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    Anna Hope, espoir montant des lettres britanniques

    media Anna Hope est l'auteur de deux romans et la star montante des lettres britanniques. Francesca Mantovani/Gallimard

    En l’espace de deux romans, la Britannique Anna Hope s’est imposée comme l’une des voix majeures de la littérature contemporaine d’outre-Manche. Diplômée d’Oxford et profondément influencée par les récits modernistes à la Virginia Woolf, elle a choisi de donner la parole aux sans-voix de l’Histoire, privilégiant les marginaux aux héros. Son dernier roman, La salle de bal, raconte une histoire d’amour poignante entre deux patients d’un asile psychiatrique.

    La salle de bal (1) est le nouveau roman de la Britannique Anna Hope. De passage à Paris pour la promotion de son livre qui paraît ces jours-ci en traduction française chez Gallimard, elle a raconté comment au début des années 2010, en faisant des recherches sur Internet pour son premier roman Le Chagrin des vivants (2) qui l’a fait connaître, elle est tombée par hasard sur la photographie de cette magnifique salle de bal de l’époque victorienne au cœur de son second roman.

    Une salle de bal aussi magnifique que mystérieuse car celle-ci faisait partie d’un établissement psychiatrique où étaient enfermés des malades mentaux au début du siècle dernier. L’asile situé dans les landes de Yorkshire et construit pour accueillir « des faibles d’esprits et des pauvres chroniques », était mieux connu pour sa brutalité envers ses patients que pour son inventivité récréative. Que vient faire alors la « salle de bal » dans cette galère ? Sa raison d’être tout comme les événements dramatiques qui se sont déroulés dans le Menston Asylum – rebaptisé Sharston pour les besoins de la fiction – constituent les principaux ingrédients du nouveau roman de Hope.

    « Il se trouve que l’un de mes ancêtres avait été enfermé dans cet établissement et il y est mort dans des circonstances tragiques, se souvient la romancière. Mais quand j’ai vu l’image de cette salle de bal sur l’écran, le contraste entre sa magnificence et la noirceur de la vie des hommes et femmes prisonniers des quatre murs de l’asile m’a sauté à la figure. Cette salle si belle et majestueuse, où hommes et femmes séparés pendant la semaine dans deux ailes différentes du manoir selon la tradition ségrégationniste de l’hôpital, se retrouvaient tous les vendredis soir pour écouter de la musique et danser, suggérait la possibilité du bonheur, aussi fragile et éphémère qu’il fût. C’est ce bonheur fugace que j’ai tenté de capter dans mon roman. »

    Fusion du réel et de la fiction

    Ce  bonheur fugace, John Mullarkey l’a sans doute connu. Arrière-arrière grand-père d’Anna Hope, il fut patient de l’asile de Yorkshire à partir de 1909. Il y est mort en 1918 à l’âge de cinquante-six ans. Migrant d’origine irlandaise, l’homme était venu en Angleterre à la recherche du travail. Selon les registres de l’hôpital que l’écrivain a pu consulter, il souffrait de dépression liée à l’anxiété de perdre son emploi. A l’époque de son admission, il était « très émacié et mal nourri » et ne s’en remettra jamais. Le roman lui est dédié.

    « Mon roman n’est pas pour autant une biographie de mon ancêtre, prévient Hope. C’est une œuvre de fiction qui ne se veut en aucun cas une représentation fidèle de la vie ni des événements au Menston Asylum. » La romancière s’est inspirée du destin tragique de son arrière-arrière-grand-père pour construire le personnage de son héros John, amoureux de la belle Ella. Le duo au centre de l’intrigue du récit se découvre pendant les fameuses séances de danse de vendredi.

    John envoie des mots doux à sa dulcinée qui, ne sachant ni lire ni écrire, est réduite à les faire déchiffrer par une amie compatissante. « Dès que j’ai vu la photo de la salle de bal, se souvient Hope, je savais qu’il fallait que j’écrive une histoire d’amour, une histoire d’amour semée d’embûches et d’interdits. Et comme vous pouvez l’imaginer, les obstacles ne manqueront pas au manoir de Menston, géré alors par une équipe de médecins peu progressistes. »

    La force des fictions d’Anna Hope réside justement dans cette interpénétration de la réalité historique et de l’imagination, dans la plus pure tradition britannique du récit historique, de Walter Scott à Ken Follett, en passant par Shakespeare dont les drames historiques s’appuient autant sur l’invention que le réel pour dire les quatre vérités sur le pouvoir, l’ambition démesurée des hommes ou la corruption qui gangrène les sociétés.

    Cette fusion aboutie du réel et de la fiction avait fait le succès du premier roman de Hope Le chagrin des vivants où elle avait entrepris de raconter le retour à la vie des Britanniques après les traumatismes de la Première Guerre mondiale, présentés du point de vue des femmes.

    De Doctor Who à Virginia Woolf

    Cet art de la narration qu’elle pratique avec tant de brio, Anna Hope l’a peut-être appris dans les cours de création littéraire qu’elle a suivis avant d’embrasser définitivement la carrière d’écrivain. Définitivement, car dans une première vie, la jeune femme née en 1974 s’était laissé tenter par le théâtre et la carrière d’actrice. Diplômée de la prestigieuse Académie royale d’art dramatique de Londres, elle a tenté sa chance dix années durant sur les plateaux du théâtre et de la télévision.

    Elle a interprété des rôles majeurs dans une adaptation de Crime et Châtiment ainsi que dans la série culte de la télévision britannique, Doctor Who, mais le déclic n’a pas eu lieu. « J’en avais marre de répéter, aime-t-elle dire, les mots des autres en tant qu’actrice et d’écumer des castings pour être choisie. Il y a une libération dans l’écriture que je n’ai pas trouvée en face de la caméra. »

    Frustrée par le théâtre, elle a replongé dans les notes de ses premières années universitaires, même si elle n’avait pas gardé un souvenir très plaisant de l’enseignement « très canonique » de la littérature dispensé à Oxford où elle avait étudié. Elle regrette de ne pas y avoir appris grand-chose sur la littérature contemporaine et en particulier sur l’écriture féminine. « A l’exception de Virginia Woolf » qui lui servira de modèle « pour sa manière de rester au plus près des consciences pour saisir leur vérité. Et surtout pour son souci de faire entendre la voix des petites gens en marge de l’histoire, qui n’intéressent pas beaucoup les éditeurs grand public, toujours à l’affût du marché. »

    « Peut-être la plus importante leçon que j’ai apprise à Oxford, explique Hope, c’est qu’on n’écrit pas pour plaire à un marché, mais à vos lecteurs. Au marché, on achète des légumes, alors que les lecteurs lisent nos livres. »

    Les subalternes

    Des leçons dont l'aspirante romancière s’est inspirée lorsqu’elle s’est elle-même lancée dans l’écriture de romans, choisissant soigneusement son personnel romanesque parmi les petites gens, les subalternes réduits au silence. D’où sans doute la parole donnée dans son premier roman consacré à la Première Guerre mondiale aux femmes, dont les désirs et les craintes ont rarement trouvé place dans les livres d’histoire de l’époque.

    Elle va plus loin dans La salle de bal où l’empathie dont elle témoigne à l’égard des aliénés enfermés à Yorkshire se double de la condamnation de l’idéologie eugéniste au nom de laquelle la classe dirigeante du début du siècle dernier faisait enfermer « les faibles d’esprit et les pauvres chroniques » et séparait hommes et femmes pour les empêcher de se reproduire.

    « Il était intéressant pour moi de découvrir, poursuit la romancière, que l’eugénisme était né en Angleterre et pas dans l’Allemagne fasciste, comme je le croyais, et que l’un des fervents défenseurs de cette idéologie n’était autre que notre héros national Sir Winston Churchill. » En sa qualité de ministre de l’Intérieur à l’époque, le héros de la Seconde Guerre mondiale n’était pas en effet étranger à la promulgation de la loi sur la déficience mentale en 1913, permettant l’enfermement et l’humiliation des « faibles d’esprit », faute de pouvoir les stériliser, comme le proposait les initiateurs de la législation.

    Cœur à gauche sans être militante, Anna Hope voit dans la politique des Tories au pouvoir à Londres, «  la poursuite de la tendance anti-sociale de la droite conservatrice anglaise  ». «  Nous vivons aujourd’hui, ajoute-t-elle, les conséquences des choix idéologiques faits par Margaret Thatcher pour qui la gestion de la pauvreté relevait des associations humanitaires et pas de l’action gouvernementale  ». Elle appelle de tous ses vœux le retour de l’Etat-Providence pour que d’autres enfants issus comme elle des couches peu privilégiées de la société puissent aller à l’université et que les pauvres puissent se faire soigner dans les hôpitaux de Sa Majesté, sans devoir perdre le contrôle de leur vie et de leurs choix, comme les protagonistes de son nouveau roman.

    Comme tout grand roman historique, ce nouveau roman de la Britannique raconte le passé pour éclairer le présent. A la fois roman d’amour, récit historique et politique, La salle de bal confirme le prodigieux talent littéraire d’Anna Hope que son premier roman laissait déjà entrevoir.


    (1) La salle de bal, par Anna Hope. Traduit de l’anglais par Elodie Leplat. Editions Gallimard, 400 pages, 20 euros.

    (2) Le chagrin des vivants, par Anna Hope. Traduit de l’anglais par Elodie Leplat. Editions Gallimard, 384 pages, 23 euros.

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