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    Dumas, Césaire, Baldwin… à la découverte du «Paris Noir»

    media Kévi Donat, guide touristique du «Paris Noir», raconte la vie d'Alexandre Dumas, entré au Panthéon en 2002. RFI / Clément Robin

    C’est une déambulation hors des sentiers battus que propose Kévi Donat depuis six ans. Ce jeune guide martiniquais, Parisien d’adoption, invite à découvrir le « Paris Noir », celui des personnalités célèbres ou méconnues. De France, d’Afrique, des Caraïbes ou d’Amérique, toutes ont un point commun : une même couleur de peau et un passage dans la capitale française.

    C’est au cœur du très chic Ve arrondissement que Kévi Donat nous donne rendez-vous. Loin des quartiers populaires de la Goutte-d’Or ou du Château d’Eau, connus pour leurs salons de coiffure afro et leurs vendeurs à la sauvette. Pourtant, les rues du Quartier Latin ont accueilli nombre de célébrités africaines, antillaises ou afro-américaines. « Il y a beaucoup d’histoires qu’on ne soupçonne pas et de rencontres qui se sont produites ici », assure le jeune guide autodidacte, conférencier depuis peu.

    A commencer par le Panthéon, édifice incontournable de la capitale et point de départ de la visite. « Un des rares monuments parisiens qui comprend un peu d’histoire coloniale, d’histoire noire », rappelle Kévi Donat. Pour lui, l’exemple le plus révélateur d’une certaine « ambiguïté raciale en France » est celui d’Alexandre Dumas.

    L’autre Alexandre Dumas

    Histoire plus méconnue que ses romans historiques Les Trois Mousquetaires et Le Comte de Monte-Cristo, ce grand écrivain français du XIXe siècle avait une grand-mère esclave à Saint-Domingue – aujourd’hui Haïti. Son père est alors l’un des rares enfants d’esclave reconnu par un aristocrate blanc. A son arrivée en France à la fin du XVIIIe en pleine révolution, pour mieux se faire accepter, il choisit même d’endosser le nom de sa mère, Dumas, plutôt que celui de son père, de la Pailleterie.

    Aujourd’hui, les origines caribéennes d’Alexandre Dumas sont « largement évacuées », regrette Kévi Donat, au point même d’être incarné au cinéma par un acteur blanc, Gérard Depardieu, dans le film L’Autre Dumas. Des anecdotes comme celle-là, le jeune guide autodidacte en a des dizaines dans sa besace et sa tablette tactile sur laquelle il fait défiler les portraits des personnalités qui rythment sa visite.

    Devant l’université de la Sorbonne, où Anna Julia Cooper, esclave affranchie, a défendu sa thèse d’Histoire en 1924. RFI / Clément Robin

    Kévi Donat n’était pourtant pas prédestiné à devenir guide touristique. Après des études de sciences politiques à Rennes, le jeune diplômé ambitionne de devenir cadre dans le secteur de la santé. Une carrière vite avortée après une mauvaise expérience. Ses premières missions de guide sont alors plutôt alimentaires. Jusqu’au déclic.

    « J’ai commencé à faire ces visites au moment de la panthéonisation d’Aimé Césaire. Je me retrouvais avec des Américains blancs, de classe moyenne, qui ne connaissaient pas d’histoire noire aux Etats-Unis et encore moins en France. Et pendant des semaines, il y avait d’énormes affiches d’Aimé Césaire sur le Panthéon ».

    Un travail du quotidien

    Face aux nombreuses questions des visiteurs, il décide de raconter l’histoire du poète, père du concept de négritude, qu’il connait bien en tant que Martiniquais. C’est un succès et le début des visites du Paris Noir. « Quand j’ai commencé à vouloir faire ces visites, c’était l’hiver, je n’avais pas beaucoup de boulot. Du coup, je suis allé dans des bibliothèques, j’ai emprunté des bouquins, j’ai vu des documentaires, pour avoir des bases historiques. » Des œuvres qu’il ne manque d’ailleurs pas de citer tout au long de la visite. « J’ai aussi demandé des conseils à quelques profs que je connaissais, ajoute-t-il. Notamment sur des écrivains noirs américains qui ont vécu à Paris. »

    Une fois cette base assimilée, c’est ensuite un travail du quotidien, en suivant l’actualité et en la faisant entrer en résonance avec des passages historiques pour faire vivre la déambulation et captiver son auditoire.

    Les écrivains américains Richard Wright et Chester Himes étaient tous deux des habitués du café Tournon, dans le VIe arrondissement de Paris. RFI / Clément Robin

    Direction Saint-Germain-des-Prés, à quelques centaines de mètres du Panthéon. Autre quartier chic qui, après avoir vu passer les figures de l’anticolonialisme Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor, étudiants à la Sorbonne avant la guerre, a vu débarquer d’autres écrivains des Etats-Unis, fuyant la ségrégation dans leur pays. A l’image de Chester Himes, écrivain provocateur « devenu plus connu en France qu’aux Etats-Unis », assure Kévi Donat. Richard Wright, lui, emménage à Paris à l’après-guerre plus pour fuir l’anticommunisme américain que le racisme. Vite rejoint par James Baldwin, l’un de ses plus fervents admirateurs à l'époque, avant de s'en éloigner.

    Tous saluent la liberté d’expression et la tolérance dans leur ville d’adoption. Chose assez contradictoire à l’époque, alors que le racisme reste très prégnant en France métropolitaine. C’est cette différence de traitement entre Africains et Antillais d’un côté, Afro-Américains de l’autre, que souligne le jeune guide martiniquais. « Baldwin va d’ailleurs dire à Richard Wright que lorsqu’ils sont à Paris, avant d’être Noirs, ils sont Américains », poursuit-il, les protégeant ainsi de certaines discriminations.

    L’hôtel la Louisiane, où a notamment séjourné Miles Davis, lors de son histoire d’amour avec Juliette Gréco dans les années 1950. RFI / Clément Robin

    Guerres et jazz

    L’après-guerre, c’est aussi l’essor du jazz en France. Mais sa naissance dans l’Hexagone arrive un peu plus tôt, avec l’arrivée des Américains à la fin de la Première Guerre mondiale. « Beaucoup de soldats américains arrivent. Parmi eux, des soldats noirs américains. Les généraux américains disent alors que les soldats noirs ne doivent pas se battre, parce qu’on ne paye pas des Noirs à tuer des Blancs ».

    Au même moment, en France, les tirailleurs venus des colonies africaines combattent dans les tranchées. « Certains de ces soldats noirs américains vont donc se battre sous commandement français ». Des soldats qu’on appellera les « combattants de l’enfer de Harlem ». Une fois la guerre terminée, certains d’entre eux restent en France et y répandent leur musique : le jazz.

    Après la Seconde Guerre mondiale, le Quartier Latin voit passer de nombreux jazzmen américains, dont beaucoup font escale dans l’hôtel La Louisiane. Miles Davis y séjourne d’ailleurs en compagnie de sa conjointe de l’époque : l’actrice et chanteuse française Juliette Gréco.

    Le café de Flore, à Saint-Germain-des-Prés, où James Baldwin a achevé son premier grand roman, «La conversion». RFI / Clément Robin

    La visite se termine au Café de Flore, un autre point de rendez-vous de la bourgeoisie parisienne. C’est aussi là que James Baldwin a achevé son premier grand roman, La Conversion, rappelle notre guide. Un roman autobiographique dans lequel l’auteur afro-américain parle notamment de son homosexualité. Un sujet compliqué à aborder à l’époque aux Etats-Unis. C’est d’ailleurs une autre raison de son déménagement en France, terre de liberté.

    Au même moment, l’auteur martiniquais Frantz Fanon dénonce activement le colonialisme français et finit par émigrer outre-Atlantique où son livre Les Damnés de la Terre devient une référence jusque dans les rangs des Black Panthers.

    Ambiguïté

    Pour le jeune guide, tout cela montre que Paris est à la fois « un espace de liberté et de création pour plein d’artistes noirs et aussi la capitale de l’empire colonial autoritaire. Là, par exemple, on est rive gauche et on peut mettre l’accent sur les moments où les peuples se sont retrouvés et ont échangé mais on peut aussi parler d’octobre 1961 où, juste à côté, des manifestants algériens ont été tués par la police ». Et de résumer : « Si vous êtes un Noir Américain communiste, allez en France, mais si vous voulez vous battre contre le colonialisme français à l’époque de la guerre froide, allez aux Etats-Unis ou en URSS ! ».

    Pour Coralien, un jeune réalisateur martiniquais de 21 ans venu assister à la visite, la présentation de Kévi montre un côté « un peu hypocrite » de Paris. « Quelque part, il y a une richesse due aux différentes cultures qui cohabitent. On essaye de faire croire qu’en France on est tous pareils et au final on se rend compte qu’il y a toujours des petites ambiguïtés, des choses qu’on ne dit pas trop. Comme par exemple Pablo Picasso qui s’est beaucoup inspiré de la culture africaine. On ne le dit jamais assez. Mais heureusement, les gens comme Kévi sont là pour le rappeler. »

    Le buste de Dora Maar, l'une des compagnes de Pablo Picasso, derrière l’église de Saint-Germain-des-Prés. L’artiste a reconnu s’être beaucoup inspiré des «arts nègres», grâce notamment à Guillaume Apollinaire, à qui il a dédié cette œuvre. RFI / Clément Robin

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