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    [Entretien] Vingt ans de théâtre d'outre-mer au Festival d’Avignon

    media Greg Germain et Marie-Pierre Bousquet devant la Chapelle du Verbe incarné. TOMA, Avignon

    La Chapelle du Verbe Incarné qui accueille depuis deux décennies les troupes de théâtre d’outre-mer, est devenu un lieu incontournable du festival dit « off » d’Avignon. La vingtième édition du Théâtre d’outre-mer en Avignon (TOMA) qui se tient du 7 au 30 juillet, propose cette année deux spectacles de danse, un spectacle musical et deux de théâtre. A l’occasion de cette date anniversaire commémorée le 20 juillet, RFI a interrogé son fondateur Greg Germain sur l'histoire de cette salle de théâtre pas comme les autres, les imaginaires d’outre-mer et leur réception en France. Entretien.

    On ne présente plus Greg Germain… L’homme s’est fait connaître dans les années 1970 en jouant dans les 36 épisodes de la série télé « Médecins de nuit ». Ce comédien guadeloupéen est aussi metteur en scène, directeur de théâtre et la voix française des acteurs américains noirs les plus connus, de Denzel Washington à Sidney Poitier, en passant par Will Smith et quelques autres qu’il double régulièrement.

    Soucieux de promouvoir auprès du public métropolitain les réalisations des artistes d’outre-mer, il a fondé en 1997 l’association TOMA (Théâtre d'outre-mer en Avignon) dont il accueille depuis vingt ans les manifestations à la Chapelle du Verbe Incarné dans le cadre du Festival d’Avignon.

    RFI : C’est avec Patrick Chamoiseau à vos côtés que vous avez fêté ce 20 juillet le vingtième anniversaire du TOMA. Qu’est-ce que le TOMA ?

    Greg Germain : Le TOMA est une association des théâtres d’outre-mer que j’ai créée avec Marie-Pierre Bousquet il y a vingt ans pour faire découvrir au public du Festival d’Avignon les richesses et l’originalité de ces théâtres. C’était une démarche à la fois esthétique et politique dont l’origine se trouve dans ma prise de conscience en tant que comédien et metteur en scène des Antilles de l’absence des imaginaires ultramarins dans les salles de théâtre en France. Les scènes sont blanches alors que la France n’est pas que blanche. J’ai toujours pensé que c’était dommage que ce pays s’ampute de la plus grande partie d’elle-même sur le plan de la géographie, alors que les théâtres ultramarins sont d’une grande richesse. C’est pour remédier à ce manque que j’ai fondé le TOMA.

    Cette aventure a commencé il y a vingt ans à Avignon, plus précisément dans les bureaux de la maire d’Avignon de l’époque, Marie-Josée Roig. Souvenez-vous encore de ce que vous êtes dits pendant ce rendez-vous ?

    Oui, comme si c’était hier. C’était en 1997, un an avant le cent-cinquantenaire de l’abolition de l’esclavage dans les anciennes colonies françaises. J’ai demandé à madame la maire comment elle comptait célébrer cette date dans sa ville. Elle était un peu surprise par mon interpellation et m’a rappelé que l’esclavage avait concerné les villes portuaires telles que La Rochelle, Nantes, Bordeaux et pas Avignon. Je me souviens de lui avoir répliqué que toutes les villes de France et de Navarre avaient bénéficié de ce commerce triangulaire aussi tragique que juteux et que la commémoration de sa fin était une chance historique pour renouveler et élargir l’offre du Festival d’Avignon en y faisant venir les théâtres des territoires d’Outre-mer. Je lui ai dit que c'étaient des théâtres souvent singuliers, puissants et novateurs, comme l’œuvre d’un Aimé Césaire en peut attester.

    C’est donc Aimé Césaire qui a remporté la conviction de l’édile ?

    Le public d'habitués fait la queue devant la porte de la Chapelle du Verbé Incarné, à Avignon. TOMA

    Je crois que ce discours a plu à Marie-Josée Roig qui était une maire visionnaire. Elle s’est engagée en me proposant ce lieu absolument magnifique qu’est la Chapelle du Verbe Incarné pour accueillir les troupes d’outre-mer. C’était un bâtiment désaffecté, qui avait fait partie du couvent de l’ordre du Verbe incarné fondé par une religieuse française à l’époque de la Contre-Réforme, au XVIIe siècle. La façade de l’édifice où nous sommes installés est inscrite dans la liste des monuments historiques. De gros travaux ont dû être faits pour transformer la chapelle en une salle de spectacle viable, où le TOMA a accueilli sa première représentation théâtrale en 1998. Nous avons gardé le nom du lieu car il correspondait bien à notre projet d’incarner le verbe ultramarin, trop longtemps tu sur le territoire français. J’ajouterais que le cheminement de ce lieu construit à l’époque du Code noir est, pour moi, un formidable pied de nez à son concepteur, monsieur Colbert.

    Qu’est-ce qui distingue les théâtres d’outre-mer des théâtres français ou européens ?

    On peut parler sans doute de « théâtre total » en citant le grand homme de théâtre caribéen, aujourd’hui disparu, Derek Walcott. Alors que les théâtres européens sont basés pour l’essentiel sur le texte, le théâtre ultramarin que j’accueille à la Chapelle du Verbe Incarné se caractérise par sa manière de mêler tous les genres, de la musique à la danse en passant par le chant, le cirque, la lutte et bien sûr le texte parlé. Dans les théâtres d’outre-mer, on chante, on joue de la musique, on parle. C’est la vie dans toute sa multidisciplinarité. Ce qui explique que ce que nous montons à Avignon est à la fois singulier et divers.

    Quels ont été les moments les plus forts de ces vingt années ?

    Il y en a eu beaucoup. Je ne vais pas pouvoir vous citer tous les titres de spectacle qui ont mobilisé le public avignonnais. Chaque année, nous accueillons un ou deux spectacles qui font salle comble à chaque séance, au point qu’on est obligé de refuser du monde. C’est le cas de Jaz cette année. C’est du théâtre musical adapté de l’œuvre du Franco-Ivoirien Koffi Kwahulé et admirablement portée sur la très talentueuse comédienne Ludmilla Dabo. Mais je vais vous confier un secret : j'ai connu ma plus grande émotion de directeur de théâtre à Avignon quand j’ai vu, en 1998, le premier spectateur venir attendre devant la salle de la Chapelle du Verbe Incarné pour que les portes s’ouvrent. J’étais vraiment heureux.

    Quel bilan faites-vous de cette expérience ?

    Avignon 2017. Bousculade devant la porte de la Chapelle de Verbe incarné. TOMA / Avignon

    Je peux vous répondre en citant le dossier de presse que nous avons préparé, que vingt ans de TOMA, c’est 152 spectacles présentés dont 109 pièces de théâtre, 2 880 représentations jouées sur les planches de la Chapelle du Verbe Incarné, près de 165 000 spectateurs accueillis, 94 212 fous rires, et ainsi de suite. Mais ce qui me satisfait le plus, c’est de voir à la suite de l’expérience inédite du TOMA que de plus en plus de troupes d’outre-mer viennent investir les salles de théâtre d’Avignon. Elles étaient 16 cette année, 17 l’année dernière, alors qu’il y avait zéro troupe d’outre-mer quand nous avons commencé en 1998. Il y a eu un réel élan.

    A l’orée de cette nouvelle décennie qui s’ouvre pour le TOMA, quelle nouvelle orientation souhaitez-vous donner à cette expérience ?

    Les projets ne manquent pas : se doter d’un studio de radio, installer un centre de ressources pour l’outre-mer, avec la possibilité de résidence et d’ateliers pour des acteurs et des professionnels tout au long de l’année.

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