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    Les îles Fidji au centre du monde

    media L'archipel des Fidji. Studio Graphique FMM

    « Seulement ceux qui voient l’invisible réussissent l’impossible ». Ce proverbe fidjien pourrait bien être d’actualité lors de la prochaine grande conférence des Nations unies sur le climat (COP23) présidée cette année par la République des Fidji. L’avenir du monde, qui se joue cette année à Bonn autour de la lutte contre le réchauffement climatique, sera porté pour la première fois par un petit Etat insulaire du Pacifique central. Un pays composé de 333 îles, surtout connu au niveau international pour ses plages touristiques, ses sites de plongée et ses performances au rugby, qui l’ont amené à sept reprises en Coupe du monde. Mais les Fidji, c’est aussi des terres isolées dans l’océan, peuplées à la suite de l’une des plus grandes aventures maritimes de l’humanité, la conquête du Pacifique. L’histoire d’un archipel, à la croisée des mondes polynésien et mélanésien, aujourd’hui au centre des regards du monde.

    Les Fidjiens sont les descendants des plus grands navigateurs de l'histoire humaine. Le peuplement de leurs îles, situées au centre du plus vaste océan de notre planète, est le résultat d’une grande migration qui va progressivement découvrir et peupler toutes les îles de l'océan Pacifique. « Ce peuplement reste à ce jour, le dernier grand mouvement migratoire de l’être humain et cela reste aussi la plus ancienne aventure maritime de toute l’humanité », comme l’explique l’ethno-archéologue Hélène Guiot, spécialiste des rapports entre les hommes et les environnements insulaires du Pacifique.

    La conquête du Pacifique

    Les récentes découvertes des archéologues, des généticiens et des linguistes ont permis de retracer l’une des plus incroyables aventures humaines jamais réalisées, une conquête progressive en plusieurs vagues du plus grand océan du monde. En 1952, en Nouvelle-Calédonie, un archéologue américain Edward W Giffard trouve sur un site du nom de Lapita-Watom une très ancienne céramique orangée recouverte de nombreux motifs d’incrustation. Grâce à la technique du radio carbone, les spécialistes ont découvert que la céramique date de près de 800 ans avant notre ère. Cette découverte sur l’ancienneté du peuplement des îles du Pacifique révolutionne nos connaissances en la matière et permet de reconstituer progressivement l’histoire de la dernière grande migration humaine, la conquête du Pacifique.

    Une histoire qui commence, il y a environ 50 000 ans, par un premier mouvement migratoire de populations noires venant d’Asie, qui arrivent en Australie, en Nouvelle-Guinée (39 000 ans av. J-C) puis vers les îles Salomon (30 000 ans av. J-C).

    Un deuxième mouvement (3 500 ans av. J-C) de populations appelées austronésiennes, provenant de Taiwan, vont se lancer dans une série de grandes expéditions maritimes qui, à terme, couvriront une même zone linguistique qui s’étendra de Madagascar à l’Ile de Pâque. Les austronésiens qui se déplacent sur de grandes pirogues à balanciers vont d’abord voyager en Asie du Sud-Est pour faire des échanges commerciaux (jade...). 2 000 ans avant notre ère, ils iront jusqu’aux Philippines et atteindront la Nouvelle-Guinée et l’archipel des Bismarck quelques siècles plus tard.

    Là, ils cohabiteront avec des populations Papou et Sépic et formeront un nouvel ensemble culturel que l’on appellera les Lapita, du nom des poteries et vestiges caractéristiques que l’on a retrouvés sur toute leur zone d’expansion. Les Lapita reprendront leur migration sur le Pacifique depuis l’archipel des Bismarck (vers 1 500 av. J-C) pour les îles Salomon. Ils atteignent le Vanuatu et la Nouvelle-Calédonie (vers 1 200 av. J-C) et Wallis-et-Futuna, les Fidji et les Samoa qu’ils peupleront (vers 900 av. J-C). Avec la fin de leur progression vers l’est, la culture Lapita va s’estomper 1 000 ans plus tard, au profit de nouvelles vagues de peuplement mélanésien. Parmi elles émergeront les populations polynésiennes qui mettront encore mille ans pour se développer sur le reste du Pacifique.

    Ces grandes migrations maritimes ont été possibles grâce à de nombreuses connaissances qui ont depuis disparu. La capacité, par exemple, d’interpréter la houle, les nuages, les étoiles et d’autres signes pour identifier la présence d’une terre a probablement permis aux hommes de s’aventurer dans l’immensité marine. La maîtrise des mers et des techniques de navigation ont permis cette expansion. Aux îles Fidji, situées à 1 500 km de la Nouvelle-Calédonie et à près de 3 000 km de la Papouasie, ils ont utilisé de grands canoës de haute mer que l’on appelait des « druas ». Constitués de deux coques de 30 mètres de long, reliés par des montants en bois, ils pouvaient transporter 200 personnes, de la nourriture (cochons, poulets…) et de l’eau. Ils ne possédaient pas de gouvernails et utilisaient deux avirons de gouverne de 10 mètres de long situés chacun à une extrémité de l’embarcation et nécessitant trois ou quatre hommes pour les manœuvrer. Les chefs disposaient de « druas » de guerre, prioritaires sur les mers. Avec la colonisation, les « druas » ont disparu. Aujourd’hui, il n’en resterait que deux petits au musée de la capitale des Fidji à Suva.

    Des vagues de migration à la domination coloniale

    Deux grandes vagues migratoires vont encore marquer l’histoire du peuplement des 322 îles des Fidji. Du temps de l’Empire Tu’i Tonga, qui dura jusqu’au XIIIe siècle, ce fut d’abord au Xème siècle, l’arrivée massive de population provenant des îles Tonga. Puis, au XIIe siècle, du fait d’une éruption volcanique, avec un dernier grand mouvement de migration en provenance du Vanuatu.

    De leur côté, les Européens ne réussirent à traverser l’Atlantique qu’en 1492 (Christophe Colomb) et découvrirent l’océan Pacifique en 1513, quand Balboa traversa l’isthme de Panama et qu’un certain Magellan, en 1520, explora cette mer qu’il baptisa, pour la petite histoire, océan Pacifique car sa traversée s’était effectuée « sans aucune fortune ». En 1567, Alvaro de Mendaña découvre les îles Salomon, Francis Drake traverse le Pacifique (1577-1580) en 1606, le Portugais Pedro Fernández de Quirós découvre Tahiti et les Nouvelles-Hébrides, puis, en 1643 un navigateur hollandais Abel Tasman arrive en Nouvelle-Zélande et aux îles Fidji.

    Par la suite, plusieurs expéditions se succèdent aux Fidji (James Cook en 1774…) jusqu'à ce que des Européens s’y installent dans les années 1800 pour exploiter le bois de santal, puis le concombre de mer consommé en Chine.

    A partir de 1830, des organisations missionnaires (la London Missionary Society et la Wesleyan Missionary Society) se font concurrence et n’obtiennent pas de véritable succès. L’île a très mauvaise réputation. En Europe, on surnomme à cette époque les Fidji « les îles aux cannibales ». Le dernier cas de cannibalisme parfaitement documenté en 1867, raconte que le révérend anglais Thomas Baker et sept de ses catéchistes ont été tués et mangés suite à un différend avec un chef coutumier. Le révérend méthodiste avait offert un peigne au chef et lui aurait arraché de la chevelure quand ce dernier refusa de se convertir, le geste aurait fortement déplu... Enfin, en 1880, l’ensemble de la population des Fidji se convertit au christianisme.

    En 1871, le roi Seru Epinisa Cakobau est élu, mais un système parlementaire où siègent Européens et Fidjiens est mis en place et aboutit progressivement à un traité de cession des Fidji à la reine Victoria d’Angleterre.

    Au milieu du XIXe siècle, les Britanniques font venir plus de 61 000 Indiens aux Fidji pour y développer l’industrie et en 1946 la population indienne dépasse la population d’origine. L’ONU encourage la mise en place d’un processus de décolonisation, mais les Fidjiens y sont dans un premier temps hostiles, car la supériorité numérique des Indiens les inquiète. Et c’est seulement en octobre 1970 que les Fidji deviennent indépendantes.

    La question indienne – une succession de coups d’Etat

    Ce déséquilibre démographique entre les populations d’origine et celles venues d’Inde pendant la période coloniale crée de nombreuses tensions communautaires et marque l’histoire politique de la jeune république indépendante.

    L’année 1987 est marquée par deux coups d’Etat militaire en réaction à la domination politique des Fidjiens d’origine indienne. En 1990, une nouvelle Constitution favorise les Fidjiens d’origine. Cette situation provoque de nombreux départs parmi les Indo-Fidjiens et déstabilise l’économie du pays. Des élections libres sont organisées la même année et donnent le pouvoir à Mahendra Chaudhry, un Indo-Fidjien. Un an plus tard, il est renversé par un nouveau coup d’Etat qui souhaite rétablir la suprématie des Fidjiens d’origine sur l’archipel. L’auteur du coup d’Etat, George Speight, est arrêté et condamné à perpétuité par un gouvernement de transition mené par un Fidjien d’origine, Leader Qarase, qui est ensuite réélu à deux reprises en 2001 et en 2006.

    Mais en 2006, le chef des armées Franck Bainimarama (d’origine indigène), dénonce la politique corrompue et anti indo-fidjienne du gouvernement Qarase et prend le pouvoir par un coup d’Etat dont il est l’auteur. Il sera ensuite démocratiquement élu pour quatre ans en 2014 et se veut l’architecte d’une solution équilibrée entre Fidjiens de toutes origines.

    Cependant, la nouvelle Constitution de 2013 qui abolit le principe de discrimination en vertu des origines ethniques reste vivement critiquée par le Parti travailliste fidjien et par Amnesty International qui lui reproche de ne pas garantir les droits de l’homme ni ceux des syndicats et des travailleurs, et de restreindre la liberté d’expression, dénonçant la détention secrète de plusieurs dizaines de personnes pour « sédition » et quelques cas de mauvais traitements confinant à la torture.

    Le chef de l’Etat, Jioli Konrote a été élu en octobre 2015 par le Parlement pour un mandat de cinq ans renouvelable. Membre de la minorité polynésienne fidjienne, il a été commandant de la Force intérimaire des Nations unies au Liban et secrétaire général adjoint des Nations unies. Politiquement proche de son Premier ministre Frank Bainimarama, ses fonctions en tant que chef de l’Etat sont principalement cérémonielles et symboliques.

    L’homme fort du pays est le chef du gouvernement Frank Bainimarama a été nommé également président de la COP23 en charge de la nouvelle médiation internationale pour sauver la planète du réchauffement climatique.

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