GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Dimanche 25 Juin
Lundi 26 Juin
Mardi 27 Juin
Mercredi 28 Juin
Aujourd'hui
Vendredi 30 Juin
Samedi 1 Juillet
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Dernières infos
    Hebdo

    Les militaires en position de force dans l'administration Trump

    media Donald Trump présente le lieutenant-général H.R. McMaster (à gauche) comme son nouveau conseiller à la sécurité nationale, dans son club de Mar-a-Lago en Floride, le 20 février. Reuters / Kevin Lamarque

    Le 20 février, Herbert Raymond McMaster était nommé conseiller à la sécurité nationale américaine à la place de Michael Flynn. Ce poste, celui de secrétaire à la Défense et celui de secrétaire à la Sécurité intérieure sont désormais occupés par des généraux qui ont tous servi en Irak. Républicains et démocrates ont salué d’une même voix ces nominations, mais une telle concentration de gradés aux postes clés de l’administration américaine est inédite. Elle laisse présager un rôle accru de l’armée, dont le budget pourrait augmenter, dans la politique étrangère des Etats-Unis, et témoigne de l’admiration assumée de Donald Trump pour les militaires.

    « Le choix du lieutenant général H.R. McMaster au poste de conseiller national à la sécurité est remarquable. C’est un homme de caractère, vraiment intelligent et doué. » Le sénateur républicain John McCain, pourtant fervent opposant à Donald Trump, a salué ainsi sa décision de nommer ce général trois étoiles à la tête du Conseil national de sécurité.

    H.R. McMaster remplace Michael Flynn – un proche du président américain qui a dû démissionner moins d’un mois après son entrée en fonction, à cause de sa trop grande proximité avec la Russie pendant la campagne électorale. A ce poste, McMaster sera chargé de conseiller le président et de préparer la mise en application de ses décisions. « Certains occupants de la fonction restent très discrets, mais d’autres jouent le rôle de secrétaire d’Etat bis », c’est-à-dire de deuxième ministre des Affaires étrangères, explique la chercheuse à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) Nicole Vilboux.

    La nomination du conseiller à la sécurité nationale n’est pas soumise à l’approbation du Sénat, mais la décision de Donald Trump n’a reçu que des louanges. McMaster est un intellectuel de la guerre : doctorant en histoire, enseignant à la prestigieuse académie militaire de West Point, il a écrit un livre très critique des interventions américaines au Vietnam, qui a mené les Etats-Unis à repenser leurs méthodes de guerre contre-insurrectionnelle, notamment en Irak.

    H.R. McMaster a servi pendant la première guerre du Golfe, mais aussi en Irak, à l’instar de l’actuel secrétaire à la Défense James Mattis. Les deux hommes se connaissent et partagent, outre une carrière prestigieuse couronnée de nombreuses médailles, un profil de warrior-scholar (« guerriers-savants »). Comme le nouveau conseiller à la sécurité nationale, James Mattis jouit d’une très bonne réputation : sa nomination à la tête des armées a été validée par 81 voix contre 17 par le Sénat.

    Le nouveau chef du Pentagone n’est pas le seul général quatre étoiles à la retraite dans les rangs de l’administration Trump. A la tête de la Sécurité intérieure, on trouve John F. Kelly. Ce dernier a servi James Mattis pendant l’invasion de l’Irak en 2003, et y est retourné plusieurs fois par la suite. Entre 2012 et 2016, cet ancien Marine a tenu les rênes du Southern Command (commandement sud) – il était responsable de tous les militaires américains déployés au sud de la frontière états-unienne. Il connaît parfaitement l’Amérique latine et cela tombe bien, puisque en tant que secrétaire à la Sécurité intérieure, John F. Kelly est en charge des questions de frontières et d’immigration. Pour l’un de ses premiers déplacements, il est allé rencontrer le président mexicain Enrique Peña Nieto, en compagnie du secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson.

    RFI/Fabien Leboucq

    D’un point de vue politique, ces nominations ont presque fait consensus. L’ensemble de la communauté stratégique, chez qui ces hommes disposent d’une certaine aura, a aussi applaudi ces choix. « Grâce à leur expérience, ils apporteront une approche sobre, réaliste et pratique dans les discussions de la Situation Room », a commenté un général trois étoiles à la retraite, ancien conseiller de George W. Bush et Barack Obama, auprès du journal américain The New York Times. C’est dans cette Situation Room (« salle de crise ») que se réunissent le président et les responsables de la sécurité en cas d’événements aux Etats-Unis ou à l'étranger nécessitant une prise de décision rapide.

    En choisissant Mattis, Kelly et McMaster, Donald Trump est « allé chercher l’expérience là où elle se trouve, commente le lieutenant-colonel Arnaud Planiol, chercheur à l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (Irsem). Ce sont des hommes d’action et de lettre qui connaissent les réalités de l’engagement militaire ». Le poste de conseiller à la sécurité nationale a d’ailleurs été occupé à plusieurs reprises par des militaires – Flynn lui-même en était un. C’est toutefois une première pour celui de secrétaire à la Sécurité intérieure, un poste créé après les attentats du 11 septembre 2001. Concernant la fonction de secrétaire à la Défense, seul un général l’avait occupée avant James Mattis : John C. Marshall, entre 1950 et 1951.

    La diplomatie en uniforme

    C’est la première fois de l’histoire américaine que l’on peut voir autant de généraux dans le premier cercle de décision autour du président. Si la Maison Blanche semble virer au kaki, on est toutefois loin d’un régime militaire : « C’est très clair aux Etats-Unis, il y a une prééminence du civil sur le militaire », explique Arnaud Planiol. Donald Trump aura donc toujours le dernier mot. Vu leur caractère, cela ne devrait pas empêcher le conseiller à la sécurité intérieure McMaster et le secrétaire à la Défense Mattis de donner leur avis. McMaster a d’ailleurs longtemps était bloqué dans ses montées en grade à cause de son franc-parler.

    Le chercheur à l’Irsem, qui connaît bien les Etats-Unis, explique la difficulté, pour ces haut-gradés, de servir dans un gouvernement : « On leur demande d’avoir un certain sens politique, tout en restant apolitiques. Leur mission est de donner des conseils aux décideurs, qui choisissent ensuite comment agir. » La chercheure du FRS Nicole Vilboux complète cette analyse : « Il y a une volonté chez les militaires américains de respecter les ordres du commandement en chef, c’est-à-dire du président. Ils évitent généralement toute politisation. » Au contraire de l’ex-conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn, qui a fait campagne aux côtés de Donald Trump, Mattis, Kelly, et McMaster sont restés discrets durant la course à la présidentielle.

    Conséquence toutefois sur la politique étrangère américaine de cette prégnance des généraux : « La dimension militaire pourrait être privilégiée », avance Nicole Vilboux. Pour preuve, l'augmentation de 9% du budget militaire annoncée lundi 27 février par Donald Trump en vue de « reconstruire l'armée ». Le président a bâti son administration autour de chefs d’entreprises et de militaires, et les pratiques plus traditionnelles de la diplomatie s’en trouvent affectées. Le budget du département d'Etat pourrait fondre d'un tiers au profit de l'armée, et selon Nicole Vilboux, spécialiste des relations extérieures américaines auprès de la FRS, ses fonctionnaires ont « été mis à l’écart plusieurs fois ».

    Le secrétaire d'Etat Rex Tillerson, ainsi qu’une bonne partie du corps diplomatique se sonts trouvés relégués au second plan lors des rencontres avec les chefs de gouvernement étrangers. Ca a été le cas avec la Britannique Theresa May et avec l’Israélien Benjamin Netanyahu. En comparaison, l’éminence grise de Donald Trump, Steve Bannon, qui siège au Conseil national de sécurité, ou encore le gendre du président, Jared Kushner, jouissent d’un poids très important dans la politique extérieure américaine.

    Trump aime l'armée

    Donald Trump n’a jamais caché son attirance pour les corps d’armées. « Plus vous avez de décorations sur les épaules et de lauriers sur votre visière, plus il est impressionné », déclare l’un de ses proches au site d’information américain Politico. Certains font le lien avec son passage à l’Ecole militaire de New York. D’autres estiment qu’il s'agit juste d'une fascination teintée d'admiration. Le président américain est d'ailleurs un fan inconditionnel du général George Patton, qui a mené les troupes américaines sur les théâtres européens de la Seconde Guerre mondiale. Il le cite abondamment dans ses discours et sur Twitter :

    « Le but de la guerre n'est pas de mourir pour son pays mais de faire mourir le bâtard d'en face pour le sien »

    « Que Dieu ait pitié de mes ennemis, parce que moi je n'en aurai pas »

    « Privilégier les militaires aux civils est peut-être un choix qu’il fait pour plaire à son électorat de base, très respectueux de l’armée », observe la chercheuse de la Fondation pour la recherche stratégique Nicole Vilboux. Toutefois, l’actuel locataire de la Maison Blanche n’a pas acquis tous les militaires à sa cause. Pendant la campagne électorale, il plaidait à la fois pour que les Etats-Unis cessent d’être les gendarmes du monde, et pour l’augmentation des budgets de l’armée. Cette ambiguïté a inquiété chez les militaires, mais les personnes choisies par Trump pour l'aider à gouverner, ainsi ses récentes déclarations faisant part d'une volonté d'allouer plus de fonds au département de la Défense ont de quoi les rassurer.

    Les analystes ne se risquent pas au jeu du pronostic. Il y a beaucoup d’incertitudes sur les intentions de Donald Trump, tant en matière de gestion interne de son administration, qu’en termes d’orientation de sa politique étrangère. Un expert des questions de défense botte en touche quand nous lui demandons une interview : « On est dans le flou complet. Je ne me risque pas à analyser, parce qu’on ne sait absolument pas dans quel sens il va. » L’armée américaine, elle, a peut-être déjà sa petite idée.

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires
     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.