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    Haïti : des récits du pays de l’enfance joyeuse

    media La collection «Haute enfance» fait entendre dans son titre quelques voix contemporaines de la littérature haïtienne. Gallimard

    Les enfances haïtiennes est un ouvrage collectif, réunissant dix chroniques d’enfance sous la signature des auteurs haïtiens contemporains. Situés entre fiction et réel, ces récits d’enfance sont aussi l’occasion pour leurs auteurs d’aborder par le biais du commencement de la vie et son oubli la thématique des turbulences que connaît leur pays bicentenaire qui demeure ce Haïti «—inabouti—», riche spirituellement et miséreux sur le plan matériel.

    « Haute enfance » des éditions Gallimard est indéniablement l’une des plus belles collections de littérature que je connaisse. Depuis son premier titre paru en 1993, elle donne la parole aux écrivains d’ici et d’ailleurs, invités à raconter leur enfance. Chacun des titres de cette collection, qu’il soit signé d’un écrivain connu comme le Martiniquais Patrick Chamoiseau, le prix Nobel japonais Kenzaburo Oé ou le Français Jacques Roubaud ou d’un auteur moins connu, est une invitation au voyage. Voyage dans un monde d’avant-Eden, d’avant tout, où les complexités et les violences de nos univers d’adultes cyniques se transforment sous le regard des enfants que nous fûmes, lecteurs comme écrivains, en épiphénomènes lointains qui ne peuvent nous toucher. Bonheur garanti le temps que dure la magie de la lecture.

    Le dernier titre de la collection qui vient de paraître sous le nom Une enfance haïtienne, réunissant des voix contemporaines de la littérature d’Haïti, ne déroge guère à la règle. Ce sont des voix nouvelles ou confirmées qui disent en quelques pages les bonheurs et les malheurs de l’enfance en Haïti, relativisant les peines et les misères de l’île aujourd’hui.

    Dans sa brève présentation de la contribution de Syto Cavé, l’un des dix auteurs du volume, l’écrivain Guy Régis Jr qui a eu la tâche immense de réunir ces textes, raconte ce que Cavé lui avait confié quelques jours après le séisme du 12 janvier 2010 : « Quelqu’un m’a appelé hier pour me demander si je suis mort. Absolument, ai-je dû répondre. Une amie m’a suggéré d’écrire, comme pour reprendre ma place parmi les vivants ». N’est-ce pas ce que font les auteurs haïtiens depuis toujours, depuis que Haïti est Haïti, l’île où, selon les mots d’Aimé Césaire, « la Négritude se mit debout pour la première fois et dit qu’elle croyait à son humanité » ? C’est sans doute parce que les écrivains haïtiens ont su garder intact cette humanité que leur littérature nous touche si profondément, comme d’ailleurs les dix chroniques d’enfance réunies dans le volume recensé ici.

    Entre imaginaire et sociologie, fiction et réel

    Ces chroniques se partagent entre souvenirs d’enfance, nouvelles et évocations lyriques. Entre imaginaire et sociologie, entre fiction et réel. Le volume s’ouvre sur un texte poétique où l’enfance est représentée à travers la nostalgie de la mère, figure tutélaire de nos débuts.

    C’est l’histoire d’un marcheur sombre, obsédé par une part manquante de lui-même qu’il ne sait clairement définir. « Que le temps soit chaud, sec ou frais, il se traîne en regardant parfois très loin, comme s’il cherchait quelque chose qui lui a échappé depuis longtemps, un temps qu’il ne peut pas situer, quelque chose dont le vide qu’il laisse rappelle vaguement le souvenir », écrit Bonel Auguste, poète, romancier, comédien et figure prometteuse de la jeune génération d’écrivains haïtiens. C’est « l’angoisse existentielle » qui est le thème privilégié des livres de Bonel Auguste. Dans le morceau intitulé « Le temps ne s’en va pas » qu’il a proposé à cette collection Gallimard sur l’enfance, il met en scène avec l’éloquence poétique qui le caractérise, le travail de la mémoire et à travers la quête de son héros en marche l’irradiation d’une blessure personnelle enfouie au plus profond de l'être.

    Pour oublier la douleur, le héros marche à travers la forêt luxuriante longeant la mer « bleue dans son silence, pleine de sardes », jusqu’au jour où son chemin croise celui d’une « jeune fille élancée aux jambes lisses qui file sur sa bicyclette bleue ». Et le souvenir refait surface, celui d’un rêve récurrent qui a longtemps hanté le personnage. « Il a la sensation de glisser dangereusement dans le rêve qu’il faisait quand il était enfant sur le lit de la pension. Il rêvait d’une jeune fille portant une robe à fleurs rouges qu’il appelait "maman" de toutes ses forces. Mais elle partait toujours en courant sans se retourner… »

    Le dernier tango de l’enfance

    Louis-Philippe Dalembert DR

    « Le temps ne s’en va pas » aurait pu être aussi le titre de la chronique que publie le romancier Louis-Philippe Dalembert dans cette anthologie. Il y remémore l’enfance et l’adolescence sur le mode de l’insouciance et de la joie, cela malgré « les caresses du martinet à trois branches » que son inoubliable Grannie lui infligeait aux moindres incartades. Romancier, poète, essayiste, Dalembert s’est fait connaître en 1996 en publiant son premier roman quasiment autobiographique : Le Crayon du bon Dieu n’a pas de gomme (Stock). Ce roman mettait en scène la quête initiatique d’un adolescent grandissant dans le quartier populaire de Port-au-Prince, au sein d’une famille dominée par des figures féminines fortes.

    Dans le nouveau récit que Dalembert consacre à son enfance haïtienne passée sous haute surveillance, il est notamment question de la première projection du Dernier Tango à Paris dans le ciné en plein air de la capitale haïtienne et la croisade épique menée par les adultes à l’époque pour la faire interdire. Ils y parviendront partiellement en faisant interdire le film aux moins de vingt ans. « Le dernier tango de l’enfance », raconte comment l’auteur réussira à surmonter la vigilance de sa grand-mère pour se faufiler dans la vaste arrière-cour de Ton’ Hermann d’où on avait « une vue d’enfer sur le Ciné-Parc ». La découverte de ce grand classique du cinéma occidental sera turbulente, torride et … cathartique, même si Grannie finira par tout savoir. Mais ce soir-là, le narrateur n’a pas chialé sous les coups rageurs du martinet de la grand-mère car grâce au Dernier Tango à Paris, il était « devenu un homme ».

    Gary Victor, Kettly Mars, Evelyne Trouillot sont quelques unes des autres voix majeures d’Haïti qu’on pourra lire dans les pages de cette anthologie exceptionnelle. Parmi les voix émergentes réunies ici, citons surtout celle de Kemode Lovely Fifi dont la chronique est à la hauteur de la promesse de son nom. D’elle, le grand passeur de la littérature haïtienne Lyonel Trouillot aime dire qu’elle était « une jeune fille qu’il faut protéger comme un patrimoine national » !


    Une enfance haïtienne, textes recueillis par Guy Régis Jr. Collection « Haute enfance ». Editions Gallimard, 2017, 148 pages, 13,50 euros.

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