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    Hebdo

    Nosdéputés.fr, le site citoyen qui scrute vos députés à la loupe

    media Sur le site, vous pouvez retrouver votre député et en savoir plus sur son activité à l'Assemblée nationale. Capture d'écran du site nosdéputés.fr

    Votre député prend-il souvent la parole dans l’hémicycle ? A-t-il fait des propositions de loi ? Quelles sont ses thématiques de prédilections ? Alors que la fin de la législature approche et que les 577 élus de l’Assemblée nationale doivent être renouvelés en juin, zoom sur le site Nosdéputés.fr, qui passe au crible le travail des parlementaires.

    C’est presque devenu un réflexe. Lundi, quand le nom du Premier ministre est tombé, journalistes comme simples citoyens sur les réseaux sociaux n'ont pas traîné. Ils ont dégainé les états de service d’Edouard Philippe comme député Les Républicains (LR) de la 7e circonscription de Seine-Maritime depuis 2012.

    Et ils n'ont pas manqué de noter que celui qui était à la fois maire du Havre, président de la communauté d’agglomération, député et porte-parole d’Alain Juppé en 2016 n’avait pas beaucoup usé ses pantalons sur les bancs du palais Bourbon. Ainsi Le Parisien indiquait : « Pour son premier mandat (de député), le Rouennais de 46 ans a signé la fiche de présence 113 semaines en cumulé, soit deux ans et deux mois, la moitié de la durée de cette mission élective. C'est un mois de moins que la moyenne des membres de la chambre basse, et un trimestre de moins que le groupe majoritaire (Groupe socialiste, écologiste et républicain)»

    Aucun rapport, aucune proposition de loi à son actif. De quoi conclure que ce Premier ministre fraîchement émoulu ne figurait pas parmi les bons élèves de l’hémicycle.

    Des données obtenues grâce au travail de l’observatoire citoyen de l’activité parlementaire Nosdéputés.fr. Lancé en 2009, le site s’emploie à mettre en valeur l’activité parlementaire des élus de l’Assemblée nationale. Il a aussi son pendant pour la chambre haute, Nossénateurs.fr.

    Présence en commission, interventions dans l'hémicycle, propositions de loi...

    Semaines d’activité, interventions, amendements… Tout est passé au crible. Derrière cette plateforme, l’association Regards citoyens. « Au départ nous étions quatre, aujourd’hui on est sept ou huit à faire partie du Conseil d’administration. Et une quarantaine à être actifs », détaille Benjamin Ooghe, l’un des cofondateurs du collectif. Magistrat à la Cour des comptes, étudiants, retraités, consultant en informatique ou même journaliste. Les profils sont divers. La démarche se veut apolitique, tous sont bénévoles et la plupart se sont rencontrés sur internet.

    « Au départ, on était un petit groupe de citoyens qui avions suivi des débats parlementaires pour des raisons personnelles, explique l'ingénieur de 34 ans. On s’était rendu compte qu’il y avait beaucoup d’informations sur le site officiel de l’Assemblée, mais qu’elles n’étaient pas faciles d’accès pour le citoyen. On a vu qu'avec nos compétences techniques, on était capables de récupérer ces informations assez facilement, et on s’est dit qu’il n’y avait pas de raison que ça ne puisse pas servir à tout le monde. On a alors programmé des petits robots qui, toutes les huit heures, fouillent le site officiel de l’Assemblée et en extraient les infos nouvelles propres à l’activité parlementaire. Puis les remettent à disposition à la fois sous la forme d’open data (pour que les autres personnes puissent réutiliser nos données) et sous la forme d’un site web qui permet de trouver son député et de voir concrètement ce qu’il a fait. »

    Sur Nosdéputés.fr, la page de chaque député affiche un graphique d'activité pour les douze derniers mois (ou l’ensemble de la législature en cette fin de mandature), avec notamment la présence en commission, les prises de parole dans l’hémicycle, les amendements proposés, les rapports rédigés, etc. Réalisé à partir des textes et des interventions orales, un nuage de mots clés permet également d'apprécier le champ lexical de l'élu.

    Des informations existant sur le site de l'Assemblée qui demandent un travail de recherche fastidieux. « Nos robots récupèrent un compte-rendu de séance en entier, le parcourent et identifient lorsqu’il y a un nouveau parlementaire qui parle. La lecture informatisée de ces informations permet de les rattacher automatiquement au parlementaire », développe Benjamin Ooghe. 

    Deux députés, deux profils à l'opposé

    Pour donner un exemple, voici les informations que l’on peut trouver sur le député de la circonscription dans laquelle je réside, et celui rattaché à ma commune d’origine.

    Au-delà des informations de base – parti, début du mandat, profession, dernières questions au gouvernement – ce qui saute aux yeux, c’est l’encéphalogramme quasiment plat de la participation globale de Jean-Christophe Cambadélis au cours de la législature. Quand on regarde dans le détail, beaucoup des indicateurs du député socialiste (PS) de la 16e circonscription de Paris apparaissent en rouge, ce qui signifie que le parlementaire fait partie des 150 derniers selon un critère défini. En termes de semaines d’activité, par exemple, c’est-à-dire le nombre de fois où l’élu a été relevé présent en commission ou a pris la parole (même brièvement) en hémicycle, le compteur du député est bloqué sur 53. La moyenne de son groupe étant de 126 semaines.

    Sur la fiche en ligne, on peut lire les états de service du député de Paris. Capture d'écran

    On peut en conclure que Jean-Christophe Cambadélis, qui est aussi Premier secrétaire du PS et candidat pour un nouveau mandat dans sa circonscription, ne fait pas partie des bons élèves du palais Bourbon.

    Pour Arnaud Viala, le tableau est bien différent. Le député LR de la 3e circonscription de l’Aveyron, semble figurer parmi les plus actifs de l’hémicycle. Sur les 16 mois où il a été député, il a été aussi présent que son collègue parisien sur l’ensemble de son mandat. Par ailleurs, on voit que son nuage de mots clés fait apparaître son engagement sur les questions d’agriculture notamment. Pas surprenant pour un élu de zone rurale.

    La fiche en ligne de député Arnaud Viala. Capture d'écran Nosdéputés.fr

    Connaissance des institutions et transparence

    Si assister à une séance parlementaire est assez simple, suivre le parcours d'un texte en particulier se révèle beaucoup plus ardu. La procédure parlementaire est très compliquée, souligne Benjamin Ooghe. C'est d'ailleurs l'objet d'un autre projet réalisé par Regards citoyens en partenariat avec Science-Po, La Fabrique de la loi, qui décrypte l’évolution des projets de loi à l’Assemblée nationale et au Sénat afin d’expliciter les différentes étapes de la création d’un texte de loi.

    La philosophie est toujours la même : permettre une connaissance plus fine des institutions, inciter les citoyens à s'en emparer et ainsi pousser à plus de transparence et à un meilleur contrôle des représentants.

    Pas de classements, mais des données brutes. « Ce qu’on essaie de faire, c’est de proposer à tous d’avoir les moyens de se faire son propre jugement en fonction des différents critères », précise le cofondateur de Regards citoyens.

    « L’un des objectifs – même si c’est peut-être le moins abouti – consiste aussi à permettre aux citoyens de venir interpeller les parlementaires sur le fond de leur activité. On s’est interdit de permettre aux gens de simplement commenter un parlementaire. On voulait engager les gens à venir lire le travail parlementaire », insiste l’ingénieur de 34 ans. Sur 5 600 personnes inscrites sur le site depuis juin 2012, 1 400 ont laissé 6 000 commentaires. « Malheureusement c’est très rare que des parlementaires viennent y répondre. »

    Le vote des députés, une donnée manquante ?

    Mais l’exercice a des limites : les données accessibles. Le site ne parle jamais de « présence », mais de « semaines d’activité » des députés, car il n’y a aucun moyen de vérifier la présence effective d'un élu sur les bancs de l'Assemblée, si ce n'est s'il prend la parole. Même le vote ne garantit pas de la présence puisqu’un parlementaire peut déléguer sa voix à un autre.

    Avec la nouvelle législature qui doit commencer le 20 juin, les compteurs vont être remis à zéro. Pour l’équipe de Regards citoyens, c’est aussi l’occasion de corriger les problèmes et d’améliorer le site. Une refonte visuelle du site, qui date de 2009, est prévue.

    Et à quand une fonction qui permette de savoir quel député a voté quoi ? « Cela nous est souvent demandé,et on aimerait pouvoir l’ajouter. Mais on a toujours eu une réticence pour la bonne et simple raison que c’est encore l’information au sein de l’activité parlementaire qui est la moins transparente », regrette Benjamin Ooghe. Il estime que plus de 95% des votes se font à main levée. Du coup, aucune trace.

    Une proposition qui fait d'ailleurs partie de celles portées par le collectif, devenu un observateur avisé du fonctionnement de l’institution, auprès de l’Assemblée. « Systématiser les scrutins publics, au moins pour chaque article de loi, à défaut de le faire sur chaque amendement, prêche le jeune homme. On est conscient que si on avait utilisé le système de vote officiel à chaque fois, on en serait encore à discuter le mariage pour tous aujourd'hui. »

    Le collectif veut maintenant s’attaquer à un dossier épineux : les frais de mandat. Un projet qui doit très prochainement être lancé, alors qu'une loi portant sur la moralisation de la vie publique doit être élaborée après les scandales Fillon ou Cahuzac.

    Il n’y a qu’à bien se tenir.

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