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    Hebdo

    [PORTRAIT] Seloua Luste Boulbina, une philosophe à l’écoute des artistes

    media Seloua Luste Boulbina chez elle à Paris. Sabine Cessou/RFI

    Philosophe spécialiste des études post-coloniales, Seloua Luste Boulbina va animer, dans le cadre de la seconde édition de la foire d’art contemporain Also Known As Africa (AKAA), début novembre à Paris, un « focus » sur la Caraïbe française. Cet atelier vise à mieux comprendre ce qui se joue dans l’Outremer en matière d’art contemporain – sur la forme comme sur le fond.

    Née en France, Seloua Luste Boulbina a grandi dans les années 1960 à Alger, la ville de son père, avocat du Front de libération nationale (FLN). Elle est revenue au pays maternel pour étudier, passer une agrégation de philosophie puis enseigner la théorie politique à Science Po Paris, de 1990 à 2005.

    Aujourd’hui directrice de programme au Collège international de philosophie et chercheuse à l'Université Paris-Diderot, elle est spécialiste de la « post-colonie ». Au même titre que ses pairs masculins Achille Mbembe, qui a préfacé son essai sur L'Afrique et ses fantômes, écrire l'après (Présence africaine, 2015), et Edward Saïd, auteur du célèbre essai L'Orientalisme, L’Orient créé par l’Occident (1978), à qui elle rend hommage dans Les Arabes peuvent-ils parler ? (Black Jack Editions, 2011).

    Signe particulier ? Sa passion pour l’art contemporain. Elle lui a été transmise très tôt par un ami de son père, grand collectionneur à Alger. Elle cultive d’autant plus cette fibre que l’effervescence de la scène artistique, en Afrique comme dans les Caraïbes, lui donne du grain à moudre.

    Décoloniser les savoirs

    Elle a, par exemple, organisé un atelier lors de la dernière Biennale de Dakar intitulé « Les artistes parlent aux philosophes », pour renverser les schémas classiques de prise de parole. « Je voulais me mettre en position d’écouter une autre pensée, moins censurée que la réflexion académique », explique-t-elle. Invitée fin 2016 par la Biennale de Sharjah (Emirats arabes unis) à Dakar sur le thème « Vive l’indépendance de l’eau », elle a écrit à cette occasion un texte fort sur la migration.

    « Puisque je travaille sur la décolonisation des savoirs, dans lesquels j’inclus les arts et la littérature, je considère que les artistes et les auteurs ont beaucoup à nous apprendre, dit-elle. Les écrivains d’Afrique ont pris la parole à la première personne du singulier. Ils disent "je", alors que la colonie a été une vaste entreprise de négation des subjectivités. Un phénomène que l’on observe de manière caricaturale chez Camus, dans L’étranger par exemple. L’Algérien, c’est l’Arabe. Il n’a pas de nom et pas de psychologie... »

    Sa présentation des écrits d'Alexis de Tocqueville Sur l'Algérie (Flammarion, 2003) et Sur l’esclavage (Actes Sud, 2008) ainsi que Le Singe de Kafka et autre propos sur la colonie (Sens Public, 2008) l’ont fait connaître des historiens spécialistes de ces questions. De fil en aiguille, elle a été amenée à travailler avec des artistes et participer à l’écriture de catalogues d’expositions pour la Fondation Clément en Martinique, au festival Vibrations Caraïbes ou l’événement « Transphilosophies » qu’elle a organisé en 2016 à l’Institut français (IF) à Alger. « J’y ai invité beaucoup d’artistes et d’écrivains antillais, comme Jean-François Boclé et Julien Creuzet, largement méconnus par rapport aux grands noms que sont Césaire, Glissant et Fanon ».

    Une personnalité libre et sans étiquettes

    Seloua Luste Boulbina s’est heurtée de nombreuses fois au fameux « plafond de verre » - au point de voir disparaître une bourse de thèse promise au major de sa promotion à la Sorbonne, lorsque le major, ce fut elle. Ou encore de recevoir en 2011, par courrier électronique, des insultes obscènes et racistes d’un haut fonctionnaire.

    Cette philosophe engagée le reste, au sens premier du terme, dans l’action concrète. Elle arpente avec joie les galeries et les rues d’Afrique, pour jouer un rôle actif de transmission et de relais. Elle programme entre autres des soirées cinéma à La Colonie, un espace culturel parisien, et aime faire connaître d’autres talents que le sien – comme l’anthropologue gabonais Joseph Tonda, qu’elle cite souvent.

    Invitée en Afrique, au Brésil, aux Etats-Unis et en Chine, elle reste curieusement méconnue en France. Lorsqu’on lui demande pourquoi, sa réponse se fait strictement analytique : « Le débat post-colonial ici concerne quasi exclusivement l’Hexagone et son "immigration" - autrement dit, les "musulmans" et les "Noirs" de France. Sur le plan académique, il n’inclut pas les ex-colonisés ayant vécu dans d’autres pays ni les "ultra-marins", soupçonnés de partialité. On se heurte à une double résistance : ce que j’appelle le "passé du présent", avec la blessure que reste la guerre d’Algérie, un pays qui fut l’une des dernières colonies de peuplement, on l’oublie souvent… Et puis le "présent du passé" dans un Etat qui n’a pas perdu tout son empire colonial. Ce qui rend l’actualité parfois brûlante, comme en Nouvelle-Calédonie… »

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