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    Musique: le streaming de demain sera-t-il plus équitable?

    media A qui profite le stream ? Getty Images/Chicago Tribune/Contributeur

    Ça y est, le streaming a dépassé les ventes physiques de musique. Spotify, leader incontesté du secteur, vient de franchir les 60 millions d’abonnés et prépare son entrée en Bourse. Seul bémol : les artistes touchent un maigre pourcentage des revenus générés – surtout les indépendants. A l’ombre des géants, une poignée de start-ups et projets non commerciaux s’attellent donc à leur donner plus de pouvoir. Et d’argent...

    Depuis quelques années, le streaming est la poule aux disques d’or. Il a embelli la santé économique du secteur musical, fragile depuis le début des années 2000, et s’est imposé comme le canal majoritaire d’écoute, dépassant pour la première fois les ventes de CD et vinyles au premier semestre 2017, selon le Syndicat national de l’édition phonographique (Snep). Même le visionnaire Elon Musk, veut créer son propre service de musique en streaming pour équiper ses voitures semi-autonomes Tesla, c’est dire.

    Il y a pourtant une ombre à ce tableau : beaucoup d’artistes ne reçoivent qu'une très petite part des revenus générés sur ces plateformes. Dans un graphique réalisé par le site de data-visualisation Information is Beautiful, on voit qu'un artiste signé par un label ne reçoit, en moyenne, que 0,0044 dollar par écoute sur Spotify, et guère plus sur Deezer (0,0064) ou sur Apple Music (0,0073). Seuls Tidal, le service lancé par le rappeur Jay-Z, et Napster semblent payer un peu mieux les artistes (respectivement 0,0125 et 0,0190 dollar par écoute). « Spotify, c’est vicieux, car la rémunération n’est pas la même pour tout le monde », dénonce Celiman Mmadi, cofondateur de la start-up française WavLive, une plateforme de streaming et de téléchargement qui se veut plus équitable. Selon Information is Beautiful, un artiste indépendant ne gagne en effet que 0,0038 dollar par écoute sur Spotify.

    Un service pour ceux qui font tout dans leur chambre

    Le secteur du streaming semble connaître un tournant majeur dans son histoire : alors que Spotify vient de dépasser les 60 millions d‘abonnés et prépare le terrain pour entrer en Bourse, de nouveaux services sont prêts à concurrencer le modèle par abonnement mensuel. Pensé « pour tous ceux qui font tout dans leur chambre : enregistrer, mixer, diffuser, etc. », WavLive est de ceux-là. Lancé discrètement en 2012 par deux habitués du monde de la musique urbaine, Celiman Mmadi et Pierre Martin, WavLive n’est officiellement disponible que depuis mars 2017, après que ses fondateurs ont « décidé de s’entourer d’autres personnes du milieu qui préfèrent rester dans l’ombre », confie Celiman Mmadi.

    Cette start-up basée à Paris propose deux types de contenus : la musique en téléchargement, dont les revenus sont versés entièrement aux artistes, et un streaming entièrement gratuit, financé par la publicité. « On arrive à être à peu près au même prix que Spotify », revendique Celiman Mmadi et annonce aujourd’hui à RFI une rémunération de « 4 000 euros pour un million de vues », soit entre 0,002 et 0,003 par vue.

    « Dès qu’on veut mettre sa musique sur les sites de téléchargement, comme iTunes, il faut passer par un agrégateur, qu’il faut payer ou qui prend un pourcentage sur les ventes, se plaint Celiman Mmadi. C’est compliqué, l’agrégateur fait payer chaque modification. Nous, on a simplifié au maximum. » Sur WavLive, c’est l’artiste qui choisit son mode de diffusion (streaming et/ou téléchargement) et son mode de paiement. Il peut se créer une fiche-artiste, a accès à ses statistiques et aux commentaires des fans. Mais l’option la plus intéressante est le «split», qui permet à plusieurs personnes ayant travaillé sur un morceau de se mettre d’accord à l’avance sur une répartition équitable des revenus générés.

    Sur son site web, WavLive assure une rémunération en 48 heures. « Sur les plateformes classiques, des artistes m’ont confié qu’ils avaient attendu six mois avant d’être payés, révèle le cofondateur. Bien sûr, si tu es connu ou que tu bosses avec un label, tu n’attends pas aussi longtemps, mais tu ne reçois pas l’argent en 48 heures non plus. »

    « Ecouter pour posséder »

    Sous des airs de joyeux luron, Peter Harris est encore plus irrité par le monde du streaming : « Au début, quand Apple a lancé son service de streaming, l’entreprise prévoyait de ne pas payer les artistes lorsque les consommateurs écoutaient leur musique gratuitement. Taylor Swift a réussi à changer cette politique mais seulement parce que c'est une superstar ! S'il elle n'avait rien dit, il y aurait des dizaines d'artistes qui souffriraient d'un tel modèle et ils n'auraient aucun pouvoir. » Aujourd’hui, contrairement à Spotify ou Deezer, Apple Music fonctionne sur un modèle 100 % payant.

    Mais Peter Harris n’en est pas calmé pour autant. A coup d’articles sur la plateforme Medium, il dénonce ce qui ne va pas dans le monde du streaming. Et il a, semble-t-il, trouvé le coupable : le modèle d’abonnement mensuel. Après avoir fouillé toute la littérature sur les défauts des services de streaming existants, avoir lu les plaintes d’artistes comme Thom Yorke, Portishead ou Taylor Swift, Eurêka! : « J'écoutais toujours les deux mêmes albums sur Spotify quand, un jour, j'ai eu une révélation : en réalité, je louais ces albums, je ne les possédais pas. J'ai pensé : "Je devrais pouvoir les posséder à force de les écouter." Je savais aussi que les artistes ne gagnaient que des centimes, même en les écoutant de nombreuses fois, donc je me suis dit : "Mon argent n'est même pas distribué aux artistes." C'est là que le "stream to own" est apparu. »

    « Ecouter pour posséder », c’est le credo de son entreprise collaborative, Resonate. Basé à Berlin, ce service se présente sous la forme d’une application web et fonctionne grâce aux micro-paiements de ses contributeurs. Après s’être créé un compte, l’utilisateur doit le créditer de 5 euros minimum. Il commence dans ce que Peter Harris et Resonate appellent la « phase de découverte » : chaque première écoute ne coûte que quelques centimes, à raison d’une centaine de chansons écoutées pour 2 à 3 euros. « Chaque fois que vous réécoutez une chanson, le prix double », explique Peter Harris. Jusqu’à cinq écoutes, les prix sont « très abordables », poursuit-il, puis, à partir de la sixième, on entre dans la « phase fan » et les prix commencent à devenir plus conséquents. « Il est donc très simple de découvrir de nouvelles musiques à bas coût, et ensuite, quand vous tombez amoureux de l'œuvre de quelqu'un, vous payez un peu plus car vous voulez plus de chansons de cet artiste. Vous voulez le soutenir », défend le créateur de Resonate.

    Pour le moment, l'interface de Resonate sert surtout à expliquer le projet et son fonctionnement. Resonate

    D’où vient le terme « posséder » la musique, alors ? C’est simple : après la neuvième écoute d’une chanson, vous pouvez l’écouter gratuitement pour toujours. Resonate ne propose pas encore la possibilité de télécharger une chanson, mais l’option devrait être disponible « dans les prochains mois », assure Peter Harris. Pour en savoir plus sur le modèle de micro-paiement, Resonate propose une explication détaillée ici (en anglais).

    Contrôler son œuvre, même après publication

    Mat Dryhurst, qui collabore avec la compositrice américaine Holly Herndon sur des projets musicaux et artistiques, a eu une idée originale : créer un petit logiciel d’auto-hébergement de vidéos, appelé Saga, qui permettrait aux artistes de contrôler le contenu de leurs œuvres même lorsqu’elles sont publiées sur d’autres sites et, surtout, même après publication. « Vous êtes en mesure de changer le contenu de votre œuvre, de l’augmenter, de demander de l’argent ou tout autre action, même après l’avoir publiée sur une autre plateforme, explique Mat Dryhurst. Cela vous donne un moyen de réagir, de manière positive comme négative, à l’utilisation que l’on fait de votre travail – un site qui ajoute de la pub sans vous rémunérer par exemple – sans avoir à supprimer complètement votre œuvre. »

    Ce petit outil donne ainsi la possibilité à un artiste de voir, sur un tableau de bord, l’activité de chacune de ses vidéos sur chacun des sites où elle a été publiée : nombre de clics, durée de visionnage, etc. Pratique. Mais, admet Mat Dryhurst, « il y a aussi une perspective idéologique dans ma démarche. Je veux dire : "C’est possible, je l’ai fait." » Seul problème : « On ne va pas se mentir, c’est encore assez difficile à installer. Il faut savoir coder en MySQL et PHP. J’espère simplifier l’opération rapidement. »

    Parmi les projets innovants mais embryonnaires, beaucoup se penchent sur la décentralisation des données, notamment grâce aux technologies blockchain. Resonate travaille dans ce sens et « devrait faire une annonce à ce sujet très prochainement ». Mais d’autres initiatives sont entièrement destinées à utiliser les technologies blockchain dans la musique, comme la start-up new-yorkaise Ujo Music, qui développe une base de données musicales décentralisée et utilise la blockchain Ethereum pour les achats de musique, ou Dot Blockchain Music, qui veut aider le secteur à se convertir à ces technologies. Même Spotify s’y est mis en avril 2017, en rachetant la start-up dédiée à l’Ethereum, Mediachain Labs.

    Aujourd’hui, Resonate revendique 30 000 écoutes payées, 3 000 membres et environ 4 000 chansons disponibles. Comparés aux plus de 30 millions de morceaux que propose Spotify et à ses 60 000 abonnements mensuels, c’est peu. Mais Peter Harris affirme que la start-up collaborative berlinoise n’en est qu’au tout début, qu’aucune promotion n’a encore été réalisée et que le site « n’en est encore qu’au stade de blog ». En plus de sa refonte et d’une annonce de partenariat estampillé «blockchain», une appli Android devrait bientôt voir le jour. WavLive aussi a de gros projets : début d’une incubation en septembre, appli iOS en construction et levée de fonds prévue pour les semaines à venir.

    Mat Dryhurst, créateur de Saga, regrette le manque de créativité des plateformes musicales – « peu de place accordée aux pochettes d’albums », par exemple. Il partagerait certainement la sentence de Peter Harris : « Spotify finira par être simplement un lieu très banal pour la consommation de masse, pas un endroit où découvrir de nouvelles choses. »

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