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    [Chronique] Nigeria: Nollywood, les secrets d'une usine à rêve

    media Les films nigérians de Nollywood connaissent un immense succès sur le continent africain. KAMBOU SIA / AFP

    Le cinéma nigérian s'exporte partout sur le continent et au sein de la diaspora. Un succès qui s’explique en partie par la mise en scène de femmes africaines riches et émancipées qui font fantasmer de nombreuses téléspectatrices.

    Pourquoi les films nigérians connaissent-ils un tel succès en Afrique francophone ? La réponse la plus communément admise est que les Africains sont heureux de voir des images issues de leur continent. Ils auraient fini par se lasser des histoires concoctées en Amérique latine ou en Inde, parce qu'elles ne leur parlaient pas suffisamment. « Les Africains veulent voir des images produites en Afrique. Des images issues de l'imaginaire africain », estime Kunle Afolayan, l'un des réalisateurs nigérians les plus en vue.

    Le succès est spectaculaire. Nollywood TV, une chaîne spécialisée dans la diffusion de films nigérians doublés en français est l'une des plus regardées en Afrique francophone, notamment à Abidjan, la capitale économique de la Côte d'Ivoire.

    Même en Europe, cette chaîne rencontre un grand succès parmi la diaspora issue d'Afrique francophone. Pourquoi ces films plutôt que d'autres ? Après tout, les Nigérians ne sont pas les seuls à produire des images en Afrique. De longue date, le Burkina Faso a produit des séries qui se sont exportées dans toute l'Afrique francophone. Certains Africains francophones sur le continent noir, en Amérique du Nord ou en Europe passent la plus grande partie de leurs journées de repos les yeux rivés sur ces films. Quelle est l'origine de cet étonnant succès ?

    Pour élucider ce mystère, rien de mieux que de donner la parole à une écrivaine nigériane. Dans son dernier roman, Americanah, Chimamanda Ngozi Adichie relate la vie d'Ifemelu, jeune Nigériane exilée aux Etats-Unis. Ifemelu présente bien des points communs avec elle. On peut imaginer que la première scène du roman ait été inspirée par la vie de Chimamanda Ngozi Adichie.

    Le Hollywood nigérian

    Ifemelu se rend dans un salon de coiffure tenu par des Maliennes et des Sénégalaises. Elle est toute surprise de découvrir que le fait de venir du pays qui produit les films de Nollywood lui confère un grand prestige. Comme beaucoup d'intellectuels nigérians, Ifemelu n'est pas une grande consommatrice de films de Nollywood. Elle a même tendance à un peu les mépriser.

    La coiffeuse Aisha montre à Ifemelu une pile de DVD sur la table. Elle dit : « Avant, il y avait trop de vaudou dans les films de Nollywood. C'était mal. Maintenant, les films nigérians sont très bien. Il y a plein de grandes et belles maisons ».

    Ifemelu reconnaît qu'elle pensait peu aux films de Nollywood en raison de leurs intrigues improbables, mais elle « hoche la tête en signe d'assentiment, parce que le fait de voir associés les mots " Nigeria " et " bien " était un luxe, même si ce compliment venait, note-t-elle, de cette étrange Sénégalaise ».

    Auteur intuitif, Chimamanda Ngozi Adichie a percé l'un des secrets de l'industrie du cinéma nigérian. Le nom de Nollywood n'a pas été choisi au hasard. Il a d'ailleurs été donné par un journaliste américain à cette industrie qui a vu le jour il y a une vingtaine d'années à Lagos, la capitale économique du Nigeria. Tout comme son Hollywood, Nollywood se veut avant tout une usine à rêves, notamment pour les femmes qui sont de loin les principales consommatrices de ce cinéma.

    Le film Fifties, sorti en 2016, illustre à la perfection la démarche de Nollywood. Des Lagotiennes à qui tout réussit dans la vie découvrent qu'à cinquante ans passés, elles sont toujours aussi séduisantes et que de jeunes hommes tombent éperdument amoureux d'elles. Ce film a remporté un grand succès en salles, l'essentiel de l'audience était composé de femmes.

    La ville de Lagos est magnifiée

    Pendant toute la durée du film, les héroïnes passent de villas magnifiques à des bureaux superbes où elles exercent un grand pouvoir. Elles boivent du champagne, du vin raffiné, portent des habits de marque et de jeunes hommes se disputent leur faveur. Même la ville de Lagos est magnifiée. Presque toutes les scènes extérieures sont tournées de nuit, afin de cacher les salissures de la ville. Le pont de Lekki, un bel ouvrage flambant neuf, est filmé tellement souvent que l'on en vient à se demander s'il ne s'agit pas d'un film qui lui est consacré.

    Le scénario de Fifties est des plus minces, mais ce film qui sublime Lagos et ses businesswomen se laisse regarder. Il ne s'agit pas d'une exception, dans les productions de Nollywood, les femmes d'affaires dynamiques et sexy sont devenues une figure imposée. Tout leur sourit. Même dans les pires situations.

    Ainsi dans Dazzling Mirage (éblouissant mirage) de Tunde Kelani, l'un des vétérans du cinéma nigérian, l'héroïne, une jeune cadre dynamique, souffre d'une très grave maladie incurable qui perturbe son travail et son rendement. En apprenant cette nouvelle, le premier réflexe de son patron est de la licencier. Mais il change d'avis, impressionné par son courage. Au lieu de se séparer d'elle, le boss décide de l'épouser et lui accorde une promotion. Un scénario très peu réaliste, mais qui a rencontré un vif succès auprès du public.

    Les femmes ont pris le pouvoir

    Dans les films de Nollywood, les femmes possèdent d'importants pouvoirs. Non seulement dans les entreprises, mais elles peuvent aussi mettre à la porte du domicile familial les maris infidèles. Elles peuvent aussi refuser un don d'organe à leur mère mourante en prétextant que « consacrer du temps à ce genre de chose ne serait pas bon pour leur carrière ! ».

    Même les séries se mettent à cette mode du « girl power ». Dans le feuilleton Husbands of Lagos (Epoux de Lagos), les femmes mènent le bal. Elles se permettent même de remettre à leur place leurs belles-mères qu'elles jugent trop présentes dans la vie de la famille. Réelles ou imaginaires, ces Lagotiennes émancipées et effrontées font rêver plus d'une Africaine qui a ainsi un peu le sentiment de vivre une vie de rêve par procuration.

    La vie de ces riches Lagotiennes émancipées fait fantasmer

    Bien des Africaines le reconnaissent volontiers, qu'elles soient sur le continent ou dans la diaspora, elles ont des vies difficiles (70 % des Nigérians vivent avec moins de 2 dollars par jour). La vie des riches Lagotiennes les fait fantasmer. Elles sont stupéfaites par la taille et le luxe des villas vues dans les films. Il en va de même pour bien des Africaines isolées en Europe ou en Amérique. Loin de leur famille, parfois sans papiers, elles sont contraintes à exercer le plus souvent des petits boulots mal payés et peu considérés. Des conditions de vie précaire, avec souvent comme seul moyen d'évasion, les films, notamment nigérians.

    « En France, je vis dans des conditions vraiment difficiles et précaires. Mon appartement est tout petit. Je suis peu considérée dans mon travail. J'ai besoin de m'évader grâce au cinéma », explique Binta, une Malienne vivant à Paris depuis près de dix ans. Elle ajoute : « Cela fait du bien de se dire qu'il y a un endroit dans le monde où les femmes africaines peuvent vivre une vie de rêve. J'ai besoin de ça pour tenir le coup, même si cela reste du cinéma ».

    → (Re)lire les autres Histoires nigérianes

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