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    Arabie saoudite: la voie royale du prince Mohammed ben Salmane vers le trône

    media Le prince héritier Mohammed ben Salmane durant une cérémonie d'allégeance à La Mecque, le 21 juin 2017. Bandar Algaloud/Courtesy of Saudi Royal Court/Handout via REUTER

    Le roi Salmane d’Arabie saoudite a fait de son fils l’héritier du trône, au détriment de son neveu, Mohammed ben Nayef. En deux ans et à 31 ans seulement, Mohammed ben Salmane a réussi à s’imposer au sommet de l’Etat, tant sur la politique extérieure que les questions économiques. Dans un contexte régional tendu, sa nomination confère encore davantage de pouvoir à ce partisan de la ligne dure envers l’Iran.

    Décrit comme l’homme fort du pays, Mohammed ben Salmane a connu en deux ans une ascension fulgurante au sein du royaume saoudien. Depuis l’accession au trône de son père Salmane, en janvier 2015, le jeune homme a accumulé des pouvoirs considérables, devenant à la fois vice-prince héritier, ministre de la Défense et président du Conseil des affaires économiques et de développement. Sa nomination au rang de prince héritier et de vice-Premier ministre, mercredi 21 janvier, vient entériner l’arrivée inexorable d’un « homme pressé » aux portes du pouvoir.

    « C’était attendu, confirme Olivier Da Lage, rédacteur en chef à RFI et auteur de Géopolitique de l'Arabie saoudite (Complexe, 1996). On ne savait pas quand ça se produirait mais il était sur une rampe de lancement. On attendait le moment où il mettrait de côté le seul obstacle entre lui et le trône : c’est-à-dire le prince héritier. » C’est désormais chose faite, avec l’éviction de Mohammed ben Nayef, à la fois écarté de ses fonctions de prince héritier mais aussi de vice-Premier ministre et de ministre de l’Intérieur, au profit de cet ambitieux de 31 ans.

    Mohammed ben Salmane salut son prédécesseur avec déférence

    Dans un paysage politique où l'âge de la classe dirigeante oscille entre 60 et 80 ans, l’ascension d’un trentenaire aux idées plus modernes a tendance à plaire aux jeunes. « Il a des ambitions sur le plan intérieur qui sont plutôt bien reçues par la jeunesse, analyse Fatiha Dazi-Heni, spécialiste des pays du Golfe, chercheuse à l’institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (IRSEM) et enseignante « monde arabe » à l’IEP de Lille. Comme créer des espaces de divertissement, des spectacles et donner un peu de souffle à cette jeunesse de moins de trente ans qui représente près de 60% de la population et, quelque part, essayer de sortir un petit peu de ce pacte très conservateur wahhabito-saoud. »

    « Vision 2030 »

    Mohammed ben Salmane a ainsi acquis une réputation de réformateur dans un pays où le cinéma ou le théâtre sont mal perçus par les institutions religieuses. Or, développer une industrie des loisirs fait partie, entre autres, de son ambitieux projet baptisé « Vision 2030 ». Lancé en avril 2016, ce plan national de réformes prévoit de transformer et moderniser l’économie du royaume en réduisant notamment sa dépendance à l’or noir, en se tournant vers d’autres secteurs d’activité comme le numérique ou en s’attaquant aux avantages d’une fonction publique omniprésente.

    Mais ce projet repose essentiellement sur la mise sur le marché de 5% d’Aramco, la grande compagnie nationale d’hydrocarbures, dont la vente des actifs permettrait d’alimenter le fonds souverain qui doit financer « Vision 2030 ». Sauf que cette privatisation partielle « est en permanence reportée à plus tard », souligne Olivier Da Lage.

    « Pour l’instant, ce sont des promesses, mais il n’y a rien de concret », précise le spécialiste de la Péninsule arabique. D’autant que le nouveau prince héritier a déjà dû faire machine arrière sur certaines réformes, confronté au mécontentement des fonctionnaires suite à la suppression de certaines allocations.

    Nouvel interventionnisme saoudien

    Si Mohammed ben Salmane est aux manettes de l’économie saoudienne depuis deux ans, il a aussi et surtout apposé sa marque sur la politique extérieure du pays. Habituée à camper sur une position défensive depuis longtemps, d’un conservatisme prudent évitant les conflits, l’Arabie saoudite a, à partir de 2015, radicalement changé d’attitude, avec des prises d’initiatives inattendues sur la scène internationale. Un changement majeur auquel Mohammed ben Salmane n’est pas étranger, lui qui incarne un « nationalisme agressif » et qui est réputé avoir l’oreille de son père.

    En tant que ministre de la Défense, il a joué un rôle majeur dans l’intervention du royaume saoudien dans la guerre au Yémen, prenant la tête d’une coalition de pays arabes face aux rebelles Houthis. Malgré l’enlisement du conflit et les critiques des défenseurs des droits de l’homme accusant l’Arabie saoudite de bombarder des civils et d’exacerber la crise humanitaire, « cela ne semble pas avoir trop affecté la popularité du nouveau prince héritier », note Olivier Da Lage.

    L’Iran en ligne de mire

    Mais Mohammed ben Salmane est aussi l’artisan, avec son homologue des Emirats arabes unis Mohammed ben Zayed, du blocus et de l’offensive diplomatique contre le Qatar. Riyad accuse le petit émirat de soutenir le terrorisme et d’être sous l’influence de l’Iran et des Frères musulmans, ennemis jurés du royaume saoudien.

    Dans une interview à la chaîne saoudienne MBC début mai, Mohammed ben Salmane considérait son pays comme « la principale cible du régime iranien », excluant tout dialogue avec Téhéran, qu’il accusait de vouloir « contrôler le monde musulman ».

    « Il a tendance à épouser des positions très dures », rappelle Fatiha Dazi-Heni. L'auteure de L'Arabie saoudite en 100 questions (éditions Tallendier) pointe l’isolement du Qatar et la guerre au Yémen, mais qui s’inquiète aussi d’une « possible confrontation future avec l’Iran ». « Ben Salmane, avec Mohammed ben Zayed, en accord avec certaines personnalités de l’administration Trump, veulent contenir l’influence de l’Iran dans la région, estime la chercheuse. Donc c’est préoccupant. La région ne va pas aller en s’apaisant ».

    ►  Iran / Arabie saoudite : une guerre froide

    Le ministre de la Défense saoudien (G) Mohammed ben Salmane et le président américain Donald Trump (D) lors d'une visite à Washington, le 14 mars. REUTERS/Kevin Lamarque/File Photo

    A une marche du trône

    Donald Trump ne s’est d’ailleurs pas fait attendre pour féliciter celui qui est l’un de ses interlocuteurs privilégiés dans la région, quelques heures après l'annonce de sa nomination, la Maison Blanche précisant que les deux hommes « se sont engagés sur une coopération étroite ». L’enthousiasme de Washington est visiblement partagé par la Bourse saoudienne, qui a bondi de plus de 4% à l’ouverture. L’influent comité des grands oulémas a salué le « bon choix » du roi Salmane, un choix entériné par 31 des 34 membres du Conseil d’allégeance, chargé de régler les questions de successions.

    Reste néanmoins à savoir si celui qui « se veut, en quelque sorte, l’héritier du fondateur du royaume qui a conquis la Péninsule arabique », arrivera à ses fins. Car le silence de la famille régnante devant sa montée en puissance peut vouloir dire deux choses, selon le journaliste Olivier Da Lage. Soit qu’elle reconnaît en lui le prochain roi. Soit qu’elle attend le moment venu pour agir. « Au décès de son père, le reste de la famille, qui a été marginalisée depuis deux ans, pourrait éventuellement prendre sa revanche », conclut le spécialiste des pays du Golfe.

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