y aller ». L’histoire de MSF est marquée notamment par deux événements tragiques : la mort de centaines d’intervenants pendant le génocide Rwandais et le bombardement le 3 octobre 2015 par un avion américain de l’hôpital de traumatologie de MSF à Kunduz en Afghanistan qui a tué 14 intervenants de MSF et leurs patients. Mais au-delà de ces événements exceptionnels d’après Mégo Terzian, le pourcentage d’incidents graves est proportionnellement identique à celui des années 1980, car à cette époque MSF déployait approximativement 7 000 personnes, alors qu'aujourd’hui ils sont près de 33 000 sur des terrains d’intervention à travers le monde.

    Le moteur de l’humanitaire

    Pour MSF, qui est très connu pour ses interventions sur les zones de conflit, la guerre n’est pas le seul champ d’intervention comme l’explique Rony Brauman, médecin, figure historique de MSF et de l’humanitaire qui a rejoint l’association quelques années après sa création et qui en sera un temps le président. « Pour MSF, la guerre n’est finalement qu’un chapitre parmi d’autres de l’action. Ce qu’on fait dans le domaine que l’on pourrait appeler les actions médico-sanitaires (tentative de réduire le paludisme dans telle région, de prendre en charge des femmes enceintes ou des enfants malnutris dans d’autres régions, d’assurer simplement des soins d’une qualité décente dans des régions qui en sont dépourvus ou bien agir dans des lieux où la guerre a produit des ravages, où la construction ou la reconstruction est lente à survenir ...), eh bien on épaule, on installe des structures, on permet à des équipes locales de travailler ».

    MSF a connu une évolution positive importante, ajoute Rony Brauman, et pourtant tout à fait silencieuse : « C’est l’arrivée sur la scène sociale de cadres africains de qualité, notamment dans le domaine qui est le mien, la médecine, la santé, des infirmiers, des officiers de santé, on ne les appelle plus comme ça mais ils en ont la fonction, des médecins, qui sont formés avec une qualité de travail bien supérieure à celle qu’on pourrait imaginer compte tenu de la précarité des lieux d’études dans lesquels ils ont travaillé la médecine. Je parle par exemple de la faculté de médecine de Kisangani, en RDC, qui n’est certainement pas l’école de médecine la mieux équipée de ce qu’on peut imaginer. J’ai pu voir travailler des médecins sortant de la faculté de Kisangani au Congo-Kinshasa, dont le sens clinique, les capacités thérapeutiques et le travail médical étaient tout à fait impressionnants et n’avaient rien à envier à ceux de médecins expatriés venant d’Europe. Et cela a changé nos manières de travailler… et ça, c’est une source de satisfaction très forte. »

    MSF a changé, Mégo Terzian, son président, est un « French doctor » venu d’ailleurs. Lui-même d’origine libano-arménienne, il incarne ce changement. MSF, c’est aujourd’hui un mouvement international composé de 80 nationalités différentes où l’état d’esprit est resté le même que celui qui animé l’association à ses débuts. « La philosophie reste la même, prise de risque par exemple, dénoncer les attaques contre les structures ou les populations civiles... La philosophie grande gueule, ça n’a pas changé.. », confirme Mégo Terzian, concluant : « On va fêter notre 46e assemblée générale l’année prochaine en juin ; que deviendra MSF ? A mon avis, comme toute institution, MSF a une durée de vie limitée. J’espère que dans 45 ans, MSF n’existera plus. »

    Alors que la nuit tombe sur le bâtiment de MSF France en pleine activité, Labra, une psychologue italienne, qui sort de la salle de briefing se présente au bureau des départs. « Voilà ton passeport avec le visa, ta carte MSF et ton ordre de mission, ton gilet MSF et tes billets d’avion. Tu embarques donc ce soir à Orly Ouest pour Abuja, au Nigeria, via Londres, un correspondant MSF viendra te chercher à l’aéroport d’Abuja et t'accompagnera le lendemain matin pour prendre le petit avion du CICR [...] pour Maiduguri… ». Une heure plus tard, Labra embarque avec ses bagages dans un taxi et disparaît dans la circulation parisienne.

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