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    Hebdo

    [Chronique] Comment la démocratie s'est imposée au Nigeria

    media Un Nigérian brandit un drapeau aux couleurs du parti au pouvoir, le All Progressive Congress, le 29 mai 2017 à l'occasion du Democracy Day, à Owerri, dans le sud-est du Nigeria. AFP/Stefan Heunis

    Depuis près de vingt ans, le Nigeria a dit adieu aux régimes militaires. Cette avancée est en grande partie due au sacrifice de Moshood Abiola, le vainqueur de la présidentielle de juin 1993.

    La démocratie dans le pays le plus peuplé d'Afrique : une évidence pour beaucoup désormais. Chaque année, le 29 mai les Nigérians célèbrent « Democracy Day », un jour férié et l'une des commémorations les plus importantes du pays. Officiellement, le retour à la démocratie a eu lieu en 1999, avec l'élection du président Olusegun Obasanjo. Depuis lors, plus aucun coup d'Etat n'a eu lieu. Il est vrai que l'actuel président, Muhammadu Buhari, est un haut gradé de l'armée, ce qui refroidit sans doute bien des ardeurs putschistes.

    Olusegun Obasanjo, qui a effectué deux mandats consécutifs de 1999 à 2007, est lui-même un général. On l'aura compris, il est plus facile pour les militaires de rendre le pouvoir à l'un des leurs. Au lendemain de la mort du dictateur Sani Abacha en juin 1998, Abdulsalami Abubakar, chargé de la transition démocratique, était aussi un général.

    Même si les militaires occupent toujours le haut du pavé, il n'en reste pas moins que le Nigeria est désormais considéré comme une démocratie. Lors de l'élection d'avril 2015, le président sortant Goodluck Jonathan a rapidement reconnu sa défaite, alors qu'en d'autres temps pas si éloignés, il aurait pu être tenté de proclamer sa victoire.

    Le sacrifice de Moshood Abiola

    Chaque année à l'occasion de l'anniversaire de l'élection avortée du 12 juin 1993, les Nigérians célèbrent aussi Moshood Abiola. Sa figure est peu connue hors du pays, mais pour beaucoup de Nigérians Abiola est un héros : l'homme dont le sacrifice a rendu la démocratie possible.

    Moshood Abiola est l'un des personnages les plus flamboyants de l'histoire nigériane. Milliardaire, il était à la tête de l'un des groupes médiatiques les plus puissants du Nigeria. Le quotidien The Concord était son porte-étendard. Il possédait également une compagnie aérienne et des intérêts dans presque tous les secteurs d'activités du pays.

    Lorsque le dictateur Ibrahim Babangida avait organisé au début de la décennie 1990 une transition démocratique, Moshood Abiola s'était présenté à l'élection présidentielle du 12 juin 1993. Il l'avait emporté selon toute évidence. Les observateurs internationaux mobilisés pour l'occasion avaient jugé qu'il s'agissait du scrutin le plus libre et transparent de l'histoire du pays.

    Mais les militaires ont refusé de quitter le pouvoir et n'ont pas accepté de publier les résultats du scrutin. Ils ont d'abord institué un régime de transition. Puis le général Sani Abacha s'est proclamé chef de l'Etat en novembre 1993.

    Tout le monde s'attendait à ce que le richissime Moshood Abiola renonce à sa victoire et qu'il trouve un terrain d'entente avec la junte en échange d'un gros chèque. Mais Moshood Abiola a continué à réclamer son dû et la société civile s'est mobilisée en sa faveur.

    Des manifestations et des grèves ont ensuite été organisées dans tout le Nigeria, notamment dans le sud, Moshood Abiola étant originaire du pays yorouba. Il s'est autoproclamé président à Lagos, la capitale économique, en 1994. Le régime de Sani Abacha l'a alors arrêté.

    Mort le jour de sa libération

    Les grèves, notamment dans le secteur pétrolier, ont paralysé le pays. Sani Abacha a décidé de répondre à la colère populaire par une répression féroce. Des manifestants ont été tués par centaines. Des opposants au régime et des journalistes ont été assassinés. Ainsi le célèbre écrivain et militant des droits de l'homme, Ken Saro Wiwa a-t-il été pendu le 10 novembre 1995.

    Même Wolé Soyinka, le premier prix Nobel africain, a été condamné à mort en 1994 et n'a dû son salut qu'à l'exil. Pendant son séjour forcé à l'étranger, le régime d'Abacha a envoyé des tueurs pour l'éliminer. Kudirat Abiola, l'épouse de Moshood Abiola, a elle été assassinée en 1996 après qu'elle a proclamé son soutien à son mari.

    Le règne de la terreur a duré jusqu'au 8 juin 1998, date à laquelle Sani Abacha est mort, sans doute empoisonné. Peu de temps après, Moshood Abiola décédait en prison dans des circonstances non élucidées le 7 juillet 1998, le jour où il devait être libéré. Des proches de Sani Abacha ont affirmé qu'il avait été battu à mort ce jour-là. Aucun résultat d'autopsie n'a été rendu public.

    Depuis lors, Moshood Abiola est devenu un héros et le symbole de la lutte acharnée pour la démocratie. Dans sa région d'origine, on ne compte plus les monuments et les avenues à son nom. « Nous sommes bien conscients que sans son combat acharné, nous n'aurions jamais pu instaurer la démocratie au Nigeria », souligne John Olayebi, haut fonctionnaire à Abeokuta, la ville natale de Moshood Abiola.

    Kleptocratie

    Sa lutte a permis de mettre en lumière la nature profonde du régime de Sani Abacha. Jusqu'alors, les précédents régimes militaires avaient toujours été soucieux d'apparaître comme l'émanation de la volonté du peuple. Les assassinats d'opposants restaient peu nombreux et s'opéraient dans la plus grande discrétion. Mais le règne de Sani Abacha était ouvertement un régime de terreur. Le dictateur aux lunettes noires ne faisait rien pour donner l'impression d'être un homme sympathique.

    Ses prédécesseurs tentaient aussi d'apparaître comme soucieux de la bonne gestion des deniers de l'Etat. Ils justifiaient leur prise de pouvoir par la gabegie dont ils accusaient les régimes civils d'être responsables. Difficile d'utiliser pareil argument pour Sani Abacha. A lui seul, ce dictateur a détourné une dizaine de milliards de dollars. Une grande partie de sa fortune s'est retrouvée dans des comptes en banque suisses. Son régime avait tout d'une kleptocratie.

    A cela s'ajoute la mort tragique de celui que les Nigérians avaient choisi pour gouverner pendant cette période. Moshood Abiola avait un profil fédérateur, originaire du sud mais musulman. Il pouvait séduire tout à la fois l'électorat du sud et celui du nord musulman. « L'acharnement de Sani Abacha l'a empêché d'accéder au pouvoir, estime Ola Akindele, universitaire à Abeokuta. Mais au final, Moshood Abiola a tout de même triomphé ». Il ajoute : « Si le Nigeria est aujourd'hui une démocratie, c'est en grande partie grâce à son sacrifice. Les Nigérians ne sont pas prêts d'oublier Moshood Abiola ».

    → (Re)lire les autres Histoires nigérianes

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