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    Le premier roman de Mahamat-Saleh Haroun

    media Le réalisateur tchadien Mahamat-Saleh Haroun, Prix du jury du 63ème Festival de Cannes pour son film «Un Homme qui crie n'est pas un ours qui danse», le 23 mai 2010. Reuters/Jean-Paul Pelissier

    Mahamat–Saleh Haroun est l’un des plus grands cinéastes de l’Afrique contemporaine. Ministre du Développement touristique, artisanal et culturel du Tchad depuis le 5 février, il vient de nous livrer avec Djibril ou les ombres portées un premier roman poignant, mettant en scène le destin tragique d’un enfant de la rue de son pays. Un roman qui n’est pas sans rappeler les choix esthétiques et les obsessions idéologiques et politiques du cinéaste hors pair.

    « Je revendique la marge qui est un formidable lieu d’observation du monde », aime répéter le cinéaste tchadien Mahamat-Saleh Haroun. Metteur en scène de longs métrages primés à Cannes et à Venise (Grigris, Un homme qui crie) et de documentaires (Hissène Habré, une tragédie tchadienne, Sotigui Kouyaté, un griot moderne, ou encore Bord’Africa ou Kalala), l’homme nourrissait depuis longtemps l’idée de raconter aussi par écrit des récits de souffrances et de combats pour la dignité qui lui tiennent tellement à cœur. Ses héros sont des hommes et des femmes « sans pouvoir », marginalisés, opprimés et parfois torturés à mort par les sbires des puissants. Ceux qui connaissent le cinéma du Tchadien peuplé de grands brûlés de la vie ou victimes de l’Histoire, retrouveront une configuration humaine similaire et des émotions exacerbées par une écriture à hauteur d’homme dans l’histoire sentimentale d’un gamin de la rue en Afrique, que raconte le roman inaugural du cinéaste.

    « J’écris par devoir de mémoire, par devoir envers l’histoire dont j’ai hérité », déclarait Mahamat Saleh Haroun il y a quelques jours, lors d’une présentation de son roman chez son éditeur parisien. Auteur d’un documentaire sur les années de plomb qu’a traversées le Tchad sous la dictature de Hissène Habré, l’homme a été profondément marqué par les témoignages des victimes de la police politique de l’autocrate qu’il avait recueillis pour les besoins de son film. Aussi a-t-il campé l’intrigue de son roman dans les soubresauts de cette période qui fut si meurtrière pour les Tchadiens.

    « En me document pour mon film, je me suis rendu compte que la littérature n’avait pas encore pris en charge, explique le cinéaste, la dictature de Hissène Habré, ni l’étendue du mal que celle-ci a causé à la psyché tchadienne. Le contexte comme l’histoire se sont imposés à moi ». L’éditeur Jean-Noêl Schifano qui dirige depuis bientôt vingt ans la collection « Continents noirs » qui accueille le roman de Mahamat-Saleh Haroun, se souvient pour sa part d’avoir reçu un manuscrit d’une grande force. « Je l’ai publié presque tel quel, à tel point que l’auteur était très surpris d’avoir si peu de corrections à apporter sur le texte final. »

    « Je ne fume que de la marijuana… »

    Gallimard

    Le héros éponyme du roman est un enfant de la rue. Agé d’une douzaine d’années, l’adolescent vit d’expédients dans les rues d’Abéché, quelque part dans l’est du pays, mais Djibril n’est pas un enfant de la rue comme les autres. « A quoi reconnaît-on un enfant de la rue, s’interroge le narrateur à l’ouverture du roman, avant d’y répondre lui-même. A ses haillons, à sa crasse, à la colle qu’il sniffe à longueur de journée. Des clichés ! Moi, je ne suis pas comme ça. Je porte propre sur moi. Je ne me drogue pas. Je ne sniffe pas. Je fume seulement de la marijuana, j’en abuse même, mais c’est sans gravité. Tout le monde sait que la marijuana, ce n’est pas de la drogue… »

    A la fois narrateur et personnage principal du roman, le garçonnet vit en chapardant dans les étals des marchands. Il ne demande jamais d’aumônes et tient jalousement à sa liberté comme à la prunelle de ses yeux. Réfugié dans le marché de bétail de la ville avec pour seul compagnon son chien Sahib, Djibril est aussi le témoin privilégié des tribulations de l’humanité tchadienne. Une humanité aux abois, surtout depuis l’arrivée au pouvoir d’un nouveau président.

    L’homme fait régner la terreur pour intimider les « dangereux traîtres à la patrie » qu’il fait surveiller par un service de renseignement dont le nom réduit aux initiales, CDS, fait penser à la DDS (Direction de la documentation et de la sécurité) de Hissène Habré de sinistre mémoire. Au moindre soupçon, les Tchadiens sont arrêtés, interrogés, torturés et ensuite jetés dans les geôles ultra-sécurisées de la police politique. Beaucoup n’en sortent que les pieds devant.

    Djibril, qui se fait lui aussi un jour arrêter, se retrouve dans la prison de haute-sécurité du dictateur. Pendant son incarcération, il y voit de ses propres yeux la mécanique répressive à l’œuvre, les exécutions de nuit et les cadavres des détenus pourrissant dans les cellules. Le père Francisco, un prêtre jésuite qui a pris le garçon en amitié, le fait sortir en amadouant les gardiens de prison.

    C’est sur ce fonds politique sombre et meurtrier que se déroule l’intrigue du roman, où il y a quand même place pour l’amour, la solidarité entre les damnés de la terre. Comment pouvait-il en être autrement pour un auteur nourri de cinéma indien et de l’optimisme à tout de Bollywood ? Difficile de ne pas penser à Haroun lorsque son héros, qui tout comme lui a grandi en fréquentant les salles obscures à ciel ouvert d’Abéché, et où, tout comme lui, il s’est pincé pour la belle actrice indienne « au regard plein d’amour et de tendresse ». « Longtemps, se souvient le narrateur, j’ai cru que ce sourire enjôleur de la belle inconnue m’était adressé… »  Hélas, il n’en était rien !

    Insomnie, joliesse et zébrures

    Djibril ou les ombres portées est un récit touchant, même si le cinéaste-romancier n’évite pas toujours les chausses-trappes du premier roman. On regrettera les invraisemblances de certains rebondissements (le chien régulièrement ressuscité, par exemple) et les clichés langagiers. Dans l’univers romanesque de Mahamat-Saleh Haroun, on s’endort systématiquement « bercé par la pluie et les éclairs qui zèbrent le ciel », quand on ne souffre pas des « affres de l’insomnie » ne parvenant pas à oublier le regard de sa belle et « la joliesse de ses yeux ».

    La narration manque aussi de dynamisme, sans doute parce que le roman a été pensé en scénario régi par l’impératif maniaque de produire de belles images à l’écran, aux dépens de la voix qui est la marque de fabrique de tout projet littéraire digne de ce nom. Djibril fera sans doute un beau film, en attendant que l’auteur trouve un filon pour son deuxième livre.

    Djibril ou les ombres portées, par Mahamat-Saleh Haroun. Collection « Continent noirs », éd. Gallimard, 193 pages, 19,50 euros.

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