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    Hebdo

    Qatar: Jean-Pierre Marongiu, entrepreneur français détenu depuis près de 4 ans

    media «J’ai peur qu’il porte atteinte à ses jours. Il a entamé une nouvelle grève de la faim, depuis le 19 juin dernier», estime l'avocate de Jean-Pierre Marongiu. (Vue de Doha, en 2013. Photo d'illustration) REUTERS/Fadi Al-Assaad

    Jean-Pierre Marongiu, victime du système de la kafala, une forme de mise sous tutelle financière d'une société, est emprisonné au Qatar depuis 2013 pour « escroquerie », après la faillite de sa société. Pour dénoncer sa détention arbitraire, il a entamé mi-juin une grève de la faim.

    Cela fait bientôt quatre ans que le Français Jean-Pierre Marongiu est incarcéré au Qatar. Enfermé dans une cellule de 10 m² qu’il partage avec 13 détenus, à l’intérieur d’une prison où se côtoient des membres de l’organisation Etat islamique. Aujourd’hui, son avocate, Me Debborah Abitbol, dit craindre le pire. « Il devrait sortir en 2020, se désespère-t-elle. J’ai peur qu’il porte atteinte à ses jours. Il a entamé une nouvelle grève de la faim, depuis le 19 juin dernier ».

    La récente mise au ban du Qatar par les pays du Golfe a eu un impact direct sur les conditions de détention des ressortissants étrangers. Leur alimentation s’est dégradée, les visites ont été interdites. Depuis le 17 juin, le portable de Jean-Pierre Marongiu lui a été confisqué. « On communiquait par WhatsApp tous les jours, explique Debborah Abitbol. Aujourd’hui, j’ai peur pour sa vie ».

    Tout commence en 2005, lorsque ce père de famille originaire de Florange, en Moselle, s’expatrie dans le Golfe, alléché par l’économie florissante de l’émirat. Il investit alors dans une société de formation en management, Pro & Sys. Contraint par le système de la kafala, traduit en anglais par « sponsorship » mais qualifié par Amnesty International d'« esclavage moderne », Jean-Pierre Marongiu cède 51 % du capital de sa société à un sponsor qatarien. Pendant quatre ans, l’affaire prospère. « C’était un homme d’affaires qui réussissait, témoigne Debborah Abitbol. Sa société marchait très bien. Sur les photos de l’époque, on peut le voir avec les consulats, les ambassades, les chambres d’affaires… »

    Une faillite forcée, une évasion en kayak, une détention arbitraire

    Pour Jean-Pierre Marongiu, le conte de fées prend fin en 2009. L’entrepreneur reçoit alors la visite du frère de son sponsor, Abdallah ben Nasser ben Jassim al-Thani. Celui-ci souhaite récupérer la société. « Je me voyais déjà négocier la vente juteuse de l'entreprise que j'avais créée ! », racontait Jean-Pierre Marongiu en 2013 au Parisien. Mais il n’en est pas question : le sponsor compte reprendre la main sans contrepartie financière. « J'étais estomaqué, poursuit Jean-Pierre Marongiu. En acceptant cela, je perdais tout, mon capital – 2,5 millions d’euros investis –, ma société, mes employés… Une escroquerie pure et simple ! Je ne savais pas à l'époque que mon associé ne faisait que ça, devenir sponsor de sociétés et, dès qu'elles marchent bien, se les approprier. »

    Jean-Pierre Marongiu refuse et perd tout. Immédiatement, le sponsor vide les comptes. Les fournisseurs, ne pouvant plus encaisser les chèques de la société, portent plainte contre l’entrepreneur. Sa boîte coulée, il est accusé d’émission de chèques en bois, un délit passible de 10 ans de prison au Qatar. « D'un seul coup, mon business s'est tari, j'ai perdu mes clients, je me suis retrouvé à taper à toutes les portes pour survivre. Dès que j'ai pu envoyer ma famille en France, je l'ai fait. Et j'ai commencé à envisager tous les moyens de quitter le Qatar ».

    Pour les travailleurs étrangers, impossible de partir du pays sans un « exit visa », lequel est délivré par le sponsor. Sans porte de sortie légale, Jean-Pierre Marongiu décide de quitter le Qatar clandestinement. Sa déroute vire à l’épopée hollywoodienne. « Je suis entré en contact avec des pseudo-mercenaires, poursuit-il auprès du Parisien. Ils devaient venir avec un yacht au large du Sheraton de Doha et je m'apprêtais à les rejoindre à la nage… Ils ne sont jamais venus. Et puis un jour j'ai trouvé quelqu'un qui m'a conseillé d'essayer le kayak. » Il embarque avec un ami, sur la fragile embarcation, pour le Bahreïn. L’expédition est un fiasco : « Nos réserves d'eau se sont taries, les vagues ont fracassé le kayak, nous étions à la dérive, nous avons cru mourir vingt fois ».

    Recueillis par un bateau de pêcheurs, ils finissent par gagner Bahreïn, mais l'ambassade lui refuse les documents nécessaires pour rentrer en France. La police locale le livre alors aux Qatariens. A Doha, il est emprisonné sur-le-champ, condamné à six mois de détention pour avoir « quitté illégalement le pays » avant d’être jugé à nouveau, cette fois pour « escroquerie ». Il écope de sept ans de prison ferme, sans remise de peine possible.

    La diplomatie française se défend des accusations d'inaction

    Selon son avocate, les pouvoirs publics français se sont détournés du dossier. En particulier l’ambassadeur basé à Doha, dont les visites au Français incarcéré seraient rares. Contacté par RFI, le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères dément : « M. Marongiu bénéficie de la protection consulaire prévue pour les détenus. Notre ambassade est en relation étroite avec l’administration pénitentiaire locale et notre compatriote reçoit des visites consulaires régulières. La dernière visite, effectuée le 4 juillet, a permis de constater que M. Marongiu était en bonne santé ».

    De son côté, Me Debborah Abitbol explique ne pas chercher de coupables. « Je ne suis pas là pour m’en prendre à la justice qatarienne. On a décidé de se plier à leurs règles. J’ai écrit une lettre, traduite en arabe littéraire, que je remettrai à l’émir lui-même. En mains propres. On n’exige pas sa libération, on ne remet même pas en cause le jugement. On demande juste son transfèrement en France, pour qu’il purge sa peine dans son pays natal. Ici, au moins, il pourra voir sa famille. » La demande de transfèrement a été transmise au ministère de la Justice, a indiqué le Quai d'Orsay. Toujours en cours d’instruction, il a « fait l’objet d’échanges avec les autorités qatariennes ».

    Avec la crise diplomatique en cours, Me Debborah Abitbol sait que son client n’est pas une priorité pour l’ambassade. « Ce n’est pas le dossier du siècle, concède-t-elle. Il a pris sept ans de prison, ce n’est pas une condamnation à vie. Mais pour lui, chaque jour qui passe ici est une perpétuité ».

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