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    [Reportage] Le quotidien d’un bidonville de Roms en France

    media Le bidonville tout en longueur de la Porte des Poissonniers, mardi 31 janvier. Nastasia Tepeneag/RFI

    Entre la Porte de la Chapelle et la Porte des Poissonniers, dans le nord de Paris, un bidonville de Roms s’est reformé petit à petit, un an après l'expulsion de ses habitants, le 3 février 2016. Environ 80% d'entre eux se sont réinstallés le long de la voie de chemin de fer désaffectée de la petite ceinture. Aujourd’hui, ils sont plus de 500. Quel est leur quotidien ? Comment s’organise un bidonville ? Reportage.

    On ne devine leur présence que grâce aux fumées qui s’échappent des cabanes de fortune en contre-bas. Dans le bidonville de la « petite ceinture », des centaines de personnes s’affairent. Parmi elles, Maria. Avec sa longue tresse noir de jais et sa jupe bordeaux qui descend jusqu’aux chevilles, la jolie femme de 37 ans presse le pas. Poussette vide à la main, elle s’éloigne du bidonville : « je vais chercher du bois pour le feu, pour que mes enfants ne meurent pas de froid la nuit », explique-t-elle, en route vers un chantier en construction. « Revenez demain matin. Là je n’ai rien, mais je vous mettrai un petit sac de côté », déclare le contremaître. Pour lutter contre le froid, les Roms du bidonville disposent, dans leurs baraques, d’un poêle à chauffer fait-maison, élaboré à partir d’un baril et de ferrailles de récupération. Il dégage une forte chaleur qui s’estompe aussi vite.

    Dans le bidonville, il n’y a pas d’eau courante. « Pour se laver, pour une fois on a des bains-douches gratuits pas très loin », explique Sanson, un petit jeune homme de 26 ans, déjà père de six enfants. « Sinon, on fait chauffer de l’eau et on se lave dans une bassine », continue sa sœur, India, foulard rouge sur la tête et jupe longue à rayures noires et blanches. Cette eau, il faut aller la chercher à une quinzaine de minutes de là, à la fontaine publique. Equipées de bidons vides d’environ cinq litres, des femmes partent en expédition, utilisant des poussettes vides comme chariots. Et pour les toilettes, « il n’y a rien non plus, il faut aller au fond et faire ses besoins les fesses à l’air, parfois sous les yeux des passants, alors mon mari est jaloux », rigole India.

    Elle vit dans une petite baraque de 12 mètres carrés tout au plus, au fond du bidonville, avec son mari, Gheorghe et leurs trois enfants. Originaires de Tandarei, à 150 km de Bucarest, ils font partie des habitants les plus démunis. Deux lits, un poêle à chauffer, quelques sacs de vêtements et de médicaments. « On vit vraiment au jour le jour, quand on ne sait pas si on va réussir à manger correctement le lendemain, que voulez-vous… », soupire India. « Et on sait que le bidonville va être expulsé d’un moment à l’autre donc à quoi bon investir dans une grande baraque ? », demande-t-elle. Pour construire leurs bicoques, les Roms se débrouillent eux-mêmes ou payent quelqu’un pour le faire. « Pour une petite cabane c’est 50-60 euros et pour les grandes c’est plutôt 100 euros », précise India.

    Les stratégies de survies

    Le 16 janvier dernier, le bidonville de la Porte des Poissonniers a obtenu un sursis de quatre semaines avant l’expulsion. Une fois délogés, les habitants doivent trouver un autre endroit pour reconstruire leurs baraques : « Les gens ont le choix d’aller dans tel ou tel bidonville, mais il y a pratiquement partout un droit d’entrée qui est payé à ceux qui ont découvert le terrain », explique Olivier Peyroux, socilogue et spécialiste des Roms et de la traite des êtres humains.

    Pourtant, cette maman de 35 ans a inscrit ses trois enfants à l’école « pour qu’ils aient une meilleure vie, qu’ils apprennent des choses ». Seule la cadette, Anna, 8 ans, est assidue. Elle fait partie des quatre enfants du bidonville scolarisés régulièrement depuis début janvier. Car pour pouvoir scolariser ses enfants, il faut les vacciner au préalable et pouvoir le justifier. Mais avec les expulsions répétées et la perte des papiers, ce n’est pas toujours évident.

    Pour nourrir la famille, la mendicité près des feux tricolores est une pratique très courante. Et le pragmatisme les rattrape : « Parfois, je suis obligée de prendre la grande, Rebecca 11 ans et demi, avec moi. Quand elle est là, on me donne 20-25 euros par jour alors que quand je suis seule, c’est à peine 5 euros », compte India.

    Ferrailles et vieilleries

    Jogging gris et bonnet New York vissé sur la tête, Gheorghe en impose avec sa carrure de rugbyman. « Monsieur Tour-Eiffel », c’est son surnom. Alors quand il y a des travaux qui requièrent de la force, il répond présent. « Arnaud m’a fait travailler plusieurs fois avec son camion, je déchargeais son contenu à une vitesse impressionnante », explique fièrement Gheorghe. Arnaud, c’est un Français aux petites lunettes qui possède une société de déménagement et un camion en panne. Il a fait travaillé des Roms au noir à plusieurs reprises : « La prochaine fois, je vais les déclarer, mais je ne vais plus pouvoir les payer 80 euros mais 40 euros », explique-t-il.

    A l’entrée du bidonville, Alin, un garçon tout frêle de 18 ans à peine, charge des kilos de ferraille à l’arrière d’un camion blanc. « C’est ce qu’on a ramassé dans les poubelles », déclare-t-il. Des hommes montent sur l’escalier brinquebalant de palettes, les bras chargés de métaux destinés à la vente.

    Petit fichu violet sur la tête et pull en mailles couleur crème, Violeta*, grand-mère d’une cinquantaine d’année aux yeux plissés, est venue rendre visite à ses proches dans le bidonville. « Et préparer du chou-farci », dit-elle, « car à l’hôtel, on ne peut pas cuisiner » alors elle revient ici plusieurs fois par semaine. Certains cuisinent directement sur le poêle, d’autres disposent de plaques électriques ou font un barbecue à l’extérieur.

    Pour gagner de l’argent, Violeta va ramasser des vêtements et des vieilleries qu’elle revend le week-end au marché aux puces de Saint-Ouen. Cette pratique n’est pas isolée. Ce serait surtout les habitants originaires de Bucarest qui s’occupent ainsi. « Ils ont à peu près tous leurs spécialisations. Il y a des gens qui sont plus sur la ferraille, d’autres sur la mendicité ou la revente de vieilleries, ça se fait un peu par groupes familiaux », conclut Olivier Peyroux.

    Portraits de Roms

    * Le prénom a été changé

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