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    Hebdo

    Voix perdues, voix trouvées, un atelier d'Ecouter le monde à Bruxelles

    media Anna Kovaleva, Flavien Gillié, Laure Gatelier et Eric Vereyken, dans les locaux de BNA-BBOT, le 1er février 2017. FANTINI/RFI

    Dans la ville, le son est fait de murmures, de rumeurs, de voix lointaines ou intimes, de mélodies ou de fracas. Il nous touche ou nous agresse. A l'occasion d'un atelier à Bruxelles proposé par Monica Fantini, porteuse du projet Ecouter le monde, les habitants ont arpenté leur ville, capté des sons, monté, coupé, mixé. Ils ont raconté une autre histoire de Bruxelles. De la prise de son au montage, récit d’un processus de création.

    « Les voix perdues », c’est le thème donné aux 8 participants venus s’essayer à la prise de son et au montage dans les locaux de « Bruxelles Nous Appartient ». Objectif : faire prendre conscience aux uns et aux autres, tous habitants de Bruxelles, francophones ou néerlandophones, de l’environnement sonore qui les entoure. L’atelier démarre par une réflexion sur l’errance, et sur ces voix qui habitent l’espace public, bribes de conversation, revendications, chants, monologues, voix synthétiques d’annonce dans les gares. Avec une certitude : ce maelstrom sonore pourrait livrer des informations sur la ville, sur ses habitants et sur l’errance qui existe dans toute métropole.

    Les voix perdues, c'est quoi ?

    Capturer les sons de la ville

    Au deuxième jour de la semaine d’atelier, les participants partent en quête de matière sonore, tous équipés d’un magnéto avec micro intégré. Flavien Gillié, ingénieur du son chez BNA-BBOT, veille à ce que tout le monde possède les bases techniques. Chacun a sa petite idée pour capter l’errance, les voix égarées. Certains prennent la direction de la gare centrale de Bruxelles, d’autres la maison des arts Globe Aroma, un lieu où se croisent réfugiés et demandeurs d’asile. D’autres encore se rendent à l’église Sainte-Catherine.

    Laure Gatelier, l’une des stagiaires, décide d’errer elle-même, et de laisser venir les sons à elle. On la sent déjà un peu aguerrie au principe de field recording, l’enregistrement de sons bruts sur le terrain. Elle enregistrera d’ailleurs en binaural, une technique qui permet de spatialiser les sons. Anna Kovaleva, elle, veut entendre la voix des sans-voix, ceux que l’on n’entend pas. Elle va partir à la rencontre de ceux qui sont livrés à eux-mêmes dans les rues de Bruxelles. Eric Vereyken, lui, s’inquiète déjà du rendu : les sons de la ville sont froids, anonymes, parfois très mécaniques. Alors comment aller chercher la chaleur, la douceur de Bruxelles ? « Bruxelles est une ville qui à première vue est assez froide. Les gens sont plutôt " en distance ". Pour trouver le contact social, la chaleur humaine, il faut chercher. Ce n’est pas quelque chose qui se sert sur un plateau. Et c’est ce que j’ai fait. Dans un premier temps, je suis devenu un chasseur de sons, de voix. Puis, je me suis libéré des idées fixes et j’ai laissé venir le moment présent. Je me suis mis à écouter la vie ». Un sentiment partagé par Caroline, une autre participante de l’atelier qui se régale de cet espace de liberté : « Le son est généreux, chacun peut y glisser son imaginaire, comme il veut ».

    Transmettre

    Les murmures de la ville, la poésie des voix, l’âme sonore du monde... Monica Fantini en est amoureuse. Chaque semaine sur RFI, elle offre aux auditeurs ses cartes postales sonores des villes du monde. Et l'atelier qu'elle propose à Bruxelles s'inscrit d'ailleurs dans le cadre du projet européen Ecouter le monde, qui souhaite faire découvrir la richesse des cultures du monde à travers les sons. Elle a à coeur de transmettre , de « faire ensemble ». « La beauté de cet atelier réside principalement dans la réussite du collectif, explique Monica Fantini. L’atelier est polyglotte à l’image de la ville de Bruxelles, on y parle français, néerlandais, russe, italien…A l’atelier, nous sommes sans professions, artistes ou traducteurs, travailleurs sociaux, usagers d’un centre de sans-abri ou usagers d'un centre de santé mentale, journalistes ou techniciens, philosophes, mais en fait, peu importe parce qu'ici nous sommes des écouteurs, créateurs d’histoires sonores collectives, nous sommes d’abord des êtres de mémoire et d’imaginaire à l’écoute du monde». Monica Fantini en est persuadée, si écouter est à la portée de tous, peu s’en saisisse. Nous sommes habitués à regarder, à dire, à lire mais beaucoup moins à écouter. Il faut donc se lancer. Tendre l’oreille. « Cela passe par l’expérience. Ecouter, c’est être là, être en vie, être dans le présent, être vivant. C’est une posture que l’enregistrement exige ».

    Christophe Rault, l’un des fondateurs d’Arteradio.com, a également supervisé le processus de création des participants. Ouvrir les oreilles des stagiaires est un exercice qu’il affectionne tout particulièrement. Il a aiguillé ses stagiaires vers une narration plus personnelle des sons récoltés, une démarche intime. « On a essayé d’être dans des choses plus impressionnistes, d’imaginer les petites voix dans la tête des gens, les paroles errantes intérieures des personnes rencontrées à la gare, un lieu pas facile, à la fois très bruyant et assez commun comme sujet. »

    Des voix perdues aux voix trouvées

    Quatre pièces sonores ont été réalisées pour la présentation publique le 4 février 2017, un évènement inscrit au programme de la semaine du son 2017, dans les locaux de Bruxelles nous appartient - Brussel behoort ons toe. L’association bruxelloise va bien sûr garder précieusement ces traces sonores de la ville et de ses habitants, comme elle a l'habitude de le faire depuis sa création en 2000.

    Voix perdues, voix trouvées : une démarche politique dont s’enorgueillit Séverine Janssen, la coordinatrice de ce collectif qui collecte des fragments de vie, non mis en scène, dans la ville. « Ici à BNA-BBOt, l’idée est de dire que nos histoires peuvent compléter le corpus déjà existant de l’histoire officielle, principalement fait d’images et de textes, explique Séverine Janssen. Il y a de multiples manières de faire de l’histoire. Ce qui nous distingue des historiens, c’est que nous ne prêtons pas attention à la notion de vérité ou d’objectivité. Mais une histoire, une voix dit toujours quelque chose de la ville. La voix est aussi un marqueur historique et culturel important, les manière de dire aussi, le vocabulaire, les intonations, tout cela documente une situation socio-économique et situe une époque. »

    Pièces sonores réalisées lors de l'atelier à écouter sur le site de BNA-BBOT

    -Pour 50 euros, je te raconte ma vie, David Trembla/Flavien Gillié 3'48
    -Le beau, là-bas sûr, Amélie Guyot, Jimmy Kosolosky, Dragan Markovic/Christophe Rault 5'15
    -Ça et là, Laure Gatelier 8'
    -On est vivants, Anna Kovaleva, Erik Verreyken, Caroline Sordia/Monica Fantini 4'23

     

    « Ecouter le monde » souhaite raconter le monde à travers les sons. Il sollicite des compositeurs, des journalistes, des artistes, des anthropologues… Le projet se construit avec RFI, le Conservatoire de Musique Benedetto Marcello de Venise, l’E-Jicom de Dakar (école supérieure de journalisme, des métiers de l’Internet et de la Communication) et l’association bruxelloise « Bruxelles nous appartient ».

    ■ Diffusion des pièces sonores sur RFI à partir du 1er avril 2017 dans l'émission de Monica Fantini, Ecouter Paris, Ecouter les villes du monde

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