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    De Qom à Buenaventura, le long voyage de l'islam en Colombie

    media Vendredi de prière dans la mosquée chiite de Buenaventura en Colombie. RFI/Sarah Nabli

    Depuis les années 1960, une communauté musulmane est née à Buenaventura, l’une des villes les plus pauvres et violentes de Colombie, sur la côte pacifique. La communauté a suivi le destin de son guide spirituel Munir Valencia. Elle compte désormais 70 fidèles après avoir connu différentes étapes, de la Nation de l’Islam américaine en passant par le sunnisme pour enfin devenir chiite.

    Dans le quartier populaire de la Playita, « la petite plage » à dix minutes du centre-ville de Buenaventura, des cris d’enfants s’échappent de la cour de l’Institut Silvia Zaynab. Sur le fronton de l’établissement, une phrase annonce qu’il ne s’agit pas d’une école comme les autres : « Espérons qu’un jour les fusils se transforment en stylos ». Une citation de l’ayatollah Khomeini.

    L’école a été créée par le Cheikh Munir Valencia, l’imam de Buenaventura, et sa femme. Entre les portraits de Malcom X et de l’ayatollah Khomeini, 320 enfants sont accueillis chaque jour et poursuivent une scolarité normale et laïque. « Ce n’est pas une école coranique, nous n’avons que cinq enfants musulmans et les autres sont catholiques, explique le Cheikh Munir Valencia. Nous leur apprenons seulement quelques mots en arabe et de bonnes pratiques d’hygiène. Nous leur montrons qu’il existe d’autres fois et qu’il faut être tolérant ».

    L’homme extravagant de 41 ans et son épouse gèrent aussi une autre école de 110 enfants ainsi qu’un centre culturel qui inclut la mosquée de la communauté. Même si l’imam ne donne pas de chiffres, il reconnait à demi-mot qu’il a bien reçu de l’aide de l’Iran pour financer ces établissements.

    L'influence de la Nation de l'Islam

    Avant de devenir chiite, Munir Valencia et la communauté musulmane de Buenaventura sont passés par différentes étapes. Tout a commencé dans les années 1960, lorsqu’un marin afro-américain du nom d’Esteban Mustafa Meléndez répand les enseignements de la Nation de l'Islam, une organisation politico-religieuse américaine dont l’idéologie est un mélange de nationalisme afro et de religion.

    Malcom X en a été l’un des parangons. « Mustafa Meléndez venait tous les trois mois enseigner à quelques convertis le pouvoir des Noirs, tout ce qui se passait aux Etats-Unis, comment la nation noire allait s'étendre. Il était très radical. Le père de mon épouse était à fond dans ce mouvement. Moi, j’étais catholique, j’avais toujours voulu être prêtre. Et je me suis converti pour être avec ma femme », sourit Munir Valencia.

    Cheikh Munir Valencia, guide spirituel de la communauté musulmane chiite de Buenaventura en Colombie au sein de l'école musulmane de la ville. RFI/Sarah Nabli

    Encore jeune homme à l’époque, il a soif de savoir et veut s’éloigner d’un discours trop identitaire. Il scrute le Coran et décide de partir étudier à Buenos Aires, en Argentine, puis en l'an 2000, il remporte une bourse pour l’université de théologie de Qom en Iran, « là où sont formés tous les grands guides spirituels chiites », précise-t-il.

    Il y restera dix ans avec sa femme. « On m'a donné une maison pour vivre avec ma femme. J'avais les meilleures conditions pour apprendre. J'ai été le premier guide spirituel en Amérique latine diplômé d'Iran ».

    Une majorité de convertis et quelques abandons

    A son retour, la communauté musulmane lui ouvre les bras et l'incite à en devenir le guide spirituel. Au total, 70 fidèles fréquentent la mosquée. S'il est souriant et d'humeur blagueuse, le regard de Cheikh Munir Valencia devient sérieux, tout comme le discours lorsqu'il s'agit de conversion à l'islam. « Quand certains Colombiens ont commencé à voir réellement ce que signifie l'islam : que l'on ne peut pas boire d’alcool, sortir faire la fête, ne pas avoir des femmes mais une épouse. Là, cela a été plus dur pour eux de se convertir. Mais je suis radical là-dessus ».

    Originaire d'une famille catholique, Sarah Montaño s’est justement convertie après la rencontre avec son mari. Elle doit régulièrement expliquer aux Colombiens les spécificités de sa religion. « Cela fait 18 ans et il y a toujours des gens qui me disent : "Pourquoi vous vous habillez comme ça, avec le voile. Il fait super chaud ici". Je leur dis que c'est mon problème. Je me sens bien comme ça ».

    Le Cheikh Munir Valencia souhaite un islam ouvert et tolérant à Buenaventura. A l'image de son parcours marqué par l'apprentissage, il souhaite étendre ses relations avec les villes voisines. Des séminaires sur le Coran et ses fondements sont effectués régulièrement dans la mosquée. En cette fin juin, ce sont des fidèles de Cali, l'une des plus grosses villes de Colombie, qui ont fait le déplacement pour veiller le 28e jour de ramadan.

    Pour aller plus loin :

    → L'étude du Pew Research Center sur le nombre de musulmans en Colombie

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