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    Madagascar: panique au pays de la rumeur

    media Deux internautes malgaches. Connecté, le pays est, à l'instar de bien d'autres dans le monde, sujet à la propagation de nombreuses rumeurs et «fake news» sur le web. VR/RFI

    Seuls cinq Malgaches sur 100 ont accès à internet. Malgré ce taux de pénétration extrêmement bas, les informations mensongères (« fake news ») se propagent comme une traînée de poudre. Le 23 mai 2017, à Antananarivo, un canular sur l’effondrement d’un tunnel a récemment causé un affolement sur les réseaux sociaux et dans la ville. Si la plupart des internautes ignoraient la source, les fils d’actualité étaient envahis par cette histoire de tunnel. Une rumeur loin d'être un cas isolé sur la Grande Ile.

    De notre correspondante,

    « Il ne faut pas passer par le tunnel d’Ambanidia, il s’est effondré. Il y a 80 morts ! » Au bout du fil, la mère d'un employé d'une ONG. Dans le même open space, un collègue reçoit un appel de sa femme, il faut chercher sa fille à l'école, car elle passe par ce tunnel. La panique monte. « J’avais peur. J’ai appelé mon frère qui passe souvent par là et il ne répondait pas ! », confie une jeune femme inquiète. Sur place, les riverains oscillent entre amusement et psychose. Des vidéos montrent des gens courir dans le tunnel de peur que celui-ci ne s’effondre pour de vrai. D’autres utilisent des smartphones pour faire des live ou poster des photos et des vidéos sur Facebook.

    La journaliste Hilda Hasinjo a pris des photos pour « contrecarrer la rumeur ». « Le plus hilarant, c’est qu’un ministre [des Travaux publics] s’est déplacé pour ça », s'amuse-t-elle. Forces de l’ordre, cameramen et simples curieux se sont aussi rassemblés sur place. Le lendemain, la fake news sur l'effondrement du tunnel fait la Une de la presse.

    Photomontage

    À l'origine de la rumeur : un montage photo sur Facebook sur lequel un tunnel est caché par un énorme nuage de poussière. Les gens ont relayé la « nouvelle » via les réseaux sociaux et leurs téléphones. « C'est la première fois qu'une rumeur se propage à une telle ampleur », s'étonne Harinjaka Ratozamanana. Selon cet influenceur digital, les gens ont pris cela au sérieux car on a déjà entendu parler d’un risque d’effondrement du tunnel. En 2015, des rumeurs sur des fissures au-dessus de cette vieille infrastructure ont poussé le ministre des Travaux publics de l'époque, accompagné d'experts français, à faire une descente pour rassurer la population.

    Si la thèse de la mauvaise blague est privilégiée par les blogueurs malgaches, d'autres fake news ont été véhiculées par le passé pour des motivations vénales. En février, un réseau de sites web a lancé une intox selon laquelle les Malgaches n’auraient plus besoin de visa pour se rendre aux Etats-Unis. Avec des noms de domaine comme tv-bbc.com, ces sites se font passer pour des médias internationaux. La fausse info s’est propagée extrêmement vite, obligeant l’ambassade des Etats-Unis à démentir.

    Miss Madagascar arrêtée à l'aéroport de Londres avec deux kilos de cocaïne ? Faux. Miss Maurice et Miss Liberia ont également été victimes dans des articles mensongers. Comme ces sites contiennent tous des liens publicitaires, le but semble bien lucratif. Une publicité rapporte entre 1 et 3 euros pour 1 000 visiteurs, selon un blogueur africain. Avec un bon trafic, des sites de fake news peuvent gagner 5 000 dollars par mois grâce à la pub.

    Croyances

    Les rumeurs n'ont pas attendu l'arrivée d'internet pour se propager à vitesse grand V. Dans le sud de la Grande Ile, le début de l'année a été marqué par une rumeur selon laquelle un certain « Rabokona », un homme invisible, entre dans les foyers pour violer les femmes, tuer les hommes et circoncire les garçons. Une légende véhiculée par les on-dit et des témoignages dans plusieurs radios locales et nationales. « Cela a créé la panique parmi les villageois, regrette le commandant Herilalatiana Andrianarisaona, responsable de communication à la gendarmerie nationale. La gendarmerie a fait des communiqués officiels pour démentir cette rumeur. À mon avis, ce sont les sectes qui profitent de cette croyance pour appeler les gens à prier, car ce serait le seul moyen pour contrer " Rabokona ". »

    Dans l'histoire de Madagascar, on retrouve déjà ce phénomène de rumeur dans les archives royales du XIXe siècle, explique Klara Boyer Rossol, docteure en histoire de l'Afrique* : « C'est intéressant de voir que les autorités du gouvernement d'Antananarivo réagissaient politiquement face aux rumeurs. En 1876-1877, des pourparlers ont été menés entre le gouvernement d'Antananarivo et les Britanniques en vue de libérer les Masombika, les esclaves importés d'Afrique orientale, dans le royaume de Madagascar. Des rumeurs ont alors circulé dans le royaume selon lesquelles la libération des Masombika entraînerait l'abolition de l'esclavage. La reine Ranavalona II a rappelé qu'il était hors de question d'abolir l'esclavage car des rumeurs en faisaient cas. Cela montre bien l'importance de la rumeur sur la vie politique. »

    Pour l'historienne Lucile Rabearimanana, plusieurs théories peuvent expliquer la forte imprégnation des rumeurs à Madagascar : « Tout d'abord, les moyens de communication : les routes, ou le téléphone qui est arrivé tard, sont difficiles. Ensuite il y a la tradition orale, très forte à Madagascar, l'écrit n'existe que depuis le début du XIXe siècle. Enfin, le taux de scolarisation est très faible. Les gens croient facilement ce que disent la radio et les journaux, ils disent : " C'est vrai, parce que je l'ai entendu à la radio ". Et ils répètent sans le moindre esprit critique... »

    Les dangers mortels d'une rumeur

    Le danger d'une rumeur dans un pays comme Madagascar « où 4 à 5 Malgaches sur 10 ne savent ni lire ni écrire, prévient le sociologue et professeur à l'École nationale d'administration de Madagascar, Gabhy Rajaonesy, c'est la justice populaire. » On se souvient des lynchages de Nosy Be en 2013 où deux ressortissants Français et un Malgache avaient été battus et brûlés vifs sur la base d'une rumeur de trafic d'organes sur un enfant retrouvé mort.

    Pour Harinjaka Ratozamanana « à l'heure où on se prépare tous à l'avènement de l'élection présidentielle de 2018, la panique du tunnel nous a démontré à quel point les nouveaux médias sont devenus un vrai pouvoir qu'on ne peut plus prendre à la légère dans notre pays ». Les autorités semblent vouloir faire preuve de fermeté. Le lendemain de la diffusion du canular sur le tunnel, la brigade criminelle a arrêté un utilisateur de Facebook.

    Le suspect, âgé de 39 ans, est actuellement en mandat de dépôt. « Le problème c'est que la technologie est arrivée avant l'éducation citoyenne, donc il faut corriger à travers des sanctions. On ne peut pas laisser passer ça, il faut mettre des balises pour éviter que cela ne se reproduise », justifie Jean-Rostand Rabialahy, directeur de cabinet du ministère de la Sécurité publique. Selon le code de communication, la publication de fausses nouvelles ayant « troublé la paix publique » est punie d’une amende de 3 à 6 millions d'ariary (de 860 à 1720 euros). » L'auteur présumé de la rumeur risque une peine d'emprisonnement de 2 à 5 ans.

    *auteure d'une thèse, Entre les deux rives du canal du Mozambique : Histoire et mémoires des Makoa de l'Ouest de Madagascar. XIXe XXe siècle.

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