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    Les indépendantismes sont-ils solubles dans l’Europe?

    media Un jeune partisane du «oui» à l'indépendance de l'Ecosse en 2014. REUTERS/Paul Hackett

    Alors que la Catalogne tente d’accéder à l’indépendance vis-à-vis de l’Espagne dans une certaine confusion, l’épisode est suivi de près, ailleurs en Europe, par quelques régions qui pourraient elles aussi prendre leurs distances avec leur État central à moyen terme.

    « Ce que m’inspire la question catalane, c’est le fait de l’impossibilité de pouvoir divorcer lorsqu’une région – ce que l’on appelle une généralité en Espagneveut se séparer d’un État ». D’emblée, Franck Buleux, auteur en mai dernier de L’Europe des Peuples face à l’Union européenne (aux éditions l’Æncre), fixe le débat : rien n’est simple lorsqu’il s’agit d’indépendance, a fortiori quand la question se pose dans un pays membre de l’Union européenne. Si le concept de l’indépendance est complexe au sein de l’UE, il n’en demeure pas moins légitime et en aucun cas « choquant » pour cet historien qui veut se placer dans la ligne d’Ernest Renan, ce philosophe français du XIXe siècle pour qui « une nation est constituée d’un passé et d’un avenir », « c’est-à-dire de racines et d’une volonté de continuer ensemble », précise Franck Buleux.

    « On va me répondre qu’il y a le principe de l’intangibilité des frontières , poursuit-il. C’est un principe de droit international mais je me rends compte que ce principe a été largement battu en brèche lors de la décolonisation, puis lors de la fin de l’URSS et enfin lors de l’éclatement des républiques yougoslaves et tchèques ». « Et je me rends compte aussi, s’étonne-t-il, qu’en dehors des processus de décolonisation ou de démantèlement d’un empire ou d’un bloc, ce principe n’est plus tolérable, ou n’est plus toléré ». Pendant que la Catalogne poursuit sa partie d’échecs avec Madrid, deux autres régions du nord de l’Europe observent la situation avec un intérêt soutenu : l’Ecosse et la Flandre, deux cas bien différents certes, mais deux entités qui pourraient, elles aussi, à très court terme, vouloir aspirer à leur émancipation.

    L'Écosse s’interroge

    La Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, attend de voir comment le Brexit se déroule. REUTERS/Russell Cheyne

    Parmi les grandes régions européennes à afficher des désirs d’indépendance, l’Écosse offre la particularité d’être dotée d’un Parlement et même d’un Premier ministre depuis qu’elle a acquis le statut de région semi-autonome en 1999. À l’initiative du Premier ministre d’alors Alex Salmond, et avec l’accord du gouvernement britannique de David Cameron, un référendum consultatif ayant pour question « L’Écosse devrait-elle être un pays indépendant ? » fut soumis en septembre 2014 à la population. Elle le rejeta à 55,3%. « L’échec du référendum de 2014 a quand même permis de montrer que les aspirations indépendantistes des Ecossais n’étaient pas négligeables », argumente Franck Buleux qui souligne que malgré cet échec, le SNP (Scottish National Party) demeure de loin le premier parti écossais avec 63 des 129 sièges dans le Parlement actuel et qu’il est aussi celui de la Première ministre en poste, Nicola Sturgeon.

    Fermement opposée au Brexit, celle-ci a pour l’instant repoussé l’idée d’un deuxième référendum sur l’indépendance, alors qu’on avait un moment annoncé cette consultation pour l’automne 2018. Tout dépendra en fait de la tournure que prendront les négociations sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. « Pour le moment, c’est l’incertitude qui prédomine », admettait Nicola Sturgeon elle-même dans un entretien au Daily Telegraph le 20 septembre dernier. Si un « oui » à l’indépendance l’emportait lors d’un référendum à l’horizon 2019-2020, les séparatistes auraient-ils le soutien de l’Union européenne ? Dans ce cas précis, on est en droit le penser. Contrairement à l’Espagne, qui ferait certainement barrage à une Catalogne indépendante frappant à la porte de l’UE, un Royaume-Uni sorti de l’Union ne pourrait pas opposer son véto à l’entrée d’une Écosse indépendante dans les Vingt-Sept.

    La Flandre y songe

    Bart De Wever, le président de la Nouvelle Alliance flamande, est déterminé à voir une Flandre indépendante. Reuters/Laurent Dubrule

    A l’instar de la Catalogne, la Flandre, elle, a son propre dialecte et ne fait pas mystère de son envie de voler de ses propres ailes, portée par une économie plus prospère que celle de sa sœur belge, la Wallonie. C’est un « petit détail » qui n’échappe pas à l’historien. « Si on ramène la Flandre et la Catalogne, quels sont les points communs ?, interroge Franck Buleux. Ce que je vais dire est peut-être un peu négatif, mais il faut le reconnaître : nous sommes en face de régions très prospères et les détracteurs pourraient parler de ce que j’appelle un certain national-égoïsme. C’est aussi la position de l’Italie du nord par rapport au Mezzogiorno ».

    « Pour la Flandre, poursuit-il, on a assisté à l’émergence d‘un mouvement national flamand, celui de Bart De Wever, le NV-A, qui est arrivé au pouvoir à la fois régional et national, en faisant sauter un certain "cordon sanitaire" qu’il y avait autour de lui et qu’il n’y a plus [le NV-A a souvent été accusé d’accointance avec l’extrême droite et notamment avec le parti Vlaams Belang ; ndlr]. À partir du moment où les tempéraments sont apaisés, un référendum en 2019 est envisageable. Mais après, prévient Franck Buleux, se posera le problème de l’assimilation de Bruxelles-capitale qui est une région à elle toute seule ». Pas simple non plus, le cas flamand.

    Comme évoqué plus haut, l’Italie du nord aspire aussi à plus d’indépendance sans cependant vouloir remettre en cause l’unité italienne. Reste qu’un référendum visant à réclamer plus d’autonomie pour la Lombardie et la Vénétie aura lieu dans deux semaines, précisément le dimanche 22 octobre. Il n’aura toutefois pas les mêmes répercussions qu’en Catalogne. « Ils veulent pousser un peu plus la régionalisation, c’est-à-dire bénéficier de délégations en matière de pouvoirs économiques, au niveau de la fiscalité : les impôts, les contributions, etc. », indique Franck Buleux. « L’Italie du nord, pointe-t-il, est un peu dans la même attitude que la Catalogne ou la Flandre en ce sens qu’ils disent : nous sommes la partie étatique qui contribue le plus, fiscalement parlant, à l’État. Et nous n’en voyons pas toujours un retour ». On croirait presque entendre le fameux « I want my money back » de Margaret Thatcher.

    Cas plus méconnu mais tout autant d’actualité, celui des îles Féroé, cet archipel de 50 000 habitants situé entre l’Écosse et l’Islande mais qui fait partie du Danemark. Autonomes depuis 1948, les Féringiens possèdent déjà un Parlement et sont maîtres de leurs eaux territoriales. Prochaine étape : un référendum visant à leur donner le droit à l’autodétermination par rapport à Copenhague. Il aura lieu le 25 avril 2018, sachant que cet archipel au statut vraiment particulier ne fait pas partie de l’UE, ni de l’espace Schengen et qu’il a encore sa propre monnaie, la couronne féroïenne, qui est à parité fixe avec la couronne danoise.

    La Nouvelle-Calédonie et la Corse aussi

    Le président de l'Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni (d), verrait bien un référendum en Corse dans dix ans. PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP

    C’est loin de défrayer la chronique pour le moment, mais la France elle-même va se trouver confrontée très bientôt aux désirs d’indépendance de l’un de ses territoires : la Nouvelle-Calédonie. Cet archipel du Pacifique sud votera pour son autodétermination en novembre 2018, soit vingt ans après les accords de Nouméa qui avaient mis en œuvre un processus de décolonisation progressive.

    À un peu plus d’un an du vote, l’inquiétude grandit quant à la façon dont va se dérouler cette consultation, un dossier suivi de près par Matignon qui craint qu’un scrutin « outrancièrement binaire, mal préparé, mette le feu aux poudres », selon les mots de l’ancien garde des Sceaux de François Hollande, Jean-Jacques Urvoas. Le Premier ministre Édouard Philippe vient d’ailleurs de nommer son prédécesseur Manuel Valls à la présidence d’une mission sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie.

    Outre le fait qu’il risque d’opposer deux camps aux aspirations diamétralement opposées (les non-indépendantistes seraient pour le moment légèrement en tête dans les sondages), ce type de consultation pose problème à l’historien sur le plan du droit, et plus précisément sur celui de la composition du corps électoral, puisqu’il faut remplir plusieurs conditions, notamment justifier de plus de vingt ans passés sur l’archipel pour avoir accès aux urnes. « Ce qui est très surprenant en Nouvelle-Calédonie, explique Franck Buleux, ce sont les accords de Matignon de 1988, c’est-à-dire le principe de restreindre la consultation électorale à une certaine population. Cela limite quand même un peu les principes démocratiques tels qu’on les connaît aujourd’hui ».

    A plus lointaine échéance se posera aussi peut-être à la République française la question de l’indépendance de la Corse, seule région, hors territoires d’outre-mer, à disposer d’un statut particulier avec une Assemblée territoriale et un statut de collectivité qui, à compter du 1er janvier 2018, remplacera les deux départements Corse-du-Sud et Haute-Corse. Très attentif à ce qu’il se passe en Espagne, le président de l’Assemblée corse Jean-Guy Talamoni a souligné cette semaine « la légitimité incontestable du gouvernement de la Catalogne », tout en concédant qu'un tel référendum dans l'île n'était « pas pour demain ». Pas pour demain mais peut-être pour après-demain, pourquoi pas dans dix ans ? comme il l'a laissé entendre. « Pour la Corse, on a à peu près 35% des Corses qui votent régulièrement pour des partis autonomistes ou indépendantistes », observe Franck Buleux.

    « La meilleure preuve, poursuit-il, c’est qu’il y a au moins trois députés sur quatre qui sont indépendantistes ou autonomistes ». Reste qu’en cas de référendum, surgira la même problématique qu’en Nouvelle-Calédonie. « Si vous écoutez Jean-Guy Talamoni, prévient l’historien, il vous dira "Un référendum, pourquoi pas ? Mais qui vote ?" Et ça, c’est un débat que nous aurons de plus en plus. Vous verrez probablement qu’en Corse le jour où un référendum sera posé, on aura cette question du corps électoral : est-ce qu’un Français du continent, qui réside en Corse depuis moins de cinq ans, aura le droit de vote ? C’est un grand débat à avoir ».

    Encore d’autres candidats ?

    L'historien Franck Buleux spécialiste de l'Europe de régions. DR

    Pour conclure et revenir à la question de savoir quelles pourraient être les répercussions du référendum catalan, notre historien Franck Buleux estime que si la Catalogne et l’Écosse devenaient indépendantes, il pourrait y avoir encore d’autres velléités. « Les premiers candidats, dit-il, seraient sans doute le Pays basque, mais aussi les Canaries. La question de la réunification irlandaise se poserait aussi sans doute, de même qu’un développement des indépendantistes du Pays de Galles même si le Parti Plaid Cymru ne pèse pour le moment que 15%. Nous avons évoqué la Flandre et l’Italie qui pourraient voir ressurgir l’idée d’une région de Padanie autour de la plaine du Pô. Et puis, évidemment en Europe de l’Est où subsistent pas mal de minorités qui demandent une certaine autonomie ». C'est dire si ce qui se joue en ce moment entre Barcelone et Madrid dépasse largement les frontières de l'Espagne.

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