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    Hebdo

    L’Afrique de plus en plus incontournable pour le Vatican

    media La pape François dans le quartier de PK5 à Bangui, RCA, le 30 novembre 2015. REUTERS/Siegfried Modola

    Le pape François se rendra en Egypte les 28 et 29 avril, malgré les attaques meurtrières du 9 avril contre les coptes à Tanta et Alexandrie. Il a annulé en mars un voyage en République démocratique du Congo, puis demandé pardon pour le rôle joué par l’Eglise dans le génocide des Tutsis au Rwanda, en 1994. Les relations du Vatican avec l’Afrique se resserrent, sur fond d’essor démographique du continent, grand pourvoyeur de curés pour les paroisses européennes et de fidèles à l’échelle du monde.

    L’image du pape François tranquillement assis sur un fauteuil en cuir vert aux côtés d’un imam vêtu de blanc comme lui, à la grande mosquée à Bangui, dans le quartier PK5, a fait le tour du monde le 30 novembre 2015. Lors de sa première tournée africaine, deux ans après avoir succédé en 2013 à Benoît XVI, François n’avait pas hésité à se rendre en Centrafrique. Le contexte était très tendu, un conflit civil opposant catholiques et musulmans. Dans l’avion qui le transportait de Rome à Nairobi, il avait déclaré avoir « plus peur des moustiques » que des violences en Afrique.

    Cette année, de nouveaux déplacements sur le continent sont programmés pour le chef de l’Etat de la Cité Vatican –le plus petit et le moins peuplé du monde, 0,4 km² et moins d’un millier d’habitants. Le plus grand flou entoure encore ces déplacements, qui pourraient passer par Juba au Soudan du Sud. « Il était prévu d’aller dans les deux Congo, mais, avec Kabila, ça ne va pas, je ne crois pas qu’on puisse y aller. » Cette petite phrase papale, prononcée le 9 mars dans un entretien au journal allemand Die Zeit, a fait couler des flots d’encre en RDC. « Le Pape, fait inhabituel, cite le nom du président, fait remarquer Monseigneur Sébastien Muyengo, évêque d’Uvira, de passage à Paris. Cela ne fait honneur ni à Joseph Kabila, ni au peuple congolais ».

    D’autant que l’Eglise est une institution puissante en RDC, le pays qui compte le plus de catholiques en Afrique (32 millions de personnes). Le clergé y quadrille mieux que l’Etat le territoire national et joue un rôle de premier plan dans la résolution de la crise politique en cours. S’érigeant en médiatrice, elle a arraché un compromis le 31 décembre au pouvoir et à l’opposition – un accord qui prend du temps à être mis en œuvre. Allant d’atermoiement en délai, les autorités ne semblent pas décidées à organiser fin 2017 l’élection présidentielle qui doit marquer le départ de Joseph Kabila, au terme de son second mandat.

    Diplomatie papale

    La diplomatie africaine du Vatican semble frappée au coin du bon sens depuis l’avènement du pape François, qui marche dans les pas de Jean-Paul II, maintes fois parti en Afrique entre 1980 et 1998. Ces relations, qui tiennent d’abord et avant tout à la personnalité du souverain pontife, comprennent aussi des visites de chefs d’Etat à Rome, comme Joseph Kabila en septembre 2016 ou Paul Kagamé le 20 mars dernier.

    En ayant l’humilité de demander enfin pardon « au nom de Dieu » (et non du Vatican comme le souhaitait Kigali), 23 ans après les faits, pour le rôle joué par l’Eglise au Rwanda en 1994, le pape François a adressé un signal fort et donné à Paul Kagamé un sourire radieux. Impossible d’oublier, en effet, que des églises sont devenues des hauts lieux de la mémoire du génocide des Tutsis, les tueurs y ayant massacré ceux qui tentaient d’y trouver refuge – parfois avec la complicité du clergé.

    Les principaux conseillers de François, en dehors du cardinal congolais Laurent Monsengwo, sont le cardinal italien Pietro Parolin, ancien nonce apostolique au Vénézuela qui a passé trois ans au Nigeria, de 1986 à 1989, ainsi que l’évêque britannique Paul Callagher, secrétaire du Vatican pour les relations avec les Etats (l’équivalent d’un ministre des Affaires étrangères) et connaisseur des Grands Lacs. Parmi les dossiers sur lesquels ils travaillent : les processus très longs de béatification puis de canonisation des saints – qui ne manquent pas en Afrique, même s’ils sont méconnus, comme les 22 martyrs de l’Ouganda canonisés en 1964, ou le martyr sud-africain Benedict Daswa béatifié en septembre 2015.

    Réservoir de catholiques fervents

    Sur le continent, l’impatience monte face à la représentation symbolique de l’Afrique dans l’Eglise. Le clergé africain est sollicité pour prêcher dans des paroisses européennes en manque de curés, certes, mais quid de sa présence dans les plus hautes instances de l’Eglise ? A la mort de Jean-Paul II, le nom d’un cardinal nigérian, Francis Arinze, ancien archevêque d’Onitscha, avait été évoqué parmi les possibles successeurs, mais sans suite. Le premier cardinal issu du continent, le Tanzanien Laurean Rugambwa, a été nommé très tard dans l’histoire de l’Eglise catholique, en 1960.

    Aujourd’hui, ils sont 15 à faire partie du « collège sacré » qui se prononce sur la succession du pape. Soit 12 % des cardinaux électeurs, pour une population catholique africaine qui représente 16 % du total selon le Pew Research Center, et va passer à 22 % des catholiques du monde en 2050. Chrétiens à 63 %, les Africains au sud du Sahara comptent en effet 21 % de catholiques, 36 % de protestants et 5 % d’orthodoxes. Outre la RDC, les pays comptant le plus grand nombre de catholiques sont le Nigeria (17 millions), l’Ouganda et la Tanzanie (14 millions chacun), puis le Kenya et l’Angola (9 millions chacun), suivis par Madagascar (8 millions) et le Cameroun (7 millions). La loi du nombre et la ferveur des fidèles africains, impatients de voir le pape François fouler le sol de leurs pays, devraient motiver des relations encore plus étroites entre le Vatican et le continent.

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