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    Décryptage avec nos invités, Liesl Louw Vaudran et Stéphanie Wolters, de l'Institut d'études et de sécurité de Pretoria -ISS-, Daniel Compagnon, professeur à l'Institut d'études politiques de Bordeaux (Centre d'études d'Afrique noire), Jean-Baptiste Placca, éditorialiste à RFI, et nos envoyés spéciaux à Harare et correspondants régionaux.

    Hebdo

    Développement durable: et si l’avenir passait par les «low-tech»?

    media Corentin de Chatelperron, le créateur de l'association Gold of Bengal, bricole une éolienne low-tech permettant de produire de l'électricité à bord de son bateau. Gold of Bengal

    Alors que la COP23 se tient à Bonn sous la direction des îles Fidji, RFI s’intéresse aux low-tech. Basée à Concarneau, en Bretagne, l’association Gold of Bengal en a fait son cheval de bataille. Dans un camion transformé en laboratoire ambulant à travers l’Hexagone, ou dans le reste du monde à bord de leur navire, le « Nomade des Mers », ses membres n’ont qu’une obsession : rendre accessibles au plus grand nombre des technologies peu coûteuses, simples d’utilisation et durables.

    Nourriture, eau, électricité… Des denrées largement disponibles dans les pays développés mais encore trop peu accessibles dans de nombreuses régions du monde. Forte de ce constat, l’association Gold of Bengal s’est mise en tête de permettre à un maximum de gens de développer les technologies qui leur permettent d’accéder à ces besoins de première nécessité.

    Son secret pour y parvenir : les low-tech. « Des solutions simples, peu coûteuses, et que chacun est à peu près en mesure de réparer avec des ressources au plus proche des utilisateurs », explique Clément Chabot, responsable des projets d’innovation de l’association. Et ce, alors qu’aujourd’hui, au contraire, beaucoup de technologies se complexifient et nécessitent des matériaux polluants, rares, ou produits à l’autre bout du monde. « Il y a un peu une course à la technologie et à la complexité partout, alors qu’il y a des solutions très simples qui marchent déjà très bien. »

    Par exemple la désalinisation solaire. En faisant s’évaporer de l’eau de mer grâce au soleil, on récupère de l’eau potable. Mais aussi les « frigos du désert », qui fonctionnent sans électricité, là encore grâce à un système d’évaporation utilisé par certains maraîchers dans des pays chauds. On peut également citer la culture de la spiruline, une algue connue pour ses vertus nutritives, produite à Madagascar pour lutter contre la mal-nutrition. Ou encore l’hydroponie, un mode d’agriculture hors-sol utilisé notamment au Cap-Vert et qui permet de faire pousser des plantes avec une faible quantité d’eau.

    Le catamaran «Nomade des Mers», bardé de ses low-tech, ici au large de Mindelo au Cap-Vert. Gold of Bengal

    Un voilier à la rencontre des inventeurs du monde

    La liste est longue et l’association compte bien l’étendre en cherchant à travers le monde un maximum de low-tech. C’est le projet « Nomade des Mers », un voilier qui parcourt le monde depuis février 2016. Son capitaine, Corentin de Chatelperron, n’en est pas à sa première aventure. En 2009, à seulement 26 ans et après des études d’ingénieur près de Nantes, il s’envole pour le Bangladesh pour travailler dans un chantier naval. Il y fait sa petite révolution en remplaçant la fibre de verre par du jute, un matériau naturel présent en grande quantité dans la région. Une ressource toujours au cœur de son association aujourd’hui.

    En parallèle, cet amateur de système D se penche sur les low-tech. « En Inde ou au Bangladesh, des gens inventent des trucs vraiment géniaux alors qu’ils sont sous contrainte », raconte-t-il. En clair, le fait d’être confronté à une problématique comme la sécheresse ou la malnutrition pousse à inventer des moyens de s’y adapter.

    En 2013, le jeune ingénieur décide d’embarquer des low-tech à bord de son bateau, le Gold of Bengal, construit à 100% en jute. A bord : un four solaire, un réchaud à économie de bois, une serre hydroponique, un désalinisateur et même deux poules pour cuisiner leurs œufs. L’objectif est ambitieux : l’autosuffisance. La mission n’est pas totalement remplie, admet le jeune aventurier, mais un autre projet est né : le « Nomade des Mers ».

    Je crois aux low-tech pas pour remplacer les hi-tech, mais pour créer des business locaux un peu partout dans le monde, qui vont créer des économies locales, qui vont augmenter l'indépendance des populations et qui vont surtout résoudre les problèmes d'accès à l'eau, l'énergie ou la nourriture.
    Corentin de Chatelperron en escale en Thaïlande avec le «Nomade des Mers» 10/11/2017 - par Clément Robin Écouter

    Corentin de Chatelperron part d’un constat : « 90% des ingénieurs et designers travaillent pour 10% de la population », notamment dans les secteurs de l’automobile et dans les hautes technologies. Son objectif : rééquilibrer la balance en valorisant les innovations dans les technologies qui répondent aux besoins de base, à savoir eau, nourriture et énergie.

    « En général, ces inventions restent à l’échelle très locale alors qu’elles pourraient être utilisées par des milliers voire des millions d’autres personnes », explique-t-il. Le rôle du « Nomade des Mers » est d’aller à la rencontre de ces inventeurs afin d’apprendre leurs techniques qui sont ensuite testées en condition, à bord de ce véritable laboratoire ambulant.

    A bord du «Nomades des Mers», des plantes cultivées en hydroponie, un système hors-sol qui permet une croissance plus rapide, grâce à des nutriments et des sels-minéraux injectés dans le système d'irrigation. Elaine Le Floch

    Wikipédia de la débrouille

    Une fois ces technologies découvertes, testées et améliorées si besoin, l’équipe réalise des tutoriels en vidéo. Toute la documentation est ensuite mise en ligne sur la plateforme dédiée, le Low-Tech Lab, afin de reproduire ces technologies chez soi. « C’est une plateforme Wiki, donc ce n’est pas quelque chose de figé. C’est de la connaissance vivante », explique Clément Chabot.

    « On diffuse les expériences des uns et des autres, les bonnes pratiques, les success-stories, résume Amandine Garnier, chargée de coordination et développement dans l’association. Et de temps en temps, il y en a qui lèvent la tête et qui disent : "ça nous intéresse parce que ça correspond à un besoin et à une problématique dans notre zone". »

    Reste ensuite à alimenter cette plateforme 100% collaborative. L’équipe cherche pour cela à former des communautés à travers le monde. C’est d’ailleurs déjà le cas au Maroc et en Inde. Pour le moment, le Low-Tech Lab n’existe qu’en français. La jeune équipe basée à Concarneau travaille actuellement sur un outil de traduction collaborative afin de lancer une plateforme internationale et toucher davantage d’internautes.

    Et puis l’association développe également ces low-tech en travaillant avec des partenaires : entreprises, écoles d’ingénieurs ou de design, mais aussi des ONG « qui seront en mesure d’adapter ces solutions localement », ajoute Clément Chabot. En parallèle, les membres de l’association sillonnent les routes de France pour faire connaître les low-tech et alimenter leur plateforme.

    De son côté, après un an et demi de voyage à bord de son voilier, Corentin de Chatelperron envisage de poser le pied à terre. Pas en Bretagne, mais seul sur une île déserte, pendant quatre mois. Son objectif : tester une trentaine de low-technologies. Au menu : légumes-feuilles, spiruline, œufs de poule et… grillons, pour les protéines. Bon appétit !

    Elevés notamment en Thaïlande, les grillons fournissent des protéines et consomment très peu de ressources. Gold of Bengal

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