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    Recherche: la seconde édition des Ateliers de la pensée pose ses jalons à Dakar

    media Achille Mbembe, professeur d'histoire et de sciences politiques à l'université Witwatersrand de Johannesburg. RFI

    Lancés en 2016 par Felwine Sarr, économiste et écrivain sénégalais et par l'historien camerounais Achille Mbembe, les Ateliers de la pensée vont se renouveler lors de leur seconde édition, du 1er au 4 novembre à Dakar, au Sénégal. Les premiers avaient fait un état des lieux de la réflexion en Afrique francophone en 2016 avec une vingtaine de chercheurs et écrivains issus de tous les horizons. Cette fois-ci, ils s’attaquent aux « conditions planétaires et politiques du vivant », avec deux fois plus d’invités, lesquels viennent aussi d’Afrique anglophone et du monde de l’art.

    « Le nouveau siècle s’ouvre sur deux déplacements historiques majeurs. L’Europe ne constitue plus le centre du monde même si elle en est toujours un acteur relativement décisif. L’Afrique, pour sa part - et le Sud de manière générale -, apparaît de plus en plus comme l’un des théâtres privilégiés où risque de se jouer, dans un avenir proche, le devenir de la planète ».

    Ces phrases, dont chacun des mots est pesé et soupesé, sont signées Achille Mbembe et Felwine Sarr. Elles servent à la fois d’ouverture et de manifeste aux actes de la première édition des Ateliers de la pensée, publiés sous le titre Ecrire l’Afrique-Monde en 2017 aux éditions Philippe Rey à Paris et Jimsaan, à Dakar.

    Elles posent les termes d’un débat qui se veut désormais ancré sur le continent, et discuté par les principaux concernés – les Africains et la diaspora, sans exclusive sur l’origine de tous ceux qui « ont en commun d’avoir à cœur l’avenir de l’Afrique ».

    La seconde édition des Ateliers de la pensée va poser de nouveaux jalons. Elle s’élargit à une quarantaine d’écrivains, chercheurs et artistes invités – le double de l’an dernier. Et s’ouvre comme l’avait annoncé Felwine Sarr sur le monde anglophone et l’art contemporain. « Une manière certes subjective mais sensible d’appréhender le monde que l’on doit prendre en compte », dit-il, en partie à cause de son effervescence, en partie à cause des messages critiques, décomplexés et parfois utopiques qu’elle fait passer.

    « Conditions planétaires et politiques du vivant »

    L’intitulé de la seconde édition évoque à première vue un cours de géophysique qui s’attaquerait à la biologie. En réalité, il fait fi des catégories classiques des sciences, pour engager plusieurs discussions. Dense, il va permettre de décliner une vingtaine de sous-thèmes autour de deux grands axes. Les conditions planétaires, tout d’abord, qu’il faut comprendre comme une volonté de repenser les problématiques « locales » ayant des dimensions « globales » à partir d’autres lieux que le seul Occident.

    D’où la première batterie de sous-thèmes prévus : « Décolonialité et circulation des savoirs », « L’universel, le spécifique et l’en-commun », « Figures de la rationalité et ordres du discours », « Féminismes afro-diasporiques ».

    Les « politiques du vivant » portent, elles, sur « l’espace et les relations qui se jouent entre les hommes, sans oublier la nature, en plaçant le vivant au cœur de la réflexion ». Cette proposition s’inscrit dans le droit fil du renouveau proposé les Ateliers de la pensée en 2016, et qui tient à la richesse du concept de « vitalité ». Il reste central dans les pensées et traditions africaines, même s’il a jadis été réduit à de « l’animisme » par le colon et le missionnaire.

    D’où les deux autres séries d’axes thématiques qui seront abordés : « Les fins de l’économie (bien-être, emploi, travail et valeur) », « La force du nombre (enjeux démographiques à l’ère de vieillissement du monde) », « Ordre politique et nouvelles formes de mobilisation collective ».

    Mais aussi « pensée et écritures plastiques », « anthropocène et poltique du vivant (crise écologique, savoirs précoloniaux, philosophies du vivant) », « formes urbaines », « situations minoritaires et politiques de l’émancipation (ethnicité, genre et sexualités) », « création afro-diasporique contemporaine et marchés mondiaux », entre autres.

    Des « sciences humaines » qui ne le sont pas tant que cela

    Comme l’explique Felwine Sarr, qui s’apprête à publier en octobre un nouvel essai d’une quarantaine de pages, Habiter le monde (Editions Mémoires d’Encrier, Montréal), ainsi qu’un recueil de poésie : « Il s’agit de repenser des sciences dites "humaines", en tenant compte des savoirs produits tout au long de l’histoire par les mondes asiatiques, amérindiens et africains, et qui ont permis à des sociétés d’exister. Lorsqu’on évoque les "humanités", on se réfère aux termes du débat tels qu’ils ont été posés par la Grèce antique ou le droit romain. La division des disciplines des sciences humaines a elle aussi une histoire bien singulière, qui fait qu’elles ne sont pas si "humaines" ni ouvertes sur le monde qu’on voudrait bien le croire ».

    Une attention particulière va être donnée à la création contemporaine et à ce que les organisateurs appellent le « roman afro-diasporique du futur ». Des photographes, dramaturges et commissaires d’exposition seront là pour engager un vrai dialogue avec le monde universitaire.

    Parmi les invités figureront des personnalités venues d’Afrique du Sud ou de Grande-Bretagne, comme Ntone Edjabe, fondateur camerounais de la revue panafricaine Chimurenga, basée au Cap, ou la politologue rwandaise Olivia Rutazibwa, de l’Université de Porthsmouth, qui se penche sur la nécessité de repenser l’aide et les questions d’éthique dans la politique étrangère de l’Union européenne (UE) au sud du Sahara.

    Le succès attendu de la seconde édition incite les organisateurs à penser d’ores et déjà la suivante, en 2018, qui vise à s’ouvrir aux penseurs d’Asie et d’Amérique latine. Les Ateliers, qui deviennent à la fois une plateforme de débat ouvert et des ouvrages de référence, n’échapperont pas à leur institutionnalisation.

    Un bureau devra être ouvert et des antennes créées, compte tenu des demandes de labellisation qui sont parvenues aux organisateurs, de Ouagadougou, au Burkina Faso, à Conakry, en Guinée, en passant par Tours, en France. Des demandes de « mini-ateliers » pour les lycéens d’Afrique ont par ailleurs été formulées, auxquels les professeurs Sarr et Mbembe, enthousiastes, se préparent à répondre.

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