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    Hebdo

    Derrière l'affaire Saakachvili, la seconde vie des bataillons ukrainiens

    media Des volontaires du bataillon Donbass lors d'une cérémonie près de Kiev, le 23 juin 2014. AFP PHOTO / SERGEI SUPINSKY

    Le dimanche 10 septembre 2017, l'ancien président géorgien  Mikheïl Saakachvili est rentré en Ukraine par la Pologne. Un temps détenteur de la nationalité ukrainienne avant d'être déchu par le président ukrainien Porochenko fin juillet, désormais apatride donc, Saakachvili a gardé nombre de soutiens en Ukraine. Et derrière ce retour en force -  l'ancien gouverneur d'Odessa veut se réinsérer dans la vie politique ukrainienne - se dessinent des affrontements politiques, voire idéologiques, entre différentes factions d’hommes armés, anciens combattants reconvertis en mercenaires.

    De notre correspondant à Kiev

    « Tire ! Vas-y, tire sur moi! A Ilovaïsk, ils ont tiré, et ils ne m’ont pas tué ! »

    La main sur son torse nu, l’homme hurle à la mort contre les garde-frontières. Dans la bousculade, il perd son drapeau rouge et noir, les couleurs des nationalistes ukrainiens. Ce 10 septembre en fin d’après-midi, lui et des centaines d’autres viennent de rompre un barrage militaire, au poste de Shehyny-Medyka, à la frontière avec la Pologne. Dans un vaste mouvement de foule, au son de slogans patriotiques, les militants emportent leur héros du jour, Mikheïl Saakachvili, côté ukrainien. Sous le regard médusé et impuissant des forces de l’ordre.

    → (Re)lire: Ukraine: retour en force de l'opposant apatride Mikheïl Saakachvili

    Ilovaïsk, c’est le nom d’une des principales batailles de la guerre du Donbass, dans l’est de l’Ukraine. En août 2014, elle s’était soldée par une sanglante défaite pour les forces ukrainiennes. A l’instar de ce nationaliste vociférant, beaucoup de ces personnes dépêchées au secours de  Mikheïl Saakachvili ont servi sur le front de l’est. La principale formation représentée ce jour est celle du bataillon Donbass de Semen Sementchenko. Le retour de  Mikheïl Saakachvili, revenu en Ukraine pour contester la déchéance de sa citoyenneté ukrainienne par le président Petro Porochenko, est un des nouveaux épisodes de la seconde vie des bataillons de volontaires de l’est.

    Les bras armés d'intérêts privés

    Au plus fort des affrontements, entre le printemps 2014 et février 2015, le bataillon Donbass et d’autres formations parallèles aux forces régulières s’étaient illustrés par leur endurance et leur résistance à l’avancée ennemie. Depuis, le conflit a baissé en intensité et les autorités de Kiev ont bridé les bataillons en les attachant aux ministères de la Défense et de l’Intérieur. Les combattants du bataillon Donbass, frustrés et désoeuvrés, ont cherché d’autres terrains d’action.

    Ce 10 septembre, c’est le bataillon qui a assuré la sécurité de Mikheïl Saakachvili pendant son séjour à Lviv, capitale de l’ouest de l’Ukraine. Les hommes ont monté la garde devant son hôtel, et devant le restaurant où il rencontrait le maire de la ville, Andriy Sadoviy. De soldats sur le front de la seule guerre du continent européen à agents de sécurité, l’ironie est cruelle. Pour les hommes de Donbass, elle s’inscrit néanmoins dans la continuité de l’opposition à Petro Porochenko. Le bataillon avait été un des acteurs principaux du blocus des territoires séparatistes en hiver 2017, qui avait résulté en un conflit ouvert avec l’exécutif.

    A travers le bataillon Donbass, c’est Andriy Sadoviy lui-même qui pousse ses pions contre le président. Semen Sementchenko est l'un des principaux députés de son parti Samopomitch - « Auto-Aide ». Le blocus, tout comme le retour en force de  Mikheïl Saakachvili, montre que les combattants d’autrefois ne sont plus que le bras armé des querelles politiciennes qui déchirent le pays.

    Ces derniers mois, le Donbass et d’autres groupes se sont aussi fait remarquer comme défenseurs d’intérêts privés. L’oligarque Ihor Kolomoiskiy a régulièrement recours à d’anciens soldats qu’il avait chaperonnés en 2014 pour défendre ses actifs contre des saisies d’Etat. D’autres formations se voient aussi engagées de manière ad hoc, dans le cadre de « raids corporatifs », à savoir la saisie d’une entreprise par la force. Dans un contexte de guerre de position à l’est, sans perspective d’offensives majeures, les soldats d’hier deviennent ainsi des mercenaires, des armées privées au service du plus offrant.

    Des scissions politiques inter-factions

    Un autre élément révélé par l’affaire Saakachvili, ce 10 septembre, est la scission profonde entre les bataillons de volontaires. Les différences se faisaient déjà sentir à l’époque où une union était nécessaire contre un ennemi commun. Elles s’étalent aujourd’hui au grand jour. Contre les partisans de l’ancien président géorgien étaient déployés, le 10 septembre, des représentants d’autres factions. Iliya Kiva, un ancien du bataillon Azov, réputé proche de mouvances néo-nazies, avait juré d’abattre  Mikheïl Saakachvili. Il n’en a rien fait mais promet de mener une lutte acharnée contre lui, ses sympathisants, et le bataillon Donbass.

    Dans ce cas précis, la posture militante est aussi partie d’un projet politique. Ancien patron du département de lutte anti-drogue, Iliya Kiva est un proche du ministre de l’Intérieur, Arsen Avakov, un ennemi personnel de Mikheïl Saakachvili. « Mirotvorets », une ressource nationaliste en ligne liée au ministre, a aussi emboîté le pas en plaçant le Géorgien sur sa liste de traîtres à la nation ukrainienne. Ioulia Timochenko, ancienne égérie de la révolution orange de 2004, et soutien de Saakachvili le 10 septembre, a aussi rejoint la liste. Ce faisant, c’est bien un affrontement politique, voire idéologique, qui se dessine entre les formations d’hommes armés.

    Déjà avant la Révolution de 2014, l’Ukraine était un des pays d’Europe avec le plus important nombre d’armes par habitant. Des milliers de personnes se sont depuis aguerries au combat. Liés à des intérêts politiciens, ces bataillons restent timorés dans leur recours à la violence. Le risque d’échauffourées entre factions rivales est néanmoins pris au sérieux par de nombreux d’observateurs. Dans l’immédiat, ils représentent un défi conséquent à l’autorité de l’Etat.

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