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    [Livre] «Et le monde parlera français», plaidoyer décomplexé pour la Francophonie

    media La République de Madagascar « fière » d'acueilir le sommet de la Francophonie. Photo du 24 novembre 2016. GIANLUIGI GUERCIA / AFP

    Dans le monde, 130 millions de personnes sont francophones, pour la moitié d'entre elles en Afrique. Dans quarante ans, elles pourraient être cinq fois plus nombreuses, selon les prévisions les plus élevées. La planète entière parlera-t-elle un jour français ? Non, assurent Marie-Laure Poletti et Roger Pilhion, qui travaillent depuis des années à l’enseignement du français à l’étranger. Il n’empêche : après avoir dressé un portrait exhaustif de la francophonie dans le monde, ils appellent à la promouvoir, notamment en Europe et en Afrique.

    Dès le départ, les auteurs l’assurent, leur titre « …Et le monde parlera français n’est évidemment pas à lire au premier degré. » Pour Marie-Laure Poletti et Roger Pilhion, « quels que soient l’ambition et le volontarisme de nos propositions, elles n’impliquent ni impérialisme ni arrogance. » Avant les propositions vient toutefois l’observation de la situation du français dans le monde.

    Le français est la deuxième langue étrangère la plus enseignée de la planète. Avec l’anglais, elle est la seule langue dont il existe des locuteurs natifs sur tous les continents. Selon les méthodes de calcul et les populations considérées comme francophones, le français occupe entre la cinquième et la neuvième place des langues les plus parlées. Les auteurs se rangent plutôt derrière cette seconde hypothèse : « Si l’on s’en tient aux francophones réels utilisant la langue quotidiennement comme langue maternelle et seconde, le chiffre de 130 millions apparaît comme une estimation crédible et situerait le français au neuvième rang des langues les plus parlées comme langue maternelle ou seconde. »

    Une priorité : l’enseignement

    Marie-Laure Poletti et Roger Pilhion travaillent tous les deux auprès du Centre international d’études pédagogiques (CIEP), opérateur public en charge de l’international pour le ministère de l’Education nationale français. C’est peu dire que l’éducation est un sujet qui leur tient à cœur. Ils demandent une consolidation de l’aide, notamment financière, aux programmes visant à apprendre le français à l’étranger – qu’il s’agisse d’un réseau d’association, comme les Alliances françaises, ou des systèmes d’enseignement du français dans les autres pays.

    Les professeurs de français à l’étranger seraient trop souvent mal rémunérés. Et alors même que « le français est le combat de leur vie », « beaucoup se sentent peu soutenus, voire abandonnés par la France ». Reprenant un rapport du député socialiste des Français de l’étranger Pouria Amirshahi (La Francophonie, action culturelle, éducative et économique), les auteurs affirment que « l’avenir du français passe par la formation de ses professeurs. » Ce qui ne les empêche pas de reconnaître que « nombre des 49 millions d’élèves de français langue étrangère ne dépasseront jamais le niveau élémentaire de grands débutants. »

    ► Réécoutez sur RFI le député Pouria Amirshahi à propos de la question francophone (2014)

    Saluant le travail de l’agence universitaire de la Francophonie (AUF), la plus importante association d’universités au monde, Marie-Laure Poletti et Roger Pilhion appellent à un développement des plateformes numériques pour apprendre le français. Il s’agit aussi, selon eux, de développer les certifications, pour garantir un apprentissage de qualité du français auprès de centres qui ne dépendent pas directement de l’Education nationale française. Avec le test de compréhension du français (TEF, géré par le CIEP, 112 000 candidats en 2015), et le test d’évaluation du français (TEF, géré par la Chambre de commerce et d’industrie de Paris-Île-de-France, 39 000 candidats en 2015), la France est seconde sur le marché des certifications des langues.

    Les auteurs ne s’en cachent pas, le public à cibler en priorité sont les élites de la mondialisation : fonctionnaires internationaux, cadres d’entreprises françaises à l’étranger, « sans oublier des personnalités francophiles du monde de la politique, des affaires, des médias, de la culture, des arts, des sciences…, en relation avec la France et les pays francophones que les ambassades sont généralement en mesure d’identifier ».

    Pourquoi promouvoir le français ?

    La question n’est clairement posée qu’en titre du quatrième chapitre – le livre en compte huit. Dès 1883, l’Alliance française l’écrivait dans son premier bulletin : « Les fondateurs de l’Alliance française ont pensé qu’ils pourraient travailler utilement au maintien et à l’extension de l’influence de la France par la propagation de sa langue. » Plus loin, les auteurs confirment que la « politique d’influence » mise officiellement en place par l’ancien ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius est une concurrence au « soft power » américain.

    Déplorant la confusion entre mondialisation et américanisation de la planète, les auteurs s’attaquent à tous les francophones qui font le choix de l’anglais : les milieux économiques, au prétexte que l’anglais est la langue des affaires ; les universitaires, qui voient dans l’usage de cette langue un impératif pour être publié ; les médias, qui « amplifient l’américanisation de la société ».

    « On négocie mieux dans la langue de son interlocuteur », rétorquent en substance Marie-Laure Poletti et Roger Pilhion, pour qui l’usage du français n’exclut pas l’apprentissage d’autres langues. Toutefois, l’intérêt est de créer un espace francophone et de faciliter les échanges, puisqu’il est prouvé que l’on commerce plus avec les pays qui partagent notre langue. Selon les auteurs, les scientifiques francophones natifs qui renoncent à publier en français dévaluent les publications scientifiques dans cette langue. La promotion du français serait donc un enjeu économique et scientifique.

    A cela s’ajoute l’intérêt du développement d’un marché culturel francophone, et surtout français : la France est le deuxième pays exportateur de films au monde, et les biens culturels qu’elle produit (livres, musiques, jeux vidéo) s’exportent plus facilement auprès des locuteurs francophones.

    L’Europe, l’Afrique et le français

    Tout au long de l’ouvrage, les auteurs martèlent que le français est une nécessité pour contrecarrer l'activisme anglo-saxon. Que pour assurer le plurilinguisme, il faut refuser l’hégémonie de l’anglais, et qu’aucune langue n’est mieux placée pour ce faire que le français. Les auteurs souscrivent à la thèse du journaliste Jean Quatremer, spécialiste de l’Europe auprès du quotidien Libération, qui « ne peu[t] [s]’empêcher d’établir un lien entre le monolinguisme qui règne désormais à Bruxelles, la pensée unique [ultralibérale] européenne et la montée de l’euroscepticisme. »

    Marie-Laure Poletti et Roger Pilhion critiquent avec véhémence les fonctionnaires francophones des organisations internationales qui renoncent à leur langue. Le français est une langue de travail au sein de l’Union européenne, de l’ONU, mais les écarts entre les textes et les pratiques diplomatiques sont grands, et l’anglais est souvent privilégié, ce qui suscite un déclassement des fonctionnaires francophones au profit des anglophones. Il en va de même au sein du Comité international olympique (CIO), où le français est une langue de travail, ce qui n'a pas empêché Paris de choisir un slogan en anglais pour défendre sa candidature à l'organisation des Jeux olympiques.

    Cette prévalence de la langue de Shakespeare n’est pas dénuée d’ironie pour ce qui concerne l'Europe, puisqu’avec le Brexit, les seuls anglophones natifs de l’UE seront les Irlandais, soit à peu près 1% de la population de l’Union (environ 430 millions de personnes hors Royaume-Uni). Or les Irlandais eux-mêmes ont fait le choix du gaélique comme langue de communication dans l'UE. L'anglais perdre donc son officialité dans les instances européennes dès que le Royaume-Uni les quittera.

    ► Retrouvez la page consacrée à la francophonie sur le site de RFI Savoirs

    Les auteurs constatent que si le nombre d’apprenants a diminué de 8% en Europe entre 2010 et 2014, l’enseignement du français progresse en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, du fait notamment de la croissance démographique de ces zones géographiques. Anticipant les reproches de prosélytisme francophone en Afrique, ils écrivent : « Héritage de la colonisation, le français est devenu une langue africaine à part entière. Il n’est plus aujourd’hui cet instrument d’oppression et d’aliénation qu’il a pu incarner. Il est, au contraire, une des langues de communication régionale indispensable aux échanges, et une langue de l’ouverture internationale dont l’Afrique a besoin pour son développement. N’en déplaise à certains intellectuels africains qui se plaisent parfois à le présenter comme un instrument au service d’intérêts néocoloniaux, le français est devenu, plus de cinquante ans après les indépendances, facteur de modernité et de progrès pour l’ensemble du continent africain […] »

    Le propos peut faire débat, mais les auteurs sont convaincus que pour lutter contre l’anglophonie galopante – l’anglais pourrait compter 3 milliards de locuteurs d’ici quelques dizaines d’années – la priorité pour étendre la francophonie est bien l’Afrique, ainsi que le Proche-Orient. Ce qui ne signifie pas pour autant qu’il faut abandonner le combat de la francophonie en Europe.

    « L’élite française est indifférente au combat de la francophonie »

    Citant l’ancien Premier ministre français Lionel Jospin, qui s’exprimait en 2000 devant la Fédération internationale des professeurs de français, les auteurs écrivent que « toute situation hégémonique [celle de l’anglais en l’occurrence] appelle à la recherche de contre-pouvoirs, et l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) en est, d’une certaine manière l’incarnation. »

    L’OIF justement, sorte de « petite ONU », « Commonwealth à la française », selon Leopold Sedar-Senghor, a fort à faire dans la promotion de la langue, mais elle manque de moyens. Les auteurs appellent les Etats membres à donner plus à l’organisation. Ils sont actuellement 84 Etats et gouvernements (dont 26 observateurs et une majorité de non-francophones), soit plus d’un tiers des pays du monde.

    Au fil des chapitres ou dans les annexes (qui représentent la moitié de l’ouvrage), on trouve des descriptions par le menu des politiques linguistiques et éducatives de presque tous les pays en ce qui concerne le français. Le livre est un outil précieux pour s’y retrouver dans la jungle des institutions, des associations, et des administrations, notamment françaises, mais plus largement francophones, chargées de promouvoir le français dans le monde. Dans leurs recommandations, les auteurs appellent à une meilleure coordination de ces acteurs, pour améliorer leur visibilité et leur efficacité.

    ► Tous les 20 mars se déroule la journée internationale de la Francophonie

    Considérant la Francophonie comme un espace d’échanges culturels et comme un support pour le partage de valeurs (démocratie, libertés et autres grands principes des Lumières), Marie-Laure Poletti et Roger Pilhion distribuent les bons et les mauvais points. Les risques d’affaiblissement de la Francophonie, qu’ils déplorent, sont d’abord le fait d’un manque de volonté politique : c’est l’objet du huitième chapitre.

    Couverture du livre «... et le monde parlera français», de Marie-Laure Poletti et Roger Pilhion iggybook

    De concert avec l’ancien secrétaire général de l’OIF Abdou Diouf, ils se désolent de cette « impression que l’élite française est indifférente au combat de la Francophonie ». En ligne de mire notamment, le ministère des Affaires étrangères français, qui n’aurait pas accordé assez de moyens à l’expansion du français dans le monde. Preuve que la critique de la Francophonie trouve ses racines dans celle de la politique extérieure française. De là à penser que les intérêts francophones dans le monde sont peut-être avant tout ceux de la France, il n’y a qu’un pas.

    ...Et le monde parlera français, Roger Pilhion et Maire-Laure Poletti, 2017, éditions iggybook, 445 pages, 18 euros au format papier, 4,99 euros au format numérique.

    RFI/Fabien Leboucq

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