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    [Chronique] Nigeria: à qui appartient Lagos?

    media Une rue bondée du centre-ville de Lagos, en décembre 2016. REUTERS/Akintunde Akinleye

    Lagos est la ville de tous les fantasmes et de toutes les convoitises. Les Nigérians la voient comme une Babel moderne, la mégapole de tous les possibles. A Abuja, des dirigeants politiques de premier plan ont même pris l'habitude d'appeler cette ville « sin city », la capitale du péché, rien de moins.

    La ville des opportunités où « le ciel est la limite ». Une cité de vingt millions d'habitants où tout peut arriver : le pire comme le meilleur. Les fortunes qui viennent de nulle part et les fins de vie précipitées. Cette ville a la réputation de vous happer, de vous dévorer, comme l'explique bien l'écrivain lagotien Tony Kan, dans son dernier roman, le bien nommé The Carnivorous City (édition Cassava Republic).

    Chaque année, la population de cette mégapole croît de près de 400 000 personnes. C'est la ville la plus peuplée du continent avec Le Caire. Le fait que Lagos ne soit plus la capitale officielle du Nigeria depuis les années quatre-vingt-dix n'a rien changé en la matière. Lagos fascine toujours autant : les riches comme les pauvres. C'est là que les villageois désargentés viennent chercher fortune. C'est là aussi que les plus riches jettent l'ancre. Le yacht d'Aliko Dangote, l'homme le plus fortuné du continent, mouille dans la lagune. Le pouvoir d'attraction touche aussi les pays voisins : à commencer par le Bénin. Porto- Novo, la capitale du Bénin se trouve à deux heures de route de Lagos. Des centaines de milliers de Béninois et de Togolais travaillent au Nigeria notamment dans le secteur du bâtiment ou l'agriculture.

    Lagos reste la porte d'entrée au Nigeria

    Un million de francophones vivrait à Lagos, estiment des diplomates européens. Il est vrai que le « gâteau » a de quoi susciter les convoitises : le PIB de Lagos est équivalent à celui de la Côte d'Ivoire, du Sénégal et du Cameroun réunis. Si Lagos était un Etat indépendant, elle représenterait la sixième économie du continent. Lagos est notamment la porte d'entrée vers l'ensemble du Nigeria. La grande majorité des importations entrent par le port de Lagos. Si Lagos et son port, Apapa, sont bloqués, l'économie nigériane l'est aussi. C'est notamment par Apapa qu'arrive l'essence raffinée. Le Nigeria est le seul grand pays producteur de l'Organisation des pays producteurs de pétrole à importer l'essentiel de son essence, les capacités de raffinage nationales étant beaucoup trop faibles pour assurer les besoins du pays. Qui contrôle Lagos possède donc un pouvoir considérable.

    Dès lors, tout le monde se livre une bataille impitoyable pour le contrôle de la ville et de ses richesses. Le pays compte 300 ethnies : chacune veut posséder sa part du gâteau et l'accroître.

    Lagos se trouve en pays yorouba : l'ethnie qui domine le sud-ouest du Nigeria est l'une des plus puissantes du pays. Les Yoroubas sont près de quarante millions, ils ont donné un grand nombre de dirigeants au Nigeria, notamment le président Olusegun Obasanjo et possèdent un pouvoir économique considérable.

    Tant que Lagos restait la capitale fédérale, il leur était difficile de revendiquer la possession de la ville. En tant que capitale, Lagos était par définition la « maison de tous ». Les Haoussas (ethnie du nord) sont des centaines de milliers à Lagos. Les Igbos notamment, l'ethnie qui domine le sud-est du Nigeria, y possédaient un pouvoir économique et financier considérable. De même que les populations originaires du delta ou celles qui viennent de la région de Benin City.

    Des gouverneurs puissants

    Quelques-unes des plus grandes familles de Lagos sont en fait descendantes d'esclaves affranchis qui s'y sont installés dès le XIXe siècle. Ce sont eux qui ont construit les bâtiments de style brésilien encore visibles dans le vieux Lagos, dans le quartier de Lagos Island. Ces « vieilles » familles lagotiennes surnommées « old money » (argent acquis de longue date) conservent une grande influence sur la destinée d'Eko (le nom de Lagos, en yorouba). Le nom Lagos vient du portugais Lagos. Les Portugais ayant été les premiers Européens à établir des contacts étroits avec les ethnies côtières.

    Le système politique nigérian est très inspiré par le modèle américain : les gouverneurs possèdent un pouvoir considérable. Lors de la dernière élection des gouverneurs en avril 2015, un candidat, Akin Ambode (vainqueur du scrutin), s'est clairement présenté comme le défenseur des Yoroubas. Son rival Jimmy Agbaje était plutôt perçu comme celui des autres ethnies qui peuplent la ville.

    Menaces de mort pour ceux qui ne « votent pas bien »

    Juste avant le scrutin, le roi des Yoroubas de Lagos a réuni les représentants de l'ethnie igbo et leur a expliqué tout de go devant des journalistes que « s'ils (les Igbos) ne votaient pas pour le candidat des Yoroubas », ils seraient jetés dans la lagune et noyés.

    Ces propos ont été enregistrés et diffusés par les médias. Bien des proches d'Ambode les ont approuvés à mots couverts ou en privé. Selon eux, il fallait coûte que coûte que les Yoroubas reprennent le contrôle de « leur » ville et de « leur » capitale.

    Alors que le scrutin était très serré, les propos menaçants du roi ont sans doute joué un rôle majeur dans l'élection d'Ambode. Bien des Igbos n'ont pas osé se rendre aux urnes. Ils ont même préféré voyager ce jour-là pour éviter les « ennuis ». « J'ai pris la fuite. Si je vais voter, tout le monde sait que je suis Igbo. Du simple fait de mon nom, mon identité est dévoilée. Et comme les gens devinent que je ne vais pas voter pour le candidat désigné par le roi des Yoroubas, je me mets en danger », explique ainsi Ijeoma, une fonctionnaire igbo.

    Un « nettoyage ethnique » dans les rues ?

    Après le scrutin, des proches d'Ambode reconnaissaient d'ailleurs que le roi leur avait donné un sérieux coup de pouce. Ils considéraient, selon leurs dires, que « ses déclarations étaient tout à fait légitimes, dès lors qu'elles leur permettaient de reprendre le pouvoir ».

    Ces coups de Jarnac ont provoqué la colère des Igbos, notamment de l'écrivaine Chimamanda Ngozi Adichie. Dans une tribune très remarquée, elle s'est étonnée que dans une démocratie l'on puisse menacer de mort les Igbos qui ne votent pas pour le candidat des Yoroubas.

    Elle a aussi rappelé dans sa tribune de sérieux contentieux historiques à Lagos. Pendant la guerre du Biafra (1967-1970), nombre d'Igbos ont été expropriés. « Des Yoroubas se sont installés dans leurs villas et après le conflit, les familles igbos n'ont jamais pu récupérer leurs biens », rappelle-t-elle.

    Récemment, le gouverneur de Lagos a décidé de faire la chasse aux marchands ambulants qui sillonnent les rues de la capitale économique. Officiellement, il s'agit de créer un Lagos moderne. Il est vrai que les « hackers » marchands ambulants et les boutiquiers installés sur la chaussée provoquent des embouteillages. Mais bien des Lagotiens y voient aussi un geste à connotation ethnique. « Ces commerces sont fréquemment contrôlés par les Igbos. Les chasser, c'est aussi envoyer un message à ce groupe ethnique : vous n'êtes pas les bienvenus ici. Cette ville ne vous appartient pas », souligne Emeka, un commerçant igbo.

    Lagos revendique le titre de « New York de l'Afrique »

    A Lagos, la redistribution des cartes du pouvoir économique est permanente. Même le gouverneur Ambode sait qu'il ne peut pas aller trop loin dans sa volonté de favoriser les Yoroubas. Lagos reste avant tout un melting pot. Son énergie vient de la présence de tous ces groupes ethniques qui s'affrontent et passent des alliances. Lagos revendique le titre de « New York de l'Afrique », elle a besoin de sa diversité pour conserver cette identité. Une capitale moderne et ouverte sur le monde. Une ville qui ne dort jamais et a donc besoin de toutes les énergies.

    D'ailleurs, les mariages interethniques s'y multiplient. Il est de plus en plus fréquent de voir un Igbo épouser une Yorouba et vice versa. La plupart des Igbos nés et ayant grandi à Lagos parlent aussi le yorouba. Le pays yorouba est également une terre de tolérance religieuse : 50% musulman, 50% chrétien. Il n'est pas rare de côtoyer dans les mêmes familles des musulmans et des chrétiens. Le changement de religion est d'ailleurs fréquent.

    Lagos offre une belle image de ce que pourrait être un Nigeria moderne où les ethnies cohabitent la plupart du temps en bonne intelligence. Tout le monde se bat pour le même gâteau. Mais tout le monde sait à quel moment il convient de ranger les couteaux. Le « New York de l'Afrique » constitue une belle vitrine pour le Nigeria. Tout le monde aurait trop à perdre en la brisant.

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