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    Décryptage avec nos invités, Liesl Louw Vaudran et Stéphanie Wolters, de l'Institut d'études et de sécurité de Pretoria -ISS-, Daniel Compagnon, professeur à l'Institut d'études politiques de Bordeaux (Centre d'études d'Afrique noire), Jean-Baptiste Placca, éditorialiste à RFI, et nos envoyés spéciaux à Harare et correspondants régionaux.

    Hebdo

    [Chronique] Nigeria: Kanu, l'homme qui rêve de ressusciter le Biafra

    media Le leader indépendantiste biafrais Nnamdi Kanu devant la Haute Cour d'Abuja, le 20 janvier 2016. REUTERS/Afolabi Sotunde

    Le fondateur de Radio Biafra, Nnamdi Kanu, a remis la cause de la sécession à l'ordre du jour, alors qu'elle semblait appartenir à un lointain passé.

    Cinquante ans après la déclaration d'indépendance du Biafra, la cause des sécessionnistes paraissait bel et bien enterrée. Tous les projecteurs du Nigeria étaient braqués sur la secte islamiste Boko Haram terrorisant le nord du pays. Le Biafra n'était plus qu'un lointain souvenir jusqu'à ce qu'apparaisse Nnamdi Kanu, un igbo (ethnie majoritaire dans le sud-est) vivant en Grande-Bretagne. Un pays où il avait achevé ses études entamées au Nigeria.

    Kanu, 50 ans, travaillait à Londres dans le secteur de l'immobilier et, mis à part sa famille, personne ne se préoccupait de son sort ou de sa vision du monde. Il est sorti de l'anonymat en fondant en 2009 Radio Biafra. Le jour, il travaillait pour survivre dans l'une des villes les plus chères du monde. La nuit, il défendait la cause indépendantiste sur les ondes. Bien entendu, il savait qu'il n'aurait pas pu mener pareil combat dans son pays natal où il aurait été immédiatement arrêté. Depuis un demi-siècle, le Biafra reste un sujet tabou. Ses partisans évitent d'en parler en public pour ne pas avoir maille à partir avec la police politique du Nigeria.

    Invité lors d'un congrès igbo organisé en Californie en 2013, Nnamdi Kanu a déclaré : « Ce qui nous manque ce sont des armes et des balles. Si nous ne parvenons pas à créer le Biafra, tout le monde devra mourir ». Deux ans plus tard, lors d'un séjour à Abuja, la capitale fédérale, il est arrêté par les DSS (Department State Service), les services de sécurité nigérians. Kanu est jeté en prison. Il y passera dix-huit mois, sans être jugé. A la veille du cinquantième anniversaire de la déclaration d'indépendance du Biafra, il est libéré fin avril sous caution par les autorités. Le sécessionniste décide alors de retourner vivre dans la maison de ses parents qui se trouve à Umahia, la dernière capitale du Biafra. Selon Kanu, la maison familiale est attaquée fin septembre par l'armée nigériane. Plusieurs partisans de Kanu auraient trouvé la mort pendant l'assaut, selon les sécessionnistes. Depuis, Kanu a disparu. Le 25 octobre, le procès de Kanu et ses partisans s'est ouvert en pays igbo, mais le leader sécessionniste n'a pas refait surface. Le régime fédéral l'accuse d'avoir pris la fuite, tandis que ses partisans demandent à l'armée de prouver qu'il est toujours en vie.

    Un sens aigu de la mise en scène

    L'éphémère république du Biafra (sud-est du Nigeria) a vécu de mai 1967 à janvier 1970. Elle a d'abord eu Enugu pour capitale, mais lorsque cette ville a été prise par l'armée fédérale, les Biafrais se sont repliés dans la région d'Umahia. Cette ville est donc devenue un symbole de la résistance acharnée des Biafrais, alors qu'ils étaient soumis à un blocus et affamés.

    L'histoire se répète-t-elle ? Kanu affirme que les militaires nigérians qui auraient pris d'assaut le 11 septembre son sanctuaire familial auraient tenté de l'assassiner. Une allégation difficile à prouver. Mais il est à noter que la répression en pays igbo est particulièrement violente. De grandes manifestations y ont été organisées en 2016 et 2017 pour réclamer la libération de Kanu. Selon Amnesty International, leur répression a fait plus de 150 morts. Quand ils n'ont pas été tués, les manifestants ont été humiliés. D'après la presse nigériane, l'armée les battait et les forçait à marcher nus dans les rues des villes igbos, notamment à Onitsha, la capitale économique du pays igbo.

    L'armée nigériane a lancé en septembre une grande opération appelée « danse du python », officiellement pour lutter contre la criminalité en pays igbo, mais sans doute aussi pour réprimer le mouvement sécessionniste biafrais. Compte tenu de sa réputation de brutalité, il est à craindre que l'intervention de l'armée ne renforce la détermination des sécessionnistes. « Elle va jeter dans les bras de Kanu des gens qui, au départ, n'étaient pas sensibles à son combat », estime Okechuku Ude, un commerçant igbo.

    Avec les militants biafrais, le président Buhari a décidé d'emblée d'opter pour la manière forte. Ainsi, il renforce la cause de Kanu. A son corps défendant, le régime fédéral est en train d'en faire un porte-parole des igbos, alors qu'un grand nombre d'entre eux n'aspire pas du tout à l'indépendance. « Depuis son séjour en prison, il est vu comme un demi-dieu par les igbos », atteste Amaka Ngozi, universitaire à Nsukka (sud-est du Nigeria). Selon le quotidien The Punch, l'attitude des autorités fédérales a transformé « Kanu en héros » pour un grand nombre d'igbos. « Ce qu'il ne mérite pas forcément », estime ce titre lagotien.

    Un fort sentiment de marginalisation

    Kanu a également beau jeu d'affirmer que « les Igbos ne sont pas chez eux au Nigeria ». Depuis la guerre civile, ils ont l'impression d'être marginalisés, d'être tenus à l'écart des postes les plus importants dans la haute administration ou dans l'armée.

    Ce sentiment d'abandon s'était un peu estompé sous le règne du précédent chef de l'Etat Goodluck Jonathan, au pouvoir jusqu'en 2015. De nombreux Igbos étaient incorporés dans le premier cercle de décision : il en allait ainsi de la très influente ministre des Finances, Ngozi Okonjo-Iweala. Les Igbos avaient coutume de dire qu'ils n'avaient jamais été aussi près du pouvoir que sous le règne de Goodluck Jonathan. D'ailleurs, lors de la présidentielle de 2015, ils ont très massivement voté pour lui.

    Depuis l'élection de Buhari, ils sont à nouveau écartés des cercles du pouvoir. Lorsqu'ils se plaignent de ne pas obtenir de postes importants, le chef de l'Etat explique qu'il ne va tout de même pas faire plaisir à des gens qui n'ont pas voté pour lui.

    Buhari et les Igbos: une relation difficile

    Buhari a participé à la guerre du Biafra. Il a toujours entretenu des relations difficiles avec les Igbos. Dans son cercle d'intimes et de pouvoir, il place essentiellement des nordistes, des musulmans et bien souvent des Peuls, comme lui.

    A la suite de son élection en 2015, Buhari n'a effectué aucun voyage officiel à Lagos, la capitale économique du pays. Il ne s'est pas davantage rendu à Port-Harcourt, la capitale pétrolière. En revanche, il n'hésite jamais à quitter Abuja, la capitale fédérale pour honorer de sa présence une cérémonie à Katsina, dans le grand nord. Son peu d'appétence pour les citoyens du sud lui a valu d'être surnommé « président du nord ».

    L'Arewa youth (influent mouvement de jeunesse du nord) a proclamé en juin dernier que « les Igbos avaient jusqu'au 1er octobre pour quitter le nord ». Aucun des auteurs de cette menace n'a été inquiété par les autorités, confirmant chez les Igbos le sentiment qu'il y a bien un deux poids deux mesures au Nigeria. Depuis lors, l'Arewa youth semble être revenue sur sa menace, mais le mal est fait. Les Igbos se sentent de moins en moins chez eux dans le nord. La déclaration d'indépendance de mai 1967 y avait été précédée de pogroms anti igbos. Ces massacres avaient servi de prétexte au colonel Emeka Ojukwu pour déclarer l'indépendance.

    Le Biafra, la « terre promise »

    Toutes ces tensions font le jeu de Kanu et de ses partisans. Il fait notamment des émules chez les plus jeunes Igbos, ceux qui n'ont pas connu les ravages de la guerre civile. « Les autres Nigérians ne nous aiment pas. Nous sommes traités comme des citoyens de seconde zone. Alors pourquoi ne pas avoir notre propre pays ? Nous sommes de plus en plus nombreux à envisager sérieusement cette hypothèse », estime Ifeomah Okereke, une étudiante de l'université de Nsukka.

    Kanu développe le même type d'argumentaire. Il affirme que les Igbos sont une « tribu perdue d'Israël » et que le Biafra est la « terre promise ». Ses partisans portent d’ailleurs la kippa et Kanu pratiquent le shabbat. Il se présente autant comme un guide spirituel que comme un chef politique ou un chef de guerre. Ce qui le rend sans doute encore plus difficile à combattre. « Avec la puissance du Nigeria et l'aide des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et de l'URSS, il était somme toute aisé de vaincre militairement le colonel Ojukwu bloqué dans son réduit Biafrais », estime Azuka Okocha homme d'affaires igbo, installé au Bénin. Il ajoute : « Il est toujours relativement facile de détruire une armée et de vaincre des soldats, mais détruire une idée et un rêve, cela s'avère nettement plus compliqué. Cela Kanu l'a bien compris ».

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