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    Un philosophe à l’Elysée? Portrait intellectuel d’Emmanuel Macron

    media Assistant éditorial de Paul Ricœur pendant ses années universitaires à Nanterre (1998-2000), Emmanuel Macron a été profondément influencé par la pensée du philosophe. Philippe Wojazer Reuters/MARTIN BUREAU/AFPAFP

    Inconnu du grand public il y a encore trois ans, le nouveau président français intrigue. Sa percée en politique sans passer par le militantisme du terrain et la députation détonne. On s’interroge sur son pedigree intellectuel et idéologique. Or l’homme n’a pas surgi de nulle part. Armé de son sourire de jeune premier et d’une intelligence politique hors du commun, Emmanuel Macron s’est construit seul, sans s'appuyer sur un grand parti politique. Retour sur les ressorts intellectuels d'un parcours gagnant.

    À 16 ans, il voulait être romancier. À 18 ans, comédien, puis philosophe, à 20 ans. Après avoir exercé des fonctions d’inspecteur des finances, banquier et ministre, Emmanuel Macron qui vient d’accéder à la magistrature suprême, devient à 39 ans le plus jeune président de la République française.

    Or cette ascension aussi atypique que fulgurante n’a guère fait oublier à l’intéressé ses anciennes aspirations, qui ne sont sans doute pas étrangères à ce qu’il est devenu. Surtout, il n’omet jamais de rappeler sa dette intellectuelle envers les grands penseurs, notamment le philosophe français Paul Ricœur qu’il a assidûment fréquenté dans les années 1990. C’est à ce premier mentor qu’il doit cette idée qu’il répète souvent : « nous sommes des nains sur les épaules de géants » et dont nous ne faisons que continuer la pensée.

    Paul Ricœur n’est toutefois pas le seul auteur que le nouveau président a mis en avant pendant la campagne électorale qui vient de s’achever. Jamais avare en citations, il aime parsemer ses discours de références et d’emprunts, puisant son inspiration autant chez les philosophes que chez les écrivains. Convoquant Descartes, Alain, Nietzsche, Levinas, mais aussi René Char et Victor Hugo, il s’est constamment positionné en intellectuel, renouant ainsi avec la tradition de l’homme politique français qui est aussi un penseur, un homme de lettres et de culture.

    Découverte de la littérature

    La littérature occupe « une place centrale » dans sa vie, le président élu l’a dit et redit à longueur d’interviews et de meetings. Dans son livre-programme Révolution (XO éditions), Emmanuel Macron a raconté comment sa grand-mère l’avait initié depuis son très jeune âge à la lecture et à la littérature. « Dès l’âge de 5 ans, une fois l’école terminée, c’est auprès d’elle, écrit-il, que je passais de longues heures à apprendre la grammaire, l’histoire, la géographie… Et à lire. J’ai passé des jours entiers à lire à voix haute auprès d’elle. Molière et Racine, Georges Duhamel, auteur un peu oublié et qu’elle aimait, Mauriac et Giono. »

    Le futur président a confié aux journalistes combien il a été marqué à tout jamais par la langue classique et « son rythme d’une subtilité infinie », qualifiée de « perfection absolue, dont l’exemple même est, pour moi, Bérénice, de Racine ». Plus tard, il s’identifiera au héros stendhalien Fabrice del Dongo « qui se jette sur les routes avec une crâne inconscience », il sera ému aux larmes par la désespérance dans René de Chateaubriand et bouleversé par la découverte de Voyage au bout de la nuit qui fut « un choc esthétique et émotionnel ». « Bardamu ne m’a plus quitté », a-t-il déclaré.

    Ces lectures d’adolescence n’ont pas seulement servi au jeune Emmanuel à obtenir de bonnes notes au lycée La Providence à Amiens, ville dont il est natif. Elles l’ont aussi poussé à rédiger, à 16 ans, un roman épistolaire sur la civilisation inca. Un premier roman « baroque » selon son auteur, qui aurait été suivi de deux autres récits et des poèmes. Si ces premiers écrits n’ont pas encore été publiés, l’écriture n’a jamais cessé de compter pour le futur président qui aime répéter qu’il « ne met rien au-dessus de l’écriture ». Ou encore : « Si je n’écris pas, je n’agis pas ».

    Une rencontre capitale

    L’intérêt d’Emmanuel Macron pour la vie des idées s’est renforcé chemin faisant, notamment pendant ses années d’études à Paris, lorsqu’il a fait la connaissance de Paul Ricœur. Ce fut une rencontre fondamentale, au dire de l’intéressé. Les circonstances sont aujourd’hui connues. Monté dans la capitale en 1994 pour finir sa scolarité, le jeune Amiénois rate son examen d’entrée de l’École normale supérieure, mais rebondit en obtenant un DEA en philosophie politique sur Machiavel et Hegel, à l’université de Nanterre. Parallèlement, en 1998, il intègre Sciences-Po Paris. C’est grâce à un professeur de l’école de la rue Saint-Guillaume, qui se trouve être aussi le biographe de Paul Ricœur, qu’il entre en contact avec ce dernier.

    Paul Ricoeur (1913-2005), spécialiste de la phénoménologie et l'herméneutique, maître-à-penser d'Emmanuel Macron. Wikimedia Commons

    Pendant deux ans, le jeune homme sera l’assistant éditorial du phénoménologue octogénaire, l’aidant à la mise en forme éditoriale de son livre : La mémoire, l’histoire, l’oubli, paru en 2000, aux éditions du Seuil. Le jeune assistant est nommément mentionné dans la préface du volume où l’auteur le remercie pour « sa critique pertinente de l’écriture et la mise en forme de l’appareil critique » de l’ouvrage.

    Pendant la campagne présidentielle écoulée, le candidat Macron a souvent évoqué l’exceptionnelle complicité intellectuelle qu’il avait réussi à nouer avec le vieux philosophe au cours de leurs deux années de collaboration intense. Un compagnonnage qui, dit-il, l’a transformé en lui apprenant à penser l’Histoire et le cours du monde « dans un va-et-vient entre la théorie et le réel ». Trente ans après, il continue d’inscrire sa pensée et sa vision du monde dans une fidélité à ce qu’il appelle sa « filiation ricœurienne ». Ce dont témoigne la phrase qu’on peut lire sur le site de son mouvement En marche ! : « Je ne cesse encore aujourd’hui de le lire et de tenter de nourrir mon action de ses réflexions, de sa philosophie et de ce qu’il m’a appris ».

    D’aucuns ont vu dans cette revendication une tentative de récupération par Emmanuel Macron de l’héritage libéral de son mentor en vue de légitimation de son projet de dépassement du clivage droite-gauche. Les détracteurs n’ont pas manqué de souligner que les propositions néo-libérales du candidat Macron sont à « mille lieues des analyses critiques des excès du capitalisme auxquels appelait Paul Ricœur », qualifiant le rapprochement du philosophe et du politique de « coup de com' ».

    « Les traces de la pensée du philosophe existent pourtant bel et bien dans le programme d’Emmanuel Macron », affirme pour sa part Catherine Goldenstein, une amie de la famille Ricœur qui fut témoin de la complicité intellectuelle dans les années 1990 entre le penseur au crépuscule de sa vie et le jeune étudiant de philosophie. « C’était un échange qui comptait immensément pour Paul », affirme l’amie du philosophe. Et d’ajouter : « Sans doute aussi pour Emmanuel, qui m’a récemment envoyé un mot pour dire combien le souvenir des propos de Paul continue à l’inspirer et à le guider. »

    Catherine Goldenstein, comme beaucoup d’autres, a décelé l’empreinte de Paul Ricœur dans les propositions du candidat Macron, notamment lorsque ce dernier parle de donner à tous les moyens de développer leurs « capacités » innées et personnelles, ou quand celui-ci appelle à repenser en tant qu’objet moral et métaphysique le mal constitutif de l’exercice du pouvoir, comme l’a fait Paul Ricœur par rapport à la Shoah. « Toute la difficulté consiste ensuite à déterminer si celui-ci est unique, comme la Shoah, ou s’il peut prendre plusieurs visages », a expliqué Emmanuel Macron aux journalistes de l’hebdomadaire 1, faisant vraisemblablement allusion aux crimes perpétrés pendant la colonisation. On se souvient du tollé qu’avait suscité l’évocation du sujet par le candidat lors de son déplacement en Algérie dans le cadre de la campagne présidentielle.

    Les années post-Ricœur

    Paradoxalement, la fréquentation de Ricœur, monument de la philosophie contemporaine, n’a pas réussi à entraîner l’étudiant Macron vers la vocation philosophique. Selon ses proches, il aurait pu très bien faire une carrière universitaire en philo, car il avait les capacités intellectuelles et la culture nécessaires, mais il avait trop besoin d’agir pour « changer concrètement les choses », comme le candidat Macron l’a expliqué dans son livre programmatique en vue de la présidentielle. Animé par le goût de l’action publique et le souci d’être en prise avec les décisions politico-administratives, l’apprenti-philosophe quitte alors l’université pour entrer à lENA. On connaît la suite de l’histoire : le cursus de l’ENA terminé en 2004, le jeune énarque rejoint l’Inspection des finances et les hautes administrations qu’il quittera quatre années plus tard pour se recycler dans les finances, au sein de la Banque Rothschild et Compagnie. Au terme d’un nouveau cycle de quatre ans, il est débauché, cette fois, par l’État français pour intégrer l’équipe du président Hollande en tant que secrétaire général adjoint de l’Élysée. Il prendra en août 2014 les commandes de Bercy.

    Les années post-Ricœur sont des années de maturation politique pour le futur

    Le père de la deuxième gauche, décédé en 2016, Michel Rocard fut l'un des modèles en politique du président Macron, en 2012 à Paris. MIGUEL MEDINA / AFP

    président dont la pensée, forgée par les études littéraires et philosophiques, mûrit désormais au contact de l’action. Une action que l’intéressé a analysée dans les colonnes de la revue Esprit. Entré dans le comité de rédaction de la revue dès 2000, il y a fait paraître une dizaine d’articles, dont une présentation « remarquable » du livre de Ricœur qu’il avait aidé à mettre en forme. Ses autres articles portent sur les courants historiques, la réhabilitation de l’université et les promesses impossibles à tenir du candidat Hollande. Marc-Olivier Padis, ancien rédacteur en chef de Esprit, garde le souvenir d’un jeune énarque « brillantissime », doué d’une « agilité intellectuelle hors du commun » et « ancré à gauche ».

    Membre encarté du Parti socialiste pendant un court laps de temps (2005 à 2006), Emmanuel Macron était dans son élément au sein de la revue, dont le parrain n’était autre que Michel Rocard. Ce dernier est un modèle pour le jeune énarque, qui se reconnaît dans les idées de la deuxième gauche qu’incarne l’ancien Premier ministre de François Mitterrand. Nombre des préoccupations de cette gauche dite « sociale-libérale », consistant notamment à concilier l’efficacité économique et la justice sociale, ou encore la liberté du marché et la réduction des inégalités, se retrouvent dans le programme du mouvement En Marche !.

    Pour Marc-Olivier Padis, c’est dans la revendication des valeurs de cette gauche moderne, susceptible de réconcilier les France que se trouve la cohérence intellectuelle du projet d’Emmanuel Macron. « Il peut exalter dans le même souffle Jeanne d’Arc et Victor Hugo, nationalistes et mondialistes, laïcs et religieux », affirme l’essayiste. Le 8e président de la Ve République est décidément passé maître dans l’art de la synthèse.

    ____________________

    Lire :

    (1) Révolution, par Emmanuel Macron. XO publications, 268 pages, 17,90 euros

    (2) Macron par Macron. Édition de l’Aube, 135 pages, 9,90 euros

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