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    Cédéao: une monnaie unique d’ici 2020?

    media De gauche à droite: les présidents Buhari (Nigeria), Gnassingbé (Togo), Issoufou (Niger), Ouattara (Côte d'Ivoire), Akufo Ado (Ghana), et le président de la Commission de la Cédéao Marcel De Souza, à Niamey, le 24 octobre 2017. BOUREIMA HAMA / AFP

    Les pays membres de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) ont réaffirmé leur volonté de mettre en place une monnaie unique d’ici 2020 lors du sommet des chefs d’Etat à Niamey au Niger, en octobre. Cependant, le Nigeria se montre toujours réticent.

    Sur le plan technique, pour mettre en place une monnaie commune, il faut faire en sorte que les économies des pays concernés se rapprochent le plus possible : cela s’appelle la convergence. Comme l’objectif est monétaire, les critères de convergence sont eux aussi monétaires.

    Le projet de monnaie commune existe depuis les années 1980, mais il a été relancé au début des années 2000. Il existe huit monnaies dans la zone Cédéao : le franc CFA et sept monnaies nationales. L’idée était de parvenir à créer une monnaie commune à ces sept pays qui n’ont pas le franc CFA. Cette monnaie devrait s’appeler l’« Eco ». Elle devait entrer en vigueur dès 2015, mais son lancement a été reporté à plusieurs reprises faute de convergence suffisante entre les pays concernés.

    La convergence des monnaies indispensable ?

    Il existe deux points de vue au sein de la Cédéao. Ceux qui ne croient pas à la mise en place de la monnaie unique d’ici 2020, comme le président de la commission de la Cédéao, Marcel de Souza. Pour lui, la convergence n’a pas suffisamment progressé. L’harmonisation des politiques monétaires ne s’est pas faite correctement et aucun des pays concernés n’a pu respecter les critères de convergence de façon continue entre 2012 et 2016. La crise pétrolière de 2014 a entraîné une poussée d’inflation au Nigeria, une chute de la monnaie nigériane et ghanéenne, éloignant ces pays des critères de convergence. Pour Marcel de Souza, sans ces critères, il ne peut pas y avoir de monnaie commune.

    Cependant, tous les économistes ne sont pas de cet avis. Certains posent cette question simple : est-ce que la convergence est un objectif ou une condition nécessaire à la création d’une monnaie unique ? Ces économistes rappellent qu’il n’existe nulle part de zone économique optimale, pas même en Europe, où la convergence existerait de façon parfaite. De plus, cette convergence n’existe pas forcément au sein d’un même pays. Au Nigeria, les Etats pétroliers riches respectent les critères de convergence, ce qui n’est pas le cas pour d’autres parties du territoire.

    Pour ces économistes, la convergence est un objectif et non une condition nécessaire à la création de la monnaie. C’est la position exprimée par le ministre nigérien des Finances Hassoumi Massaoudou, qui a expliqué sur RFI qu’une monnaie unique pourrait très bien commencer dès 2020 avec un petit groupe de pays qui respectent les critères de convergence.

    Une question de volonté

    Si le Niger veut à tout prix faire avancer la monnaie unique pour 2020, le Nigeria, par la voix de son président, n’y semble pas prêt et appelle à une avancée prudente. Marcel de Souza lui-même estime qu’il faudra entre sept à dix ans pour y parvenir.

    En fait, tout est question de volonté. D’ici février 2018, lors du prochain sommet des chefs d’Etat programmé à Accra, la Cédéao devrait annoncer si elle est prête à voir un petit groupe de pays se lancer dans l’aventure pour créer très rapidement un effet d’entraînement. Les populations demandent un signal fort et le débat actuel sur le franc CFA en est une traduction.

    Cette nouvelle monnaie sera-t-elle arrimée à l’euro ou à une autre devise ? Cette question sera tranchée lors du sommet d’Accra. Certains défendent cette option, car c’est un gage de stabilité. C’est le cas des pays de la zone franc, qui souhaitent un arrimage à un panier de monnaies comprenant le dollar et le yuan chinois, par exemple.

    La réponse à cette question est d’ordre politique mais les économistes, eux, peuvent se contenter de souligner les avantages d’un mécanisme de change flexible par rapport aux grandes monnaies du monde. Car seul un taux de change flexible permettra à la zone monétaire de la Cédéao de s’ajuster et de garder sa compétitivité en fonction des évolutions de l’euro ou du dollar, par exemple.

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