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    [Chronique] Nigeria: les Blancs, chouchous des Lagotiens

    media A Lagos, les «oyibos» disposent de nombreux privilèges. Ici, une rue bondée dans le quartier des affaires de Lagos, en décembre 2016. REUTERS/Akintunde Akinleye

    En Occident, la capitale économique du Nigeria n'a pas bonne presse. Pourtant, l'accueil peut s'y révéler bien meilleur que prévu, surtout pour les «oyibos» (les Blancs, en yorouba), qui sont particulièrement choyés.

    Lagos fait peur aux Occidentaux. Ont-ils raison d'être aussi inquiets avant de mettre le cap sur la lagune ? Et si la capitale économique du Nigeria valait bien mieux que sa réputation ? Certes, le premier contact peut s'avérer des plus rugueux. L'aéroport de Lagos contribue énormément à la mauvaise image de la mégapole. Un homme armé peut vous hurler dessus comme un officier SS dans un film. N'y voyez rien de personnel. Il essaie juste de vous déstabiliser pour obtenir de l'argent. Rien de plus. Peut-être même qu'il rêve d'une carrière d'acteur à Nollywood et qu'en attendant d'y parvenir, il exerce ses talents oratoires sur les passagers de l'aéroport.

    Un militaire peut vous souhaiter la bienvenue « Welcome oyibo » (Blanc, en yorouba), en pointant sa kalachnikov dans votre direction. N'y voyez pas une volonté de vous intimider, juste de l'étourderie. Une fois passé le rite initiatique de l'aéroport, tout peut s'arranger assez rapidement. Au Nigeria, les oyibos sont choyés : ils sont une denrée rare. Du temps de la colonisation, les Britanniques avaient surnommé le Nigeria « White men grave », la tombe de l'homme blanc. Les Britanniques sont loin d'avoir éprouvé la même affection pour le Nigeria que pour le Kenya. Les Britanniques sont restés par dizaines de milliers au Kenya. Il n'en a rien été au Nigeria après l'indépendance acquise en 1960.

    Etant une denrée rare, les oyibos sont soignés et bichonnés. Lors des événements officiels ou privés, les convives se précipitent fréquemment pour prendre une photo ou faire un selfie avec un oyibo. Pendant son séjour à Lagos, l'oyibo aura ainsi le sentiment d'être une star du calibre de Brad Pitt ou d'Angelina Jolie. Un séjour à Lagos peut permettre de rebooster l'ego à moindre frais.

    L'oyibo associé à l’argent

    Ainsi, l'oyibo est régulièrement invité à des mariages, des anniversaires ou des baptêmes, parfois par de parfaits inconnus. Dans les nouvelles églises évangéliques, l'oyibo est également courtisé : il sera placé aux premiers rangs, afin d'être visible de tous. Du simple fait de sa couleur de peau, l'oyibo est associé à la possession d'argent. Ces nouvelles églises se livrent à une apologie de la richesse : elles pratiquent ce qu'elles appellent le « gospel de la prospérité ». La présence d'un Blanc aux premiers rangs est un excellent argument commercial.

    La présence d'oyibos dans une cérémonie sert aussi à montrer l'importance de l'événement. Lorsque des puissants de Lagos fêtent leur anniversaire, il est de bon ton qu'un oyibo fasse leur apologie. De préférence un Américain ou un Britannique dont on expliquera au cours de la cérémonie qu'il est le génie de la communication qui a fait élire Barack Obama ou Tony Blair. L'éloge qu'il fera sera d'autant plus appuyé qu'il aura été grassement payé pour s'y livrer. Tout le monde semble s'accommoder de ce système et le trouver à son goût.

    L'oyibo étant tendance, un grand nombre de femmes veulent être, elles aussi, un peu oyibo. D'où l'usage massif des crèmes éclaircissantes. « Entre une très belle Nigériane et une oyibo, le riche Nigérian n'hésitera jamais. Il choisira toujours l'oyibo. Elle fait partie du standing. C'est une femme trophée. Avoir une oyibo à son bras, comme épouse ou comme maîtresse, montre que l'on a vraiment réussi dans la vie », estime Aisha Bello, une femme d'affaires nigériane.

    A Lagos, l'oyibo dispose de bien des privilèges. Il peut très fréquemment rentrer dans les lieux les plus exclusifs sans carton d'invitation. Bien souvent, personne ne prend la peine de vérifier son identité. Pour peu qu'il soit blond aux yeux bleus, il aura même toutes les chances d'échapper aux fouilles. Dans la rue, l'oyibo se fera souvent affubler du titre de « Master », sans ironie aucune la plupart du temps. Un qualificatif d'autant plus surprenant que le Nigeria a accédé à l'indépendance il y a cinquante-sept ans.

    La valeur marchande de l'oyibo

    Le fait d'être oyibo ne présente évidemment pas que des avantages. L'oyibo doit éviter certaines zones : il sait qu'il peut être une cible privilégiée des enlèvements. Les preneurs d'otages partent du principe que l'oyibo a forcément une valeur marchande, ce qui n'est pas totalement faux. La plupart des oyibos présents au Nigeria travaillent pour de grandes entreprises privées. Le pays est très peu fréquenté par les touristes ou les retraités en mal de soleil. Dans la zone pétrolière (sud-est du Nigeria), l'oyibo, appelé « Onyeocha » (Blanc, en igbo) vit dans des bases-vie qu'il ne quitte presque jamais, sauf pour se rendre sur les plates-formes pétrolières. Ses contacts avec les populations locales sont des plus limités.

    Mais dans le sud-ouest (pays yorouba), l'oyibo vit somme toute une existence relativement agréable, en tout cas à Lagos, pour peu qu'il soit d'un naturel sociable. Il sera invité dans des cercles élitistes qu'il ne pourrait pas toujours fréquenter dans son pays d'origine. Même si sa conversation se révèle des plus ternes, ses « amis » lagotiens feront preuve d'une grande mansuétude à son égard. Avec l'oyibo, on montre souvent beaucoup plus d'indulgence que vis-à-vis de ses compatriotes.

    « A Lagos, le Blanc est mieux traité que le Noir. C'est du racisme à rebours. Ou l'expression d'une grande xénophilie. Et puis les Lagotiens sont de grands voyageurs, des gens ouverts sur le monde. Ils aiment posséder des contacts un peu partout. Alors forcément, ils cultivent ces relations », note Emeka Okafor, enseignant à Lagos.

    Pour certains oyibos, le retour dans leur pays d'origine peut s'avérer difficile. Du jour au lendemain, ils redeviennent très ordinaires, ils ne sont plus au centre des regards. A Lagos, des hommes appellent leurs femmes indifféremment de leur couleur de peau « My ego oyibo ». « Ego » signifie « argent » en igbo. Ce mot originaire du sud-est du Nigeria s'est répandu dans tout le pays. Littéralement « ego oyibo » signifie « ma devise étrangère ». Sous-entendu ma monnaie forte (le naira, la monnaie nationale s'est écroulée par rapport au dollar, à la livre et à l'euro, au cours de la dernière décennie). « My ego oyibo  » est une autre manière de « Ma chérie », celle qui possède beaucoup de valeur à mes yeux.

    Les oyibos (hommes ou femmes) savent que de retour à New York, Londres ou Berlin, personne ne les appellera plus « ego oyibo ». En quittant Lagos et en retournant en Occident, ils auront brutalement perdu une grande partie de leur valeur. L'offre et la demande restent une loi d'airain, même pour les oyibos.

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