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    «La Fille de neige» de Rimski-Korsakov, «un spectacle universel»

    media «La Fille de neige» de Rimski-Korsakov est à l'affiche de l'Opéra Bastille jusqu'au 3 mai 2017. Elisa Haberer – OnP

    « Qui n’aime pas ma Fille de neige, ne comprend pas ma musique », écrivit le compositeur Nicolaï Rimsky-Korsakov en 1893. En Russie, l’univers féerique de cet opéra majeur est étudié dans les conservatoires de musique et régulièrement présenté au public. En France, l’unique mise en scène datait de 1908. Depuis le 15 avril, Dmitri Tcherniakov présente à l’Opéra Bastille sa vision de l’œuvre qui a marqué l’histoire de la musique mondiale, avec Aida Garifullina dans le rôle de Snegurotchka. RFI a rencontré le metteur en scène déjà apprécié par le public parisien grâce à Iolanta et Casse-Noisette, montés au Palais Garnier en 2016. Entretien.

    RFI : Pourquoi, de plus en plus souvent, vous proposez aux théâtres occidentaux de la musique russe ?

    Dmitri Tcherniakov : Quand je travaillais uniquement en Russie, l'opéra russe m'intéressait déjà. En commençant à travailler en dehors des frontières, j'ai senti que c'était ma mission. Si un théâtre me demande ce que j’aimerais lui proposer et me donne carte blanche dans mes choix, un nom russe vient en premier. Il y a beaucoup d’opéras de grands compositeurs russes qui sont peu connus en Occident. En fait, il n'y a que 4 à 5 oeuvres qui sont vraiment présentées au public régulièrement, comme Eugene Oneguine ou encore Boris Godounov, mais c’est à peu près tout. Moi, j'étais baigné dans cette musique depuis mon enfance. Je voulais montrer mon respect à ces œuvres, aider à les faire connaître. À chaque fois, j'ai envie de dire aux spectateurs : « Regardez qu'elle est belle, cette partition ! ». La Fille de neige est déjà la troisième œuvre de Rimsky-Korsakov que je mets en scène en Europe. Il y a eu auparavant La Légende de la ville invisible de Kitège à Amsterdam et à Barcelone, ainsi que La fiancée du Tsar à Berlin et à La Scala de Milan. Les opéras de ce compositeur majeur sont méconnus, contrairement à ses œuvres symphoniques. Les mettre en scène, c’était toujours mon initiative, tout comme l’idée de présenter Le Joueur de Prokofiev que nous avons monté à Wiener Staatsoper avec Daniel Barenboim. Cette initiative porte déjà ses fruits : désormais je vois Le Joueur dans tous les grands théâtres européens, de Francfort à Londres.

    Pourquoi l’opéra russe est peu connu ? Ce sont pourtant des œuvres musicales qui n’ont pas de barrière de langue ?

    Il n’y a pas que la musique. A la base, il y a un scénario, le texte, mais surtout une réflexion, une manière de penser, un univers culturel. Dans La Khovancthina, il fallait expliquer qui sont les vieux croyants, dans La Fille de neige, raconter le monde de la tribu archaïque de berendei. Comment transmettre tout ce volume rempli de sens et de repères culturels ? La musique seule n’est pas capable de le faire, il faut l’aider. Alors intervient la mise en scène, le théâtre. Et il y a également une autre raison : une sorte de mouvements tectoniques chamboulent la perception de l’œuvre des différents compositeurs. Prenez Leos Janacek : pendant au moins quarante ans, il n’était pas connu en dehors de la Tchéquie, et actuellement sa musique est la coqueluche du théâtre international. Ses œuvres comme Katia Kabanova ou Jenufa sont présentes sur les plus grandes scènes. Je ne sais pas comment cela se passe, mais je veux aider la musique russe dans ce mouvement. Je le prends comme une mission personnelle, mais pas par une quelconque idée patriotique, ce n’est pas cela qui me nourrit. J’aime ces œuvres, elles font partie de moi et j’ai envie de partager cette beauté avec ceux qui ne la connaissent pas. Je ne le fais pas parce que « il le faut », mais par passion. J’aimerais que les gens éprouvent la même émotion que moi. D’ailleurs, dans La Fille de neige, nous avons eu l’idée d’entourer la magnifique Aida Garifullina (dans le rôle principal) par des grands chanteurs internationaux et non pas uniquement russes, même si le texte est en russe. Nous avons eu Martina Serafin, mondialement connue pour ses représentations de Tosca, ou encore le baryton wagnérien Thomas Johannes Mayer.

    Imaginons que vous montiez La Fille de neige non pas à Paris mais chez vous, à Saint-Pétersbourg. Est-ce que cela aurait été le même spectacle que pour le public français ?

    Absolument. Je pense que d'essayer de s’adapter aux clichés locaux, que ce soit à New York, en Allemagne ou ici, à Paris, est une démarche artificielle. De toute façon, on ne pourra jamais tomber juste. En tout cas, moi, je ne pourrais pas. Alors depuis longtemps j’ai décidé de ne pas chercher à définir les spécificités de la perception du spectateur allemand ou français ou américain, ni de voir l’opéra russe par leurs yeux. Je fais abstraction de tout cela et essaie de suivre mon instinct théâtral.

    Vers quelles solutions vous a amené votre instinct théâtral dans la mise en scène de La Fille de neige à l’Opéra Bastille ? L’univers féérique du conte peuplé par le père Froid, la dame Printemps ou encore l’Esprit de la Forêt, comment vit-il sur la scène parisienne?

    Quand, il y a cinq ans, j’ai mis en scène La Ville invisible de Kitège à Amsterdam, le théâtre a accepté une œuvre presque inconnue. Au début, pendant les répétitions, je n’ai pas senti d’enthousiasme de la compagnie. Pour eux, c’était un univers étrange et assez éloigné du leur. J’ai dû les convaincre qu’il ne fallait pas lire seulement ce qui est en surface mais rentrer dans l’œuvre, dans sa profondeur qui n’est pas uniquement russe mais universelle. Finalement, on a pu transmettre au spectateur une émotion forte, à la hauteur de cet opéra majestueux. La Fille de neige, c’est pareil. Ne vous attendez pas à un conte de fée, le folklore sera mis entre guillemets, la mythologie russe, archaïque et païenne, est donnée à travers notre perception d’aujourd’hui. Cela permet de faire apparaître le dramatisme de l’histoire.

    L’année dernière, vous avez monté sur la scène du Palais Garnier Iolanta et Casse-Noisette qui ont été un grand succès. Est-ce que l’idée de présenter La Fille de neige est née à ce moment-là ?

    L’Opéra de Paris m’a proposé de travailler sur la mise en scène de Iolanta. Mais il fallait chercher une autre œuvre pour le deuxième acte. J’ai alors proposé de « doubler » avec Casse-Noisette. D’ailleurs, Tchaïkovski l’a imaginé ainsi, il a même écrit les deux simultanément. A la fin du XIXe siècle, c’était une sorte d’hommage à la tradition française – à Lully, à Rameaux, à l’opéra baroque… En 2016, je l’ai fait revenir sur la scène française, la boucle était bouclée. Ma démarche avec La Fille de neige était presque similaire. En 1873, le Bolchoï a eu l’idée de réunir dans un même spectacle l’opéra, le ballet et l’art dramatique, en commandant le texte de La Fille de neige à Alexandre Ostrovsky. C’était également un hommage à la tradition française. Rimsky-Korsakov a écrit la musique seulement huit ans plus tard, mais aujourd’hui cette œuvre revient en France. La dernière et l’unique mise en scène de cet opéra a été faite en 1908 à l’Opéra-Comique, il y a plus de cent ans.

    En 2009 vous avez monté à Paris, Macbeth, ensuite en 2016 – Iolanta et Casse-Noisette, maintenant La Fille de neige. Avez-vous d’autres projets pour la scène française ?

    Il y a des projets pour dans deux ans mais je préfère ne pas les dévoiler. Parmi ces projets, il y aura un grand nom français, très grand, très connu. Pour moi, ce serait un nouveau défi, monter une œuvre française sur la scène française, mais je le relève.

    La Fille de neige, à l'Opéra Bastille du 15 avril au 3 mai 2017 

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