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    Paraguay: Alba Duarte et Brigido Bogado, poètes des luttes indigènes

    media Alba Eiragi Duarte et Brigido Bogado réunis pendant la fête du livre d’Asunción. RFI/Tony Robin

    Respectivement issus des peuples Ava et Mbya-Guarani, Alba Eiragi Duarte et Brigido Bogado sont les deux premiers indigènes à siéger à la Société des écrivains du Paraguay, équivalent local de l'Académie française. « Une avancée énorme » pour le vice-président de l’Institution Marcos Ibañez, « dans un pays où la majorité des gens considèrent encore les indigènes comme des animaux ou des êtres humains sans âme ni faculté de penser ».

    Après Brigido Bogado, premier indigène admis à la Société des écrivains du Paraguay (SEP) en 2012, Alba Eiragi Duarte est devenue la première femme issue des peuples autochtones à y faire son entrée en février dernier. « Quand le président de l’Institution m’a appelée pour me faire part de mon élection à la SEP, j’ai cru à une blague, confesse-t-elle. Les Blancs nous ont tellement mentis. »

    Fille d’une mère Ava-Guarani et d’un père Aché vendu cinq fois comme esclave pendant la dictature de Stroessner (1954-89), Alba Eiragi Duarte met en poèmes la cosmovision indigène et les violences subies par les peuples autochtones au Paraguay. « A travers mon écriture, raconte l’écrivaine, j’aimerais pouvoir sensibiliser les Occidentaux à notre culture et à nos luttes, leur montrer qu’on a beaucoup de choses à leur transmettre nous aussi, même si au départ, mes écrits n’étaient qu’une longue lettre d’au revoir destinée à ma fille Dora. »

    La mort de la deuxième fille d’Alba Eiragi marque en effet le début de son action militante dans un pays où les droits des indigènes sont bafoués en permanence, et marquera plus tard le début de sa trajectoire d’écrivaine. Admise pour une simple coupure au centre de soins de Curuguaty, dans l’est rural du Paraguay, sa fille Dora est décédée à l’âge de 20 ans. « Ils ont tué ma fille en ne lui envoyant qu’un stagiaire qui ne savait même pas coudre une plaie, reprend l’écrivaine, car elle était femme, pauvre et indigène. J’ai compris à ce moment-là que nos vies ne valaient rien pour eux. »

    « Vivre au milieu des Blancs, leur montrer qu’on a le niveau pour débattre avec eux »

    Après un an d’errance « pour faire le deuil », l’institutrice Alba Eiragi et son mari quittent leur communauté rurale afin de rejoindre les indigènes guaranis établis à Asunción, la capitale : « Vivre au milieu des Blancs, leur montrer qu’on a le niveau pour débattre avec eux, être sur place pour aller crier directement notre rage à la face des dirigeants du pays, c’était la seule manière d’essayer de changer les choses ».

    Auteure de plusieurs recueils de poèmes, documentariste, Alba Eiragi Duarte est devenue un personnage incontournable de la lutte des droits indigènes au Paraguay. Elle se concentre actuellement à l’écriture de manuels scolaires. Des ouvrages inédits car en trois langues : guarani et espagnol, les deux langues officielles du Paraguay, et jopara, un dialecte émanant du mélange de l’espagnol et du guarani. L’écrivaine reviendra ensuite à la poésie avec « un livre dédié à la lutte globale que mènent les indigènes pour une vie digne ».

    Alba Eiragi Duarte durant une lecture publique de son œuvre avec le vice-président de la Société des écrivains du Paraguay, Marcos Ibañez. RFI/Tony Robin

    Grand artisan de l’entrée d’Alba Eiragi et de Brigido Bogado à la Société des écrivains paraguayens, l’écrivain et cinéaste Marcos Ibañez assure que l’institution dont il est le vice-président va « continuer à intégrer les meilleurs écrivains indigènes jusqu’à ce que ce soit vu comme quelque chose de normal et non plus d’exceptionnel, en espérant que cette intégration se fasse dans d’autres domaines de la société paraguayenne ».

    Entré à la SEP en 2012, le Mbya-Guarani Brigido Bogado sera pour toujours le grand précurseur de cette ouverture. Arraché à ses parents à l’âge de 2 ans par des soldats pendant la dictature de Stroessner (1954-89), élevé parmi les Blancs, il décide de revenir vivre au sein de sa communauté originelle à l’âge de 27 ans.

    Des terres ancestrales convoitées par les grands propriétaires terriens

    Après avoir étudié la sociologie et la théologie, il espère alors « devenir un grand leader religieux indigène ». Mais les choses se ne passent pas comme il l’entend. « Malgré ma couleur de peau, j’étais un Blanc parmi les indigènes », poursuit-il. Un matin, les gens de la communauté l’emmènent sur la route qui symbolise pour eux la frontière entre le monde indigène et le monde occidental. « Ils m’ont demandé de choisir. J’ai choisi leur côté. Ils m’ont alors dit qu’il fallait que j’apprenne à écouter, à entendre, qu’il fallait que j’arrête de vouloir assener mes vérités ».

    Brigido Bogado n’a plus jamais quitté sa communauté, où il assure les cours à l’école primaire. Du moins, les jours où ses élèves peuvent se rendre en classe. Les 425 derniers hectares de terres ancestrales qu’a réussi à conserver la communauté sur les 60 000 originels sont en effet convoités par les milices armées à la solde des grands propriétaires terriens. Réussir à écrire plusieurs recueils de poèmes dans un tel environnement est un véritable exploit. « J’écris car les Occidentaux ont besoin de comprendre cette vision du monde indigène et de l’intégrer à leur propre vision pour vivre dans un monde meilleur », raconte le professeur et poète.

    Prochainement, un collectif d’indigènes Nivaclé et un groupe d’Ayoreos devraient faire leur entrée comme résidents à la Société des écrivains du Paraguay. Ils viennent en effet d’éditer les premiers dictionnaires Nivaclé-espagnol et Ayoreo-espagnol.

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