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    [Chronique] Nigeria: une jeunesse en mal de reconnaissance

    media Un jeune vend des chaussettes à Lekki, un quartier de Lagos, le 12 septembre 2017 (image d'illustration). REUTERS/Akintunde Akinleye

    Le Nigeria, le pays le plus peuplé d'Afrique, possède une population très jeune. Mais donne-t-il aux plus jeunes les moyens de réussir ?

    193 millions d'habitants en 2017. D'ici à 2020, le « géant de l'Afrique » devrait compter plus de 200 millions d'habitants. Ces derniers chiffres revoyant la population de la Fédération à la hausse ont été publiés cette année par les autorités nigérianes. Les Nations unies estiment qu'en 2050, le Nigeria comptera 400 millions d'habitants. Ce sera alors le troisième pays le plus peuplé du monde, après l'Inde et la Chine.

    Lagos, la capitale économique compte d'ores et déjà 22 millions d'habitants. Près d'un Africain sur quatre est Nigérian. Ces chiffres sont un motif de fierté pour le Nigeria. Ils sont la démonstration de la toute-puissance du « géant de l'Afrique ». Un titan démographique qui se veut aussi « géant économique » depuis que les autorités nigérianes ont annoncé en 2014 que leur pays était la première puissance économique du continent, à la suite d'un nouveau mode de calcul du PIB.

    Pourtant, depuis cette annonce triomphale, la situation économique de la Fédération nigériane s’est dégradée. A la suite de la chute des cours du pétrole en 2014, le Nigeria s'est enfoncé dans la récession. En 2016, son PIB a baissé de 1,7%. En 2017, les organisations internationales prévoient une hausse de l'ordre de 1,5% du PIB. Comme la population nigériane croît de 2% par an, le PIB par habitant va diminuer pour la deuxième année consécutive. Au Nigeria, près de 70% de la population vit avec moins de 2 dollars par jour. Malgré la richesse de leur pays, la grande majorité des Nigérians connaissent des conditions de vie difficiles : ils sont régulièrement privés d'eau et d'électricité.

    62% des Nigérians ont moins de 24 ans

    Le système de santé est en difficulté, tout comme le système éducatif. Les Nigérians qui en ont les moyens éduquent leurs enfants à l'étranger dès le plus jeune âge : souvent à partir de six ans. Les Nigérians aisés se soignent aussi à l'étranger. Même s'il avait dénoncé avant son élection à la présidentielle d'avril 2015, le « tourisme médical », le président Muhammadu Buhari ne fait pas exception à la règle. Il se fait soigner à Londres, faute de bénéficier d'équipements médicaux idoines dans son pays.

    « En soi, la progression rapide du nombre d'habitants au Nigeria est une bonne nouvelle. Mais si la grande majorité de ces jeunes arrivent sur le marché du travail sans un bon niveau d'éducation, ils auront du mal à trouver un emploi. Cette jeunesse peut devenir une bombe à retardement, notamment dans le nord où le système éducatif est particulièrement dégradé », souligne l'universitaire John Okocha.

    70% des Nigérians ont moins de trente ans. 62% ont moins de 24 ans. Parmi les moins de 25 ans, le taux de chômage est supérieur à 60%. Le décalage entre la jeunesse de la population et l'âge des élites politiques est particulièrement grand. Le président Muhammadu Buhari est âgé de 74 ans. Il a déjà dirigé le pays de 1983 à 1985, à une époque où la grande majorité des Nigérians n'étaient pas nés. Ses soucis de santé l'ont empêché pendant plusieurs mois d'exercer ses fonctions de chef de l'Etat, laissant le vice-président Yemi Osinbajo faire office de chef de l'Etat par intérim.

    Les « seniors » s'accrochent plus que jamais à leur pouvoir

    Autre figure essentielle de la gérontocratie nigériane : Olusegun Obasanjo. Il a dirigé le Nigeria de 1976 à 1979, quand il s'agissait d'un régime militaire. Après l'avènement de la démocratie en 1999, il a effectué deux mandats de quatre ans, en tant que président élu au suffrage universel.

    A 80 ans passés, Obasanjo continue à être un faiseur de roi. Il a grandement contribué à l'élection de Buhari, lors de la présidentielle d'avril 2015. Ces ex-dictateurs, devenus des « born again » (nouveau-nés) de la démocratie, ne paraissent nullement désireux de passer le relais à la nouvelle génération. Par ailleurs, Olusegun Obasanjo est très impliqué dans le monde des affaires : il fait partie des soutiens essentiels d'Aliko Dangoté, l'homme le plus riche d'Afrique.

    Dans le domaine culturel également, les « seniors » n'ont pas l'intention de laisser la place. Wolé Soyinka, 83 ans, le premier africain prix Nobel de littérature en 1986, occupe toujours le haut du pavé, il reste omniprésent dans le champ médiatique. Dans le domaine littéraire, il est vrai que la jeune garde a su sortir de l'ombre de Soyinka. Agée de quarante ans, l'écrivaine Chimamanda Ngozi Adichie est lue dans le monde entier. Mais au Nigeria, elle ne possède pas le rayonnement de son aîné, loin de là. Ce sont les Etats-Unis, pays où elle est venue étudier à vingt ans, qui lui ont donné cette stature internationale, et non le Nigeria.

    Les nouvelles générations ont difficilement voix au chapitre

    Ce constat de la faible place faite aux nouvelles générations vaut aussi dans le domaine économique où les hommes d'âge mûr occupent toujours le haut du pavé. La venue en août 2016 de Marc Zuckerberg à Lagos a fait l'effet d'un coup de tonnerre. Les éditorialistes nigérians n'ont pas manqué de rappeler le jeune âge du PDG de Facebook : 33 ans. A l'image de l'écrivain et journaliste Okey Ndibe (auteur notamment du roman Foreign gods inc), ils ont relevé qu'une telle réussite à un aussi jeune âge était difficile au Nigeria. « Non pas faute de talents, mais parce que dans ce pays les jeunes ne sont pas pris au sérieux. Encore aujourd'hui, c'est la parole des aînés qui s'impose », souligne Okey Ndibe.

    Dans le domaine des nouveaux médias, il existe quelques exceptions à cette règle, comme le créateur du site d'investigation Sahara Reporters, le plus en vue des « pure players » nigérians, qui a vu le jour en 2005. Omoyele Sowore, fondateur et patron de ce site est âgé d'à peine 45 ans. Tout de même douze de plus que Mark Zuckerberg. Il ne possède ni la fortune ni l'influence du patron de Facebook, mais lui aussi doit en partie sa carrière à l'Amérique. Militant des droits de l'homme à l'université de Lagos, il s'est installé à New York pour y achever ses études. C'est aux Etats-Unis qu'il a pu créer Sahara Reporters. Ce site internet est en grande partie soutenu financièrement par des fondations américaines.

    Les diplômes ne suffisent pas pour entrer dans l'entreprise

    Après la qualification pour le second tour de la présidentielle d'Emmanuel Macron, Omoyele Sowore a envoyé ce message aux Nigérians sur les réseaux sociaux : « En France, le camp de la droite intriguait pour reprendre le pouvoir au camp de la gauche. Finalement, c'est le camp de la jeunesse qui a mis tout le monde d'accord. Quand est-ce que l'on assistera au même phénomène au Nigeria ? ». Vaste question qui laisse sans voix plus d'un Nigérian.

    Autre source de frustration pour les plus jeunes, au Nigeria, bien souvent les diplômes ne suffisent pas à ouvrir les portes de l'entreprise ou de la fonction publique. Il faut disposer de relations haut placées ou alors recourir à d'autres arguments liés aux atouts physiques. Comme le souligne l'écrivaine Chimamanda Ngozi Adichie, « bien des jeunes femmes sont obligées de coucher avec leurs employeurs ou les clients de leur entreprise pour décrocher ou conserver leur poste ».

    Tous ces travers de la société peuvent entraîner la colère des plus jeunes. « La présence d'une si large jeunesse est une chance pour le Nigeria », estime Joyce Awolowo, enseignante à l'université d'Ife (sud-ouest du Nigeria). Mais elle ajoute : « Si le pays ne se donne pas les moyens de former cette jeunesse et de lui offrir des opportunités, la situation peut devenir explosive ». 

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