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    [Chronique] Au Nigeria, Nollywood n'a pas fini de faire recette

    media «L'autre moitié du soleil», adaptation du roman de Chimamanda Ngozi Adichie, a connu un immense succès. Slate Films

    Navet, série Z ou série B ? Régulièrement, les médias occidentaux se posent la question. Mais qu'est-ce qui peut bien manquer aux films de Nollywood, l'industrie du cinéma qui a vu le jour à Lagos, pour qu'ils deviennent des longs métrages dignes d'intérêt ? En clair, pour qu'ils soient de suffisamment bonne qualité pour être regardés et appréciés par un public occidental averti. L'Occidental reste en matière de cinéma l'ultime arbitre des élégances. Comme en matière de littérature où il décide grâce au prix Nobel de la hiérarchie des écrivains du monde entier.

    Longtemps, le principal problème de Nollywood était de nature économique : des films tournés en quelques jours avec des budgets de 50 000 dollars. Mais aujourd'hui, il se professionnalise rapidement. Des longs métrages nigérians tels que L'autre moitié du soleil, adaptation du roman éponyme de Chimamanda Ngozi Adichie ont été tournés avec des budgets de dix millions de dollars. Il n'est plus rare qu'un film nollywoodien possède un budget d'un à deux millions de dollars. L'industrie du cinéma du Nigeria fait vivre près d'un million de personnes. Ce « business » représenterait près de 3 % du PIB du pays.

    Le mixage ou la postproduction des films nigérians sont souvent réalisés hors du Nigeria, en Afrique du Sud ou en Grande-Bretagne. Pourtant les films nigérians ne sont toujours pas sélectionnés lors des grands festivals, notamment à Cannes. Alors que l'on aurait pu imaginer le contraire, maintenant que les problèmes financiers et techniques sont en cours de résolution.

    Pourtant, on oublie souvent de poser la question de fond : pour qui sont faits ces films ? Pour des critiques cannois à l'imaginaire nourri par les films de Fellini, Godard ou Bergman. Certainement pas. Les réalisateurs et les producteurs de Nollywood n'ont jamais prétendu être des artistes. « Nous sommes là pour faire des produits marketing qui correspondent aux attentes du public. Nous sommes là pour leur vendre du rêve », estime l'actrice et réalisatrice Omoni Oboli. A ses yeux et à ceux d'un grand nombre de réalisateurs, Nollywood est avant tout un produit marketing. Il prétend d'abord répondre aux attentes du public nigérian et africain et s'y adapter le plus rapidement possible.

    Un tabac jusqu'en Afrique francophone

    Un choix judicieux, en tout cas payant. Les Nigérians passent une grande partie de leurs journées devant les productions nollywoodiennes que ce soit grâce à un écran de télé, d'ordinateur ou de téléphone. En 2050, ils seront 400 millions. Et comme Nollywood a aussi conquis le reste de l'Afrique ainsi que la diaspora, cette industrie devrait continuer à croître.

    A Abidjan, la chaîne Nollywood TV, réservée aux films nigérians doublés en français, est l'une des plus regardées. Le groupe sud-africain M-net a bien compris l'impact des productions nigérianes. Il a créé quatre chaînes de télévision qui leur sont entièrement dévolues grâce au bouquet  Africa magic. Une chaîne en anglais, une en yorouba, une en igbo et une en haoussa. Les langues les plus parlées au Nigeria. Même en Jamaïque, Nollywood a ses aficionados.

    Une violence parodique

    Ces films comportent la plupart du temps de nombreux clichés et de scenarii cousus de fils blancs. Des kidnappings, des assassinats, des viols, des bagarres à gogo. Reste que la violence demeure parodique, peu crédible, ce qui la rend souvent plus acceptable que celle des films américains, beaucoup plus crédible. Le manque de réalisme des histoires racontées peut être interprété comme l'expression de la faible imagination des scénaristes ou comme un acte volontaire : ces longs métrages ont une fonction cathartique bien particulière.

    Plus qu'ailleurs, sans doute, le cinéma nollywoodien tend à faire rêver, à panser les plaies, à effacer quelques instants les stigmates d'un présent douloureux. Les élites nigérianes le regardent d'ailleurs assez peu. Les films de Nollywood s'adressent le plus souvent au Nigérian lambda, celui dont la vie est tout sauf facile. Il vise particulièrement les femmes. Est-ce un hasard si on y trouve autant de « mères courage » qui se battent contre ceux et celles qui essaient de détruire leur couple et leur famille ?

    Ascension sociale et qualités morales

    Une autre figure récurrente est celle de la jeune fille de milieu modeste qui s'élève socialement grâce à ses qualités morales. Nombre de Nigérians sont persuadés que la rectitude morale n'est pas le meilleur moyen de grimper l'échelle sociale. Mais ils trouvent apaisant et réconfortant de voir que la vertu peut triompher... au moins à l'écran. Un peu comme dans les séries bollywoodiennes où la jeune femme honnête peut l'emporter grâce à son bon cœur face aux bassesses et aux coups tordus de sa belle famille.

    A cet égard, le succès du film La banquière est instructif. Une jeune femme d'extraction modeste doit épouser un riche héritier. Mais son beau-père si oppose parce qu'elle est... banquière. En effet, au Nigeria, les gestionnaires de comptes ont une réputation sulfureuse. Si elles veulent conserver leur emploi, elles doivent réaliser leurs objectifs mensuels : recruter de nouveaux clients. Pour cela, elles feraient don de leur personne. En tout cas, c'est ce qu'imagine une grande partie de l'opinion. Du coup, la banquière aura du mal à être acceptée dans une « bonne famille ». Sauf dans les films où l'amour triomphe de tous les préjugés. Notre banquière finit pas déjouer tous les pièges. Elle épouse l'homme de ses rêves. L'amour balayant tout sur son passage, un peu comme dans une collection harlequin.

    Autre archétype du genre nollywoodien, le film Dazzling mirage. Un patron, particulièrement impitoyable, incarné par l'acteur et réalisateur Kunle Afolayan, décide de licencier l'une de ses cadres lorsqu'il découvre qu'elle est atteinte d'une maladie grave et incurable qui va considérablement affecter sa productivité. Mais finalement, contre toute attente, il tombe amoureux d'elle du fait de la vaillance avec laquelle cette femme affronte la maladie. Il lui octroie une promotion et décide de l'épouser, sous les applaudissements nourris de sa mère. Un scénario assez improbable au Nigeria. Mais le film a rencontré un vif succès. Personne ne demande aux films de Nollywood d'être réalistes comme des productions danoises, norvégiennes ou suédoises.

    Echapper aux brutalités du quotidien

    Les acteurs qui surjouent ne dérangent personne. Bien au contraire. Nollywood doit faire rêver. Il permet aux Nigérians d'échapper quelques heures à leur brutal quotidien. Cette industrie s'est d'ailleurs développée à la fin des années 1990, à une époque où Lagos était en proie à une criminalité galopante. Les Lagotiens n'osant plus sortir de chez eux la nuit, ils regardaient des films sur leurs magnétoscopes.

    Les Nigérians aiment d'ailleurs retrouver les mêmes héroïnes d'un film à l'autre. Les stars de Nollywood sont issues des milieux populaires ou présentées ainsi. Un peu à l'image d'un Donald Trump qui, selon lui, « s'est fait tout seul » à la force de son poignet et de sa volonté. La mystique de la success story et du self-made-man ou de la self-made-woman est un ingrédient essentiel du succès de Nollywood.

    Leurs destinées sont sublimées par les médias qui racontent leur vie de rêve. Les Geneviève Nnaji, Rita Dominic ou Stephanie Okereke Linus ont des destinées hors du commun. Elles voyagent toujours en première classe, habitent dans de superbes villas, côtoient les grands de ce monde, sont heureuses en ménage. Elles ne trompent jamais leur mari, parce que pour elles la vie de couple et de famille reste plus importante que tout... Plus importante même que l'argent que pourrait leur offrir des milliardaires. C'est en tout cas ce que racontent les médias people et c'est comme cela que les perçoivent leurs millions de fans, qui vivent par procuration cette trajectoire fabuleuse.

    Sans nuages à l'horizon. Jusqu'au jour où tout explose brutalement. Et où l'on se dit que nos stars souffrent aussi. Et où ces demi-dieux redeviennent de simples mortels à l'image de Brad Pitt et Angelina Jolie. Leur vie est jetée en pâture par la presse people nigériane, particulièrement féroce quand elle sent « l'odeur du sang ». Tout à coup, le statut de simple mortel anonyme redevient très enviable.

    Une marque de fabrique

    Nollywood a bien intégré les recettes de Bollywood et Hollywood. Pourquoi Nollywood irait-il affronter l'Occident sur son terrain en se mettant à produire des films correspondant aux canons européens ? Des films d'auteurs, ou estampillés comme tels. En agissant ainsi, Nollywood aurait très peu de chance de conquérir les Occidentaux et perdrait son public d'origine qui lui est plus fidèle que jamais.

    Lorsque Nollywood a vu le jour, il y a vingt ans, l'un de ses premiers grands succès s'appelait Living in bondage [Vivre enchaîné, Ndlr]. Une histoire de sacrifices humains dont Nollywood possède le secret. Deux décennies plus tard, Nollywood est toujours enchaîné aux mêmes recettes qui lui assurent un succès grandissant. Nollywood est plus que jamais conscient que c'est là que résident les clés de sa réussite. Série B ou Z ou navet. Que cela plaise ou non à l'Occident, Nollywood n'a aucun intérêt à se libérer de ce qui fait encore et toujours sa marque de fabrique.

    (Re) lire les autres Histoires nigérianes

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