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    Antoine Agoudgjian, photographe: «Une image doit procurer de l’émotion»

    media Le photographe Antoine Agoudgjian. Clément Briend

    Le photographe Antoine Agoudgjian a passé un mois aux côtés des soldats irakiens qui se battent pour la libération des quartiers de Mossoul encore aux mains du groupe Etat islamique. Pour la première fois, il s’est retrouvé au cœur des combats. Comment un artiste se comporte sur un terrain de guerre ? Y cherche-t-il l’esthétisme? Entretien.

    RFI : Quelles étaient vos attentes en Irak et quelles sont les histoires qui vous ont marquées ?

    Antoine Agoudgjian : C’est la première fois que j’étais au milieu d’un conflit majeur, en plein cœur des combats. Je partais avec une division le matin, suivant leurs missions. Par exemple, il y avait des militaires qui pilonnaient avec l’artillerie les positions jihadistes. Il y en avait d’autres qui, une fois cette mission accomplie, avançaient bâtiment par bâtiment, pièce par pièce. J'ai passé les dix derniers jours avec une division qui avait énormément de courage en délogeant les derniers jihadistes. Puis le soir, quand je rentrais à notre base, je voyais des enfants qui jouaient, criaient avec des rires très aigus… Cela m’a marqué. J’avais peur de me confronter en permanence à un cynisme, de rencontrer des gens qui n’ont aucune empathie pour l’humanité. Ce n’est pas du tout le cas. Il y a une dichotomie entre leur mission et ce qu’ils sont.

    Parfois, on était à dix mètres des positions jihadistes. J’ai photographié aussi des jihadistes capturés. Souvent, ceux qui se sont fait attraper par les soldats se cachaient en fait dans les cohortes de réfugiés, soit pour sauver leur peau, soit pour préparer un attentat en zone libérée. Evidemment, beaucoup d’entre eux nient tous liens avec le groupe Etat islamique.

    Avez-vous parfois eu l’impression qu'il s'agissait du dernier instant de votre vie ? Comment avez-vous vécu cette confrontation au danger ?

    Paradoxalement, j’ai vécu des moments très tendus mais dans l’action, on est en mode instant. Quand je suivais une division, je ne ressentais pas la peur. De plus, on est dans un collectif, cela aide énormément, parce qu’on se sourit, on se cache et avance ensemble. Les moments où j’avais le plus eu peur, c’était toujours avant d’y aller. Sur le trajet, quand il y avait une distance entre le présent et le moment où je pensais vraiment que ça pourrait être le dernier instant de ma vie, j’ai vu des explosions, déflagrations, des gens blessés autour de moi. Chaque fois, à cause du stress post-traumatique, on a besoin d'oublier la réalité. On met donc une distance entre nous et cette réalité. Cela nous protège. En ayant passé un mois avec ces soldats, j’ai compris que pour survivre, on ne peut pas en permanence être dans la notion de peur.

    Par le passé, vous êtes souvent partis à la recherche de la mémoire de tragédies humaines. Votre livre, Le cri du silence, est consacré au génocide arménien. Depuis trente ans, vous voyagez en Turquie, en Syrie, au Liban et en Irak pour retrouver les traces de cette mémoire. Pourquoi avez-vous décidé aujourd’hui d’aller sur le terrain de la guerre qui est en cours ?

    Au départ, pour moi, cette expérience était un voyage dans l’inconnu et dans l’inconscient. Mais à force de se rendre sur les lieux de mémoire, on en devient familier. A travers mon travail, Le cri du silence, j’étais dans une métaphore. Aujourd’hui, j’ai besoin d’être en phase avec le présent. Ma démarche est intimement liée à mon héritage. Je suis de la troisième génération des survivants du génocide arménien. Mes grands-parents ont connu cette tragédie. Ils ont beaucoup souffert, résisté. Donc, pour moi, il y a des thèmes incontournables, et le chaos en fait partie.

    Dans le cas de Mossoul, ce n’est pas tant la guerre que la résistance des gens qui m’intéressait. J'ai photographié l’impact des combats sur la population. Je ne pouvais pas ne pas aller sur cette terre dans laquelle se passe un événement qui est en totale adéquation avec l’héritage mémoriel que j’ai reçu. On est dans l’ex-Empire ottoman. Il y a cent ans, il se passait exactement la même chose. Après la chute de cet empire, il y a une répartition, des guerres, des exodes, des massacres… Ce qui me motive, c’est l’idée de reconstruire, d’évoquer à travers des images une histoire qui subit un déficit iconographique.

    Comment peut-on être un artiste, avoir une approche créative, sur un terrain de guerre ?

    J’ai développé un travail d’auteur qui est très différent d’un travail de journaliste ou bien de photographe de guerre qui a l’habitude d’amener un travail type en adéquation avec les textes et un choix éditorial. Pour un auteur, c’est plus aléatoire. Il s’imprègne d’abord d’un univers. Quand on part sur commande, on est forcément dans une logique où les gens attendent quelque chose de précis de vous. Cela ne laisse pas vraiment de liberté. J’aime partir en aventure en prenant parfois le risque de ne ramener aucune image.

    J’ai observé les photographes de guerre sur le terrain. Ils étaient très structurés, ils savaient pertinemment quel type d’armements ont été utilisés. Moi, j’étais complètement à la ramasse. Parfois je réagissais avec beaucoup de retard. C’est une question de code. J’ai mes propres codes que j’ai développés en fonction de mes choix de vie, alors qu’un photographe de guerre a presque les mêmes réflexes qu’un militaire. Même s’il n’est pas actif en tant que soldat, sa façon de s’habiller, se comporter, sa psychologie, ses contacts avec des militaires sont complètement différents des miens.

    La création n’est pas forcément assujettie au confort. Selon moi, un artiste n’est pas forcément quelqu’un qui travaille dans l’art. C’est un penseur qui transgresse. Le terrain de guerre n’est donc pas un environnement inadapté. Bien au contraire, l’artiste est confronté à lui-même.

    Recherche-t-on l’esthétisme quand on photographie la guerre ?

    Je ne suis pas en recherche d'esthétisme. Par exemple, le journaliste va chercher une image qui va informer, illustrer au mieux son texte, expliquer de la façon la plus claire possible ce qui se déroule. Moi, je cherche une image qui doit procurer de l’émotion. C’est pour cela que j’ai besoin d’avoir cette liberté. Je n’ai pas une démarche délibérément esthétique. Elle existe inconsciemment, mais c’est plutôt une pulsion et non pas une démarche. En revanche, quand je reviens en France et que je travaille sur mes images, là il y a une distance. Cette démarche intervient à ce moment-là, quand je décide quelle image je vais montrer, comment je vais la travailler. Je fais une analogie avec la personne à qui l'on donne une pierre précieuse. Elle se transforme en diamant quand on la polit. Mes pierres, se sont mes négatifs.

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