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    Hebdo

    «Civic tech», la lutte contre la corruption à l'heure d'Internet

    media Les initiatives citoyennes pour favoriser la transparence des gouvernements se multiplient à travers le monde, comme ici à Taïwan grâce au mouvement g0v. Baptiste Condominas/RFI

    Utiliser la technologie pour plus de transparence politique et mieux lutter contre la corruption, c’est le principe du phénomène «civic tech». En mettant à contribution des citoyens, de nouveaux outils 2.0 se développent dans de nombreux pays. Des initiatives, toujours plus nombreuses, qui posent néanmoins une question majeure : sont-elles fiables et réellement efficaces ?

    Par Pierre Steinmetz

    En ce mois de février, les controverses politiques se succèdent : pendant que l’affaire Fillon suscite l’indignation d’une partie de la population française, les manifestations accusant le gouvernement roumain de corruption se multiplient. Qu’elles soient justifiées ou non, toutes ces polémiques semblent avoir un dénominateur commun : le manque de transparence du personnel politique.

    En réponse à cela, un nouveau phénomène se développe : la « civic tech ». Le principe ? Utiliser la technologie pour permettre aux citoyens de participer plus activement à la vie politique et pousser les gouvernements à être plus transparents et accessibles.

    En s’appuyant sur internet, des associations citoyennes de nombreux pays créent ainsi de nouveaux outils interactifs. Pour la sociologue des médias Divina Frau-Meigs, ce mouvement traduit la volonté de faire émerger un cinquième pouvoir. « Aujourd’hui les citoyens ne font plus confiance ni aux politiques, ni aux médias. Il y a donc un processus de "redevabilité" qui se met en place, c’est-à-dire une volonté que les personnes au pouvoir rendent des comptes. »

    Une cartographie de la corruption

    En France, différents organismes appliquent les principes de la « technologie civique ». En tête de file, Transparency international. En quelques clics, l’association propose sur son site web de « passer à l’action ». L’outil « Intgrity watch France » permet, par exemple, de « mieux identifier les activités susceptibles de générer des conflits d’intérêts » des parlementaires français.

    « Les gouvernements des démocraties doivent être élus pour servir le citoyen. L’État de droit est un élément essentiel ! Nous pensons que les citoyens sont les mieux placés pour créer une véritable pression sur certains gouvernements qui ne semblent pas avoir systématiquement à l’esprit l’intérêt général », rappelle Cornelia Abel, responsable et experte de l’Europe du Sud-Est pour Transparency International

    Raymond Bonomo, bénévole de l’organisme, s’est lancé il y a deux ans dans l’élaboration d’un outil unique en France. Avec l’aide d’autres citoyens engagés, il recense sur une carte collaborative, toutes les condamnations - secteurs privé et public confondus - pour manquement à la probité. Pour chacune des 660 affaires identifiées jusqu’ici, chaque information a systématiquement été vérifiée et validée par trois membres de Transparency International.

    Cartographie des affaires de corruption en France, par l'ONG Transparency International. Transparency International

    Source : http://www.visualiserlacorruption.fr/home

    « Il existe un vrai problème de reconnaissance du phénomène de la corruption. Avoir des chiffres et un suivi participe d’une évolution des mentalités. » estimait Charles Duchaine, magistrat chargé de mettre en place la future agence française anticorruption dans un article paru le 11 février 2017 dans le journal Le Monde qui relatait la démarche du bénévole.

    Des initiatives à travers le monde

    Et ces initiatives dépassent largement le cadre de la France. A Taïwan, le mouvement g0v en témoigne. Agacé par le manque de transparence de son gouvernement, Kao Chia-Liang, un des fondateurs de g0v, expliquait en 2016 le principe de la plate-forme crée en 2012 : « Nous avons décidé de mettre au point un site avec une visualisation claire du budget de l’Etat, afin que les gens aient un accès simple et rapide aux informations. »

    Depuis, le collectif, qui s'est fait connaître pendant le mouvement des tournesols, a vu une de ses membres, Audrey Tang, nommée ministre du Numérique. Celle qui est notamment chargée d’améliorer la transparence du gouvernement y voit le signe d’un « changement lent mais solide ».

    Les autres exemples à l’international ne manquent pas :

    Au Nigeria, depuis trois ans, l’organisation Budgit a mis en place un outil collaboratif en ligne. Tracka, rend accessible l'information sur les dépenses publiques, et permet la chasse aux projets financés, puis abandonnés. Le citoyen est invités à poster des photos, vidéos, et commentaires pour vérifier l’avancée des travaux.

    En Tunisie, l’ONG Al Bawsala met en ligne des informations claires et simplifiées sur le budget de l’Etat.

    Au Honduras, la plate-forme Sisocs rassemble des données concernant les infrastructures routières et invite les habitants des villages concernés à valider l’avancement, ou non, des travaux

    En Ukraine, l’ONG Transparency International Ukraine a mis en ligne la plate-forme Prozorro. Elle donne des informations concernant l’utilisation de l’argent public par l’État.

    En Chine, le site internet chinois Weibo Sina, sorte de twitter, est utilisé par ses quelque 500 millions d’utilisateurs comme un moyen de dénoncer la corruption dans le pays. Bien qu’il n’ait pas été créé pour cela à l’origine, « Les internautes jouent sur l’effet de masse en transformant l’espace numérique en une plateforme puissante de dénonciation qui crée des nouveaux espaces de communications : citoyens chinois l’utilisent comme une plateforme de dénonciation des faits de corruption », souligne une étude de la chercheuse à l’UQAM Huang Pyng

    La question de l'impact et de l'instrumentalisation

    Pour autant, la multiplication de ces outils pose question. Sont-ils véritablement efficaces ? Échappent-ils à l’instrumentalisation de ceux qu’ils sont censés dénoncer ? Pour la chercheuse Divina Frau-Meigs, il faut s’intéresser à la nature du régime. « De manière générale, il y a peu de chances que ces initiatives soient instrumentalisées dans les pays démocratiques. En revanche, il faut être bien plus vigilant pour certains autres pays. En Afrique ou en Asie par exemple, c’est plus compliqué. Il n’est pas rare que certaines ONG soient pilotées par des gouvernements. L’efficacité de ces plateformes reste donc à prouver. »

    S’agissant de l’impact de ces initiatives sur les comportements des acteurs politiques, la sociologue estime qu’elles les contraints à « ajouter de la propreté à leurs agenda ». Un constat en partie partagé par Joelle Palmieri, membre associée au Laboratoire les Afriques dans le monde. Pour elle, la corruption est omniprésente sur le continent africain. Il est donc nécessaire de redoubler de vigilance : « En Afrique, ce qu’on appelle la société civile se bat contre la corruption, mais c’est mission impossible. Même dans les grosses ONG il y a des détournements d’argent ».

    La technologie civique suscite donc autant d’interrogations qu’elle semble prometteuse. Au vue de la carte ci-dessous, le phénomène s’attaque, quoi qu’il en soit, à un fléau mondial qui impact une large partie des pays du globe.

     

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