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    [Chronique] Au Nigeria, les femmes tiennent le haut du pavé

    media Sur une place de marché au Nigeria. Getty Images/Compass Odyssey

    Au Nigeria, les femmes ont acquis un réel pouvoir dans les sphères culturelles, politiques et économiques. Un pouvoir qu'elles défendent avec ardeur.

    L'une des plus grandes surprises qui attend les nouveaux venus à Lagos, c'est le pouvoir des femmes. « Avant de débarquer au Nigeria, nous imaginons que nous allons rencontrer des femmes soumises, des Africaines qui acceptent sans broncher de subir la loi des hommes, note Aïcha Ndiaye, femme d'affaires sénégalaise, installée dans la capitale économique du Nigeria. Mais à Lagos les femmes savent se faire entendre, il suffit de quelques heures dans la ville pour s'en rendre compte ».

    Au sein de la Fédération, l'Etat de Lagos est celui où les femmes effectuent les scolarités les plus longues. En moyenne, elles restent au-delà de l'âge de 20 ans dans le cursus universitaire. Dans certains Etats du nord du Nigeria, les jeunes filles passent en général moins d'un an à l'école.

    Au sein de la bourgeoisie lagotienne par ailleurs, les mariages ont lieu de plus en plus tard et les femmes n'hésitent plus à demander le divorce. « Les Lagotiennes ont l'Occident pour modèle, estime Gina Dowie, une expatriée américaine. Chrétiennes ou musulmanes, elles portent des habits sexy et affichent parfois des décolletés profonds qui seraient considérés comme trop osés dans bien des capitales occidentales ».

    Bien souvent formées aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, les Lagotiennes éduquées refusent de subir le joug des hommes. Elles revendiquent les mêmes libertés que les Nigérians, notamment dans le domaine sexuel. Les femmes cougars ou se revendiquant comme telles sont nombreuses.

    En témoigne le succès récent en salles de Fifties. Ce film raconte l'histoire de quinquagénaires glamour découvrant qu'elles ont conservé un grand pouvoir de séduction chez les hommes jeunes, tout particulièrement ceux qui sont en mal d'argent.

    Chimamanda Ngozi Adichie, modèle féministe

    L'écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie constitue l'un des modèles des jeunes femmes émancipées. Elle est en tout cas leur porte-étendard. Elle représente à leurs yeux un nouveau symbole du féminisme africain qui assume son identité et n'essaie pas forcément de copier les modèles occidentaux. Formée aux Etats-Unis, l'auteure d'Americanah (Gallimard, 2015) continue à vivre une grande partie de l'année à Lagos.

    Son manifeste féministe, Chère Ijeawele, un manifeste pour une éducation féministe (Gallimard, mars 2017) a reçu un large écho à Lagos et dans le reste du pays. Bien des jeunes filles se reconnaissent dans les valeurs professées par l'écrivaine, celles de jeunes femmes éduquées qui revendiquent davantage de pouvoir et de droits dans la société nigériane.

    Les femmes occupent d'ores et déjà une place très importante dans de très nombreux secteurs d'activités. Outre Chimamanda Ngozi Adichie, âgée de moins de quarante ans, la nouvelle scène littéraire nigériane est dominée par des dizaines de jeunes femmes. Leur vision de la société s'est exportée partout dans le monde et leurs œuvres sont traduites dans des dizaines de langues.

    Les romans de Chimamanda Ngozi Adichie se vendent à des millions d'exemplaires. Ceux de ses « soeurs de plume » connaissent également un grand succès. Leur succès littéraire a contribué à changer l'image du Nigeria et des femmes nigérianes. « Grâce à elles, beaucoup d'Occidentaux ont découvert que le Nigeria, ce n'était pas uniquement Boko Haram et les filles de Chibok qu'ils ont enlevées, estime Samantha Ayorinde, une enseignante anglo-nigériane. Elles contribuent à donner une image plus moderne et plus attractive du Nigeria ».

    Au cinéma, les femmes jouent également un rôle majeur. Les plus grandes stars de Nollywood, l'industrie du cinéma nigérian, sont les actrices qui drainent tant de monde derrière les écrans de télévision et de smartphones ou dans les salles obscures. De Rita Dominic à Genevieve Nnaji en passant par Omoni Oboli, ces vedettes sont suivies par des dizaines de millions de Nigérians sur les réseaux sociaux. Et les grandes comédiennes sont très souvent devenues réalisatrices.

    L'une des productrices en vogue à Nollywood, Mo Abudu, est à l'origine de The Wedding Party, « la noce » en français, le plus grand succès commercial de l'industrie du cinéma au Nigeria. Quelques semaines après sa sortie, en décembre 2016, cette comédie sociale avait déjà rapporté de près de deux millions de dollars. Un record pour le pays.

    « Oprah Winfrey » africaine

    Mo Abudu est par ailleurs la productrice de Fifties et d'un Desperate Housewives , la série américaine, à la mode de Lagos. Elle a fondé la chaîne de télévision EbonyLife dont elle est propriétaire. Cette animatrice de talk-shows à succès est souvent présentée comme la Oprah Winfrey de l'Afrique. Sa réussite n'est pas isolée. Elle reconnaît bien volontiers « qu'à Lagos, les femmes ont toute leur chance et qu'elles ne sont exclues d'aucun domaine d'activité ».

    La capitale économique du Nigeria compte des dizaines de milliers de femmes chefs d'entreprises. Les cadres dirigeantes sont présentes dans tous les secteurs d'activités, de la banque en passant par les télécoms et le pétrole. L'une d'entre elles, Folorunsho Alakija, possède d'ailleurs l'une des plus grandes fortunes du continent.

    Native de Lagos, elle a fait fortune dans le secteur pétrolier. Elle a depuis diversifié ses activités, en investissant notamment dans la mode. Sa fortune est estimée à plus de 3 milliards de dollars, ce qui fait d'elle l'une des femmes noires les plus riches du monde avec l'Américaine Oprah Winfrey.

    « Sa place est en cuisine »

    Même en politique, les femmes ne sont pas en reste. Sous le règne du président Goodluck Jonathan, au pouvoir jusqu'en mai 2014, la politique économique du pays était très largement déterminée par la très influente ministre des Finances Ngozi Okonjo Iweala.

    Formée à Harvard, cette dernière avait par ailleurs été candidate à la présidence de la Banque mondiale. Depuis l'élection du président Muhamadu Buhari en 2014, ce ministère clé est dirigé par une femme. Aujourd'hui, il s'agit de Kemi Adeosun, qui a longtemps exercé ses talents financiers en Grande-Bretagne.

    Certes, tout le monde ne voit pas forcément d'un bon œil l'incursion de toutes les femmes dans le monde politique. Lorsque son épouse, Aisha Buhari, a fait publiquement un commentaire politique, le président nigérian lui a rappelé sèchement que, selon lui, « sa place était à la cuisine ». Ce rappel à l'ordre prononcé lors d'une conférence de presse commune avec Angela Merkel en octobre dernier n'a pas contribué à renforcer l'image de progressisme du chef de l'Etat nigérian.

    Tout président qu'il est, Buhari s'est immédiatement attiré les foudres des réseaux sociaux. « Les féministes de Lagos et du reste du Nigeria ont voulu le rappeler à l'ordre », explique Biola Awolowo, enseignante à Lagos. Elle ajoute : « Les Nigérianes ont ainsi montré qu'elles ne laisseraient personne revenir sur des droits chèrement acquis. Elles n'ont peur de rien. Pas même d'un président ».

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