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    Amara Lakhous, héritier de Schéhérazade et de Flaubert

    media Amara Lakhous est journaliste, anthropologue et romancier. Akio Fujiwara

    Amara Lakhous est à la littérature italienne ce qu’est Alain Mabanckou à la littérature française. D’origine algérienne, ce romancier - auteur de cinq romans - est l’un des pionniers des lettres africaines italophones. Il s’est fait connaître en publiant en 2006 Choc des civilisations pour un ascenseur Piazza Vittorio, un récit comique à l’Italienne, campé dans le quartier multiethnique de Rome et couronné par des prix littéraires prestigieux outre-Alpes. Son nouveau roman, L’Affaire de la pucelle de la rue Ormea, qui vient de paraître en français s’inspire de l’animosité anti-Roms des Italiens. Un récit fort qui fait rire et pleurer à la fois.

    « Schéhérazade, c’est moi », s’exclame l’Algéro-Italien Amara Lakhous en parodiant Flaubert, sans oublier de rappeler que cette proclamation dans sa bouche d’écrivain multiculturel est moins une parodie qu’un hommage. « C’est un hommage à la fois à la conteuse légendaire des Mille et une nuits qui est devenue un peu la figure emblématique de la grande civilisation islamique et à l’auteur de Madame Bovary, livre sans lequel je ne serai peut-être jamais devenu écrivain », a déclaré le romancier lors de son passage à Paris pour la promotion de son nouveau roman.

    Amara Lakhous est l'auteur du célèbre Choc des civilisations pour un ascenseur Piazza Vittorio dont la parution fut de l’autre côté des Alpes l’un des grands moments de l'émergence de la littérature produite par des écrivains issus de l’immigration. Le romancier aime rappeler que c’est la lecture de Madame Bovary à l’âge de 15 ans, dans son Algérie natale, qui le fit entrer de plain-pied dans le monde « enchanteur » de la littérature. « J’ai appris plus tard que Flaubert avait mis cinq ans pour écrire son opus, poursuit-il, mais moi il m’a fallu quelques heures seulement pour le lire, ou plutôt le dévorer, dois-je dire. » C’est de ce jour-là que date, se souvient le romancier, sa résolution de devenir écrivain. « Flaubert ou rien », s’était-il écrié, tout comme d’autres avant lui et sous d’autres cieux, qui voulaient devenir Chateaubriand.

    « Pour les beaux yeux de Sophia Loren »

    Né à Alger en 1970, de parents kabyles, Amara Lakhous a fait ses études en arabe et a appris le français comme deuxième langue à l’école. Il a écrit son premier roman en arabe, mais ne réalisera pleinement son rêve de devenir écrivain qu’en émigrant en Italie à l’âge de 25 ans, fuyant l’intégrisme islamiste avant la lettre qui sévissait dans l’Algérie des années 1990. Francophone, journaliste de formation, le jeune Lakhous aurait pu venir s’installer à Paris, mais son destin l’a conduit à Rome.

    « Je reconnais que mon parcours est plutôt atypique, concède le romancier, car mes compatriotes qui veulent faire une carrière d’écrivain émigrent plutôt en France ou dans un pays francophone. Moi, je voulais faire quelque chose de plus original, vivre en Italie et écrire en italien.» Et d'ajouter: « Il faut dire que je nourrissais depuis mon adolescence une grande passion pour le cinéma italien. Il m’arrivait de rater des rendez-vous galants pour les beaux yeux de Sophia Loren ou quelques films de Fellini ou de Monicelli dans les salles obscures algéroises. Lorsque je me suis installé à Rome, je me suis immédiatement mis à l’italien pour… écouter parler à l’écran les Marcello Mastroianni, les Vittorio Gassman ou les Alberto Sordi que je n’avais entendus jusque-là qu’en français. Les entendre jurer ou se bagarrer en version originale, c’était tout à fait autre chose ! »

    C’est par le biais du cinéma qui n’a fait que renforcer son amour pour la musicalité de la langue de Dante et de Mastroianni que Lakhous est revenu à la littérature. En 2001, il publie un nouveau roman en arabe, avant de se lancer lui-même dans sa traduction en italien.« Ce n’était pas une simple traduction, explique l’auteur, mais j’ai carrément réécrit le livre en mettant les deux textes en vis-à-vis sur mon écran d’ordinateur. Résultat : deux versions jumelles, chacune se nourrissant de la vitalité créative de l’autre ».

    Ainsi naît en 2006 le célébrissime Choc des civilisations pour un ascenseur à Piazza Vittorio, qui a révélé aux lecteurs italiens le talent et l’imagination de ce romancier hors norme, né des épousailles morganatiques de Schéhérazade et de Gustave Flaubert. Il emprunte aussi au cinéma italien d’après-guerre son mordant et sa narration, délicieusement ironique, pour raconter les drames de la vie dans un quartier multiethnique de Rome. Couronné par des prix prestigieux (prix Flaiano 2006 et Racalmare Leonardo Sciascia), le roman a figuré pendant plusieurs mois parmi les dix livres les plus populaires de l’année. Bel exploit, on en conviendra, pour quelqu’un qui n’a appris la langue d'Umberto Eco qu’en regardant les comédies à l’Italienne au grand écran !

    Je suis devenu écrivain grâce à Gustave Flaubert...
    Amara Lakhous raconte son parcours 07/04/2017 - par Tirthankar Chanda Écouter

    Sujets sensibles à Paris, comme à Rome

    Si les romans d’Amara Lakhous plaisent tant, c’est parce qu’ils parlent avec humour et sans complexe de l’immigration et du multiculturalisme, des sujets sensibles à Paris comme à Rome. Ils racontent les hypocrisies des uns et des autres, l’instrumentalisation des problèmes liés à l’immigration par la classe politique italienne pour gagner des élections et par la presse pour vendre des papiers. C’est le thème du nouveau roman de l'Algéro-italien L’Affaire de la pucelle de la rue Ormea, qui vient de paraître en français.

    Son histoire ? La cité de Turin s’enflamme après la dénonciation par une jeune fille de 15 ans de son viol par deux Roms. Journaux et politiciens locaux s’emparent de ce fait divers et exploitent la haine anti-Roms des Italiens pour punir les présumés violeurs de la jeune Turinoise. Des clichés éculés ornent la « Une » des journaux locaux et la tension est à son comble quand brutalement les masques tombent et la vérité éclate. La rue Omea est une rue de Turin et le récit que raconte ce nouveau roman d’Amara Lakhous est basé sur des faits réels survenus en Italie.

    Il y a des pages fortes dans ce livre, qui relèvent autant de l’anthropologie (Lakhous est docteur en anthropologie) que de l’histoire, comme l’exergue puisée dans un article du New York Times paru en 1882 et consacré à l’immigration italienne aux Etats-Unis. L’auteur de l’article écrivait : « Il n’y a jamais eu de classe aussi basse et ignorante parmi les immigrés arrivés ici depuis la fondation de New York que les Italiens. Ils fouillent dans les poubelles, leurs enfants grandissent dans des sous-sols insalubres, pleins de guenilles et d’os, ou dans des mansardes surpeuplées, où de nombreuses familles s’entassent, puis sont envoyées dehors pour ramasser quelque argent du commerce de rue. » Les propos du journaliste font étrangement écho à la haine anti-Roms des Turinois contemporains, mettant en perspective le drame contemporain de l'immigration en Europe. « Les cycles se répètent, mais les Italiens ont oublié leur passé », commente Amara Lakhous. C'est cette mémoire perdue des peuples qui est le véritable sujet de la fiction de ce romancier au parcours atypique.

    L’Affaire de la pucelle de la rue Ormea, par Amara Lakhous. Traduit de l’italien par Elise Gruau. Actes Sud, 2017, 205 pages, 20,80 euros.

    L'Affaire de la pucelle de la rue Ormea est le quatrième roman d'Amara Lakhous publié en français. Lesja Chernish/Actes Sud

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