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    [Chronique] Nigeria: comment survivre aux embouteillages de Lagos

    media Embouteillages dans les rues de Lagos, Nigeria. Getty Images

    « Go slow » (embouteillage), prononcez ce mot devant un Lagotien et il deviendra intarissable. Plus que le football , les pro-Arsenal contre les pro-Chelsea ou la politique, les pro-Goodluck contre les pro-Buhari, le go slow reste le principal sujet de conversation et de controverse. Il est vrai qu'il faut s'inquiéter des « go slow ». Si tu ne te préoccupes pas des « go slow » ce sont eux qui vont s'occuper de toi. Si tu quittes les îles Victoria island et Ikoyi aux « mauvaises moments » de la journée, tu peux passer sept à huit heures dans les embouteillages au milieu des coups de klaxons frénétiques, des insultes et des gesticulations des policiers dépassés par les événements.

    Un peu comme un pêcheur doit se préoccuper des marées, le Lagotien ne peut ignorer le flux des voitures. Ainsi, les Lagotiens travaillant sur les îles savent qu'ils ne doivent sous aucun prétexte les quitter après 16 heures ou avant 22 heures, sinon les voilà condamnés à passer des heures dans les embouteillages sans fin. Du coup, les habitants des îles ont énormément d'amis vivant sur le continent désireux de venir prendre un verre chez eux jusqu'à...22 heures.

    Les bars des îles sont très fréquentés jusqu'à 22 heures. Les bureaux aussi. Les employés qui n'ont pas réussi à partir avant 16 heures préfèrent effectuer de longues heures supplémentaires non rémunérées plutôt que d'affronter les effroyables « go slow ». Mais même pour les plus prudents d'entre eux, il est impossible de leur échapper tous les jours. Au-delà des flux prévisibles de voyageurs dans une ville de vingt millions d'habitants, il existe d'innombrables impondérables qui reviennent avec une grande fréquence.

    Chez les riches aussi, des routes transformées en piscine

    Même dans les beaux quartiers, les routes sont dans un état effroyable. En lisant dans la presse internationale que tel ou tel quartier de Lagos est qualifié d'ultra-chic, les Lagotiens ne peuvent s'empêcher de sourire ou de rire. Certes, il existe de belles demeures à Ikoyi, Victoria island ou Ikeja G.R.A, mais il n'en reste pas moins que les routes sont la plupart du temps dans un état désastreux. Elles sont défoncées, couvertes de nid-de-poule et il est difficile d'y circuler sans 4x4. « Les routes ne tiennent pas longtemps. Cela fait partie du cahier des charges. On demande aux entreprises de construire des routes de mauvaise qualité pour qu'il faille les refaire le plus souvent possible et que les opportunités de pots-de- vin soient plus fréquentes » reconnaît un haut fonctionnaire de l'Etat de Lagos, lassé qu'on lui demande sans cesse pourquoi le revêtement de la chaussée est d'aussi piètre qualité.

    Faute d'un système d'évacuation des eaux efficace, dès la saison des pluies les routes se transforment en piscines d'autant plus facilement que la plupart des quartiers de Lagos ont été construits sur des zones marécageuses. « Lagos », la bien nommée, porte alors mieux que jamais son nom, lac en portugais. Même si certains préféreraient la rebaptiser « Swimming pool », (piscine) en anglais. Particulièrement à cette période de pluie intense, d'énormes camions hors d'âge et surchargés se renversent au milieu des ponts et des routes et bloquent ainsi la circulation. Dans la nuit noire, on les croirait tout droit sortis d'un film d'horreur adapté d'un roman de Stephen King.

    Quand ce n'est pas un camion-citerne mal entretenu qui explose au milieu de la foule, ou un câble électrique qui tombe sur la route et électrocute les passagers d'un « danfo », un mini-bus jaune et noir en route vers de lointaines banlieues. Ou plus prosaïquement, une voiture tombant en panne au milieu de la chaussée. Il ne viendra à personne l'idée de mettre le véhicule hors d'usage sur le bas-côté. L'épave sera donc susceptible de gêner la circulation pendant plusieurs heures, voire plusieurs jours.

    Ce chaos urbain fait les affaires des centaines de milliers de petits vendeurs qui slaloment entre les voitures. Les embouteillages leur permettent d'écouler à peu près toutes les marchandises, du papier toilettes aux cassettes de Nollywood en passant par de la mort-aux-rats, des chapeaux de père Noël ou des scrabble.

    Calmez vous les nerfs en jouant au scrabble

    Au Nigeria, les passionnés de scrabble sont légion. Quelques-uns des meilleurs joueurs viennent de Lagos qui compte même un champion du monde dans ses rangs. Il est vrai que vivre dans cette ville constitue une épreuve de patience et qu'il est sans doute plus difficile qu'ailleurs de trouver les mots pour le dire. Même si le « go slow » ne fait toujours pas partie du vocabulaire officiel de ce jeu de société.

    Il n'est pas rare que les Lagotiens passent sept à huit heures par jour dans leur véhicule. Du fait des coûts extravagants des logements dans les beaux quartiers (un appartement peut se louer 10 000 euros par mois, deux ans de loyer à payer d'avance), des centaines de milliers de Nigérians travaillant à Lagos habitent dans l'Etat d'Ogun State où les loyers sont moins élevés. Ils doivent donc passer plusieurs heures par jour dans les transports.

    La voiture est donc un investissement essentiel à Lagos. Les Lagotiens argentés la transforment en « petit palais ». La télévision, la hi-fi, des baffles dernier cri, des coussins luxueux, des minibars, un garde-manger. Un investissement somme toute rationnel puisqu'il arrive qu'ils y passent autant de temps qu'à leur domicile ou sur leur lieu de travail.

    La culture du « go slow » n'est pas près de disparaître. La population de Lagos augmente à grande vitesse. Plusieurs centaines de milliers de nouveaux habitants chaque année. L'état des routes a peu de chance de s'améliorer. Depuis qu'Abuja est devenue la capitale du Nigeria à la fin des années quatre-vingt-dix, l'Etat fédéral n'est pas vraiment pressé d'investir dans les infrastructures de la capitale économique du pays. D'autant plus que Lagos a la réputation d'être une ville frondeuse et peu respectueuse de l'Etat fédéral.

    Sans « go slow », Lagos ne serait plus vraiment Lagos

    Depuis son élection en avril 2015, le président Buhari ne s'est jamais rendu à Lagos, c'est dire s'il se préoccupe du développement de la plus grande mégapole d'Afrique. Même les Lagotiens semblent s'accommoder de leur « go slow » qui fait partie de la culture locale. Nombre d'entre eux sont déstabilisés lorsqu'ils se trouvent brutalement dans une ville calme au trafic fluide. Pour eux, le « go slow » constitue un élément essentiel d'identité de leur cité. Les embouteillages ne présentent pas d'ailleurs que des inconvénients. Il rend très difficile par exemple de reprocher à votre interlocuteur son retard. Il pourra toujours vous rétorquer qu'il arrive avec quatre heures de retard à un rendez-vous à cause de terribles « go slow ». Impossible de prouver le contraire, sauf à équiper son véhicule d'une balise GPS. Même le mari volage peut expliquer qu'il a été victime d'effroyables ralentissements, alors qu'il a tout simplement passé la soirée avec sa maîtresse.

    Le « go slow » constitue le meilleur des alibis, celui qu'il est presque impossible de démonter. Autre avantage, tout le monde plaindra la victime. Il est toujours plus facile de compatir à un « drame » dont on a soi-même été victime des milliers de fois. Le « go slow » fait le charme de Lagos, comme la pluie et le brouillard font celui de l'Ecosse ou la cuisine fade celui des Midlands. Sans « go slow », un silence étourdissant régnerait sur la cité et Lagos ne serait plus vraiment Lagos.

    ►(Re) lire les autres Histoires nigérianes

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