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    Hebdo

    Aux Etats-Unis, on peut désormais fabriquer une arme à feu chez soi

    media Un fusil semi-automatique dans une armurerie de Salt Lake City, dans l'Etat américain de l'Utah, le 5 octobre 2017. AFP/George Frey

    Dépassée la polémique sur le contrôle des acheteurs d’armes à feu : une entreprise américaine propose à ses clients une meule automatisée par ordinateur pour les fabriquer à la maison. C’est facile, invisible…et parfaitement légal.

    Le meurtre de 26 paroissiens dans l’église de Sutherland Springs, le 5 novembre dernier au Texas, a relancé pour la énième fois le débat sur le contrôle des armes à feu aux Etats-Unis. Devin Patrick Kelley, l’auteur de ce massacre, s’était équipé d’un fusil d’assaut AR-15 de façon tout à fait légale. L’armée de l’Air, dont il a été chassé pour violences conjugales, avait oublié de signaler sa condamnation. Faut-il renforcer les contrôles ? Améliorer le suivi administratif des infractions ? Les Américains demeurent partagés et 40% d’entre eux restent hostiles à une hausse des contraintes sur les ventes d’armes.

    Ce débat est pourtant en passe d’être dépassé. Aux Etats-Unis, ceux qui le souhaitent n’ont même plus besoin de se rendre chez un armurier pour acheter leurs armes. La nouvelle tendance, depuis quelques années, c’est de les fabriquer soi-même à la maison. Il n’y a pas besoin de déclarer quoi que ce soit et c’est parfaitement légal. Ces fusils et ces pistolets, dénués du moindre numéro de série et qui échappent à tout suivi administratif, sont ce qu’on appelle des « armes fantômes ».

    « Ghost Gunner »

    Aux Etats-Unis, chacun est libre d’acheter la majeure partie des pièces de n’importe quelle arme sans la moindre déclaration officielle. Seule exception, la « partie basse » du fusil qui est indispensable à l’assemblage et pour laquelle il faut montrer patte blanche. Les tireurs les plus assoiffés de discrétion peuvent cependant, en toute légalité, fabriquer eux-mêmes cette partie basse et ne jamais en informer aucune autorité. Quelqu’un qui a des antécédents judiciaires lui interdisant l’achat d’une arme peut donc la faire lui-même sans se faire remarquer. Mais pendant longtemps, il fallait avoir de sacrées compétences techniques pour y parvenir.

    Les imprimantes 3D ont changé la donne au début des années 2010. Grâce à elles, les amateurs peuvent réaliser à l’aide de couches successives de plastique des pièces d’armes à feu. Mais les technologies actuelles demandent encore un certain talent pour réaliser les finitions indispensables à un résultat de qualité. Dans la majeure partie des cas, de telles armes resteront relativement fragiles.

    Le saut technologique a été réalisé en 2014, lorsque Defense Distributed, une association à but non lucratif, a proposé à la vente son « Ghost Gunner », une petite meule pilotée par ordinateur vendue aux alentours de 1 500 dollars, selon les versions. Grâce à cet appareil, n’importe qui peut fabriquer en quelques heures à partir d’un morceau d’aluminium la pièce indispensable pour terminer son fusil. Des journalistes américains ont fait l’expérience : c’est à la portée de n’importe qui.

    Selon le fabricant, une centaine de « Ghost Gunner » sont vendues chaque mois avec les plans pour fabriquer la fameuse pièce manquante d’un AR-15 ou d’un pistolet M1911, deux armes qui ont longtemps équipé l’armée américaine. Il se félicite d’ailleurs sur sa page Facebook : « N’écoutez pas les informations. Le contrôle des armes, c’est terminé ». Defense Distributed sait de plus tenir ses clients en haleine : les instructions pour fabriquer des fusils d’assaut AK, les célèbres Kalachnikov, sont promises pour bientôt.

    Rendre les armes accessibles à tous

    Derrière Defense Distributed et le « Ghost Gunner », on trouve une bande de jeunes geeks texans. Des ingénieurs et des informaticiens qui se sont donné un but : rendre les armes accessibles à tous. En 2012, ils réunissent grâce à un financement participatif de 20 000 dollars pour lancer leur petite entreprise. Ils commencent alors à diffuser sur internet des plans en sources ouvertes pour imprimantes 3D, avant de commercialiser leur meule automatisée par ordinateur.

    A leur tête, Cody Wilson, un crypto-anarchiste de 29 ans dont le profil surprendra toujours en dehors des Etats-Unis. Loin d’être conservateur, il se présente en effet comme d’extrême gauche. Et pour un « anar » américain, quoi de plus logique que de libéraliser à l’extrême les armes à feu ? Wilson et ses camarades répondent en cela à l’une des logiques qui incite beaucoup de leurs concitoyens à s’armer : l’idée qu’il faut se protéger… contre l’Etat.

    Pour l’instant, un seul cas de tuerie de masse par une « arme fantôme » est connu. En 2013, John Zawahri, un déséquilibré, avait abattu cinq personnes à Santa Monica avec une arme qu’il avait fabriquée lui-même. Le « Ghost Gunner » pourrait participer à répandre encore plus de fusils d’assaut échappant à tout contrôle.

    Cody Wilson répète régulièrement à la presse qu’il refusera de communiquer à la justice les noms de ses clients. Les Etats qui se sont ouvertement inquiété de la diffusion de ces armes fantômes restent très minoritaires. Pour l’instant, seuls le Massachusetts, New York et la Californie ont annoncé ou travaillent sur des lois visant à les réguler.


    Andy Greenberg, journaliste pour le magazine américain Wired, a testé trois manières de fabriquer la fameuse pièce manquante d’un AR-15. Il précise à propos du « Ghost Gunner » : « C’est ridiculement facile ».

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