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    Hebdo

    Ouganda: un pont de bois, symbole de sécurité pour les réfugiés sud-soudanais

    media Des réfugiés traversent au point de frontière informel de Busia, le 1er avril 2017. RFI / Charlotte Cosset

    Fuyant les combats en cours dans leur pays, près de 810 000 Sud-Soudanais ont trouvé refuge en Ouganda. Pour y passer, ils empruntent plusieurs points de passage le long de la frontière. A Busia, l'un d'entre eux est un petit pont de bois qui enjambe la rivière Kaya. Dernier obstacle avant de retrouver sécurité et sérénité.

    Ils arrivent par petits groupes, au détour d'une piste. Des familles, souvent éclatées, portant des baluchons impressionnants avec toutes leurs richesses : casseroles, bidons, matelas enroulés, et parfois un coq ou une chèvre. Cela fait des jours, parfois des semaines qu'ils marchent vers ce pont, empruntant la plupart du temps des chemins de traverse, craignant à tout moment d'être pris par les troupes de Salva Kiir, le président du Soudan du Sud.

    Avant de trouver sécurité en territoire ougandais, il y a la rivière Kaya à traverser. Un cours d'eau d'ordinaire paisible sur lequel des femmes viennent laver leur linge, alors que des enfants pêchent pour améliorer l'ordinaire. Un petit pont de bois la surplombe, et fait office de no man's land entre les deux Etats. Mais une dernière halte s'impose pour les réfugiés. L'autre rive est tenue par des jeunes hommes, dont certains sont armés de kalachnikovs.

    Théoriquement, « ces " rebelles ", comme il s'appellent, sont chargés de veiller à ce qu'aucune arme ou uniforme ne passe le pont », explique un officier de la police ougandaise chargé de la surveillance du pont. « Ils vérifient également leurs papiers. » A vrai dire, ici, la frontière est assez poreuse, et il est parfois difficile de distinguer les réfugiés des habitants des environs qui viennent faire du commerce côté ougandais.

    Les Kakwas tiennent le pont

    Ringo Gwiya vient de passer ce dernier checkpoint. A 84 ans, ce vieil homme malvoyant, obligé de s'aider d'une canne pour se diriger, et d'une autre pour l'aider à marcher, a voyagé pendant quatre jours dans le bush, avec sa femme et son frère. Ils ont quitté leur village de Pakula, près de Yei (Equateur central). « Nous marchions et nous nous reposions, puis nous nous remettions en route », témoigne-t-il. « Notre famille a été obligée de fuir à cause des Dinkas (la tribu de Salvaa Kiir), qui voulaient nous abattre », poursuit sa femme, Charity Kenisha. Ils leur ont pris tout ce qui leur appartenait (articles ménagers, argent, chèvres, etc.). « Presque personne n'a été laissé derrière », ajoute-t-elle. « Le Soudan du Sud n'est pas un bon endroit, conclut Ringo, c'est une place pour la mort, apportée par les Dinkas. »

    Habituellement, les « rebelles » se font discrets, cachés à l'ombre d'un grand arbre, non loin du pont. Mais nous attirons leur attention, et ne tardons pas à les voir. Alerté, un de leurs chefs arrive, accompagné d'hommes – en uniformes, ceux-là. Des officiers du SPLA-IO, l'organisation du vice-président Machar, opposé à Kiir. Le chef porte une lance traditionnelle en métal, surmontée d'un ruban rouge, et donne rendez-vous au milieu du pont. Interdiction de filmer ou même d'enregistrer, par souci de ne pas heurter la hiérarchie. « Les hommes de Kiir contrôlent les villes et les principaux postes frontières, nous explique-t-il, mais nous contrôlons le reste du pays ». Nous ne saurons pas grand-chose d'autre, si ce n'est que les hommes qui tiennent le pont sont des Kakwas, comme la majeure partie des réfugiés qui traversent, et que par conséquent, ils ne leur font pas de mal.

    Lopins de terre en Ouganda

    Les forces de sécurité ougandaises et les « rebelles » du pont ne semblent pas entretenir de mauvaises relations. Comme dans toute zone frontière, un écosystème s'est même installé. Une jeune fille fait ainsi la navette entre les deux postes pour apporter à manger à chaque groupe, alors que l'on aperçoit étrangement un des « rebelles » traverser le pont et monter sur un boda-boda (moto-taxi) pour aller faire une course à Busia, côté ougandais.

    Après le pont, Ringo, sa femme et son frère devront grimper une pente raide, avant d'arriver au poste tenu par les forces ougandaises, une brigade mixte composée de militaires et de policiers, équipés d'une mitrailleuse lourde. Sur une grande bâche blanche, ils étalent et fouillent de façon beaucoup plus minutieuse que ne le font les « rebelles » les effets personnels des réfugiés, avant de les remettre entre les mains des humanitaires.

    Aujourd'hui, 250 personnes en provenance de Busia sont arrivées au centre de transit de Koluba où les réfugiés sont examinés, vaccinés puis réorientés dans les camps de la région. L'Etat ougandais leur donnera un lopin de terre pour vivre, et un autre pour cultiver. Une politique généreuse, qu'elles expliquent par leur propre histoire. Au temps du président Idi Amin, les populations ougandaises avaient dû fuir les exactions et avaient trouvé refuge côté soudanais. Nombre d'entre eux avaient alors probablement dû traverser le petit pont de bois de Busia.

    → Relire notre série de reportages consacrée aux réfugiés sud-soudanais en Ouganda :

    [Reportage 1/5] Combattre la faim avec les réfugiés du Sud-Soudan en Ouganda

    [Reportage 2/5] Ouganda: les réfugiés sud-soudanais racontent la faim

    [Reportage 3/5] Les hommes sud-soudanais prennent le chemin de l'exil

    [Reportage 4/5] Les réfugiés sud-soudanais racontent le cauchemar de Yei

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